Mauvaise foi d'Etat

Pendant que les diplomates de tous pays et de tous bords s'agitent vainement autour du problème central de l'accès de la République islamique d'Iran au nucléaire militaire, le bras de fer se poursuit entre la théocratie absolue qui règne sans partage à Téhéran et la Résistance laïque et  démocratique dont l'anéantissement est devenu l'obsession des fanatiques religieux.

Pendant que les diplomates de tous pays et de tous bords s'agitent vainement autour du problème central de l'accès de la République islamique d'Iran au nucléaire militaire, le bras de fer se poursuit entre la théocratie absolue qui règne sans partage à Téhéran et la Résistance laïque et  démocratique dont l'anéantissement est devenu l'obsession des fanatiques religieux. Après de tragiques et sanglantes péripéties, qui se sont traduites par l'assassinat de plusieurs dizaines de résistants désarmés, le dernier avatar en date est celui du transfert des militants de cette organisation, regroupés en 2003 par le commandement américain dans le camp d'Ashraf, vers un centre de détention pompeusement appelé « Liberty ». Ce transfert qui viole au passage les accords passés en leur temps par les Etats-Unis avec l'Organisation des moudjahidines du peuple est voulu, orchestré et organisé jusque dans le détail par le gouvernement iranien dont chacun sait qu'il a barre sur le « gouvernement » de M. Maliki. Avant de traiter des conditions de cette délicate opération que l'ONU a reçu la mission de superviser afin qu'elle se fasse dans le respect des droits de l'Homme et des conventions de Genève, il n'est pas inutile d'en exactement situer les protagonistes.
        Premier protagoniste, l'Organisation d’opposition des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), longtemps et faussement tenue pour une organisation terroriste, sans aucune justification crédible et objective, ne figure plus sur la liste noire de l'Union européenne, dont, par ailleurs, l'attitude envers l'Iran est largement compréhensive puisqu'elle a cherché, par le « dialogue critique », à explorer toutes les voies d'une normalisation avec l'Iran. Il faut savoir que l'OMPI n'a jamais attenté aux biens ni aux personnes de pays étrangers à l'Iran et que les actions qu'elle a conduites sur le territoire iranien contre les représentants et les forces du régime ont toujours épargné les populations civiles : elle ne répond donc en rien aux critères de définition d'une organisation terroriste et ce n'est que sur la pression des autorités de Téhéran que cette étiquette lui a été accolée jusqu'à ce que la Cour de Luxembourg lui rende justice et que l'Union européenne en prenne acte.
        Seuls, les Etats-Unis s'obstinent, pour d'obscures raisons que la justice américaine ne connaît pas. L'attitude du Département d'Etat est d'autant plus incompréhensible que l'Iran est déclaré « rogue State » à Washington et que l'inquiétude est grande de son implication dans la guerre civile en Syrie comme dans le soutien aux ennemis d'Israël, sans compter les développements du dossier nucléaire.
        Second protagoniste, l'Iran dont c'est peu de dire qu'il est l'Etat qui depuis de longues années a bafoué le plus communément et gravement la loi internationale et qui attente le plus lourdement aux droits de l'Homme. On connaît l'idéologie qui sous-tend le régime et qui est celle du jurisprudent religieux, en persan du « Velayat e Faqih », concentrant entre les mains d'un seul homme, le « Guide », traduction du mot allemand  « Fuhrer »,  l'intégralité des pouvoirs qui se peuvent exercer en matière de gouvernement des hommes : à savoir les pouvoirs constitutionnel, législatif, exécutif, judiciaire et religieux, je devrais dire dogmatique. Aucune parcelle de légitimité et de puissance n'échappe à cet homme, désigné par ses anciens pairs, évidemment tous religieux. A son service tous les organes de l'Etat sans restriction.
        C'est ce même Etat qui ne s'est pas privé de violer les usages diplomatiques les mieux établis  en envahissant dès les premiers mois de son fonctionnement l'ambassade des Etats-Unis et qui a récemment récidivé aux dépens de la Grande-Bretagne, à trente-deux ans de distance, sans qu'aucune sanction ni mesure de rétorsion ne soit prise,
       C'est toujours le régime iranien qui se situe comme l'un des plus répressifs du monde avec une moyenne de plusieurs dizaines d'exécutions par jour et un arriéré de plusieurs centaines de milliers, et comme l'un des derniers à bafouer les droits de l'Homme avec un cynisme que ne justifie que la « charia » et la pratique de tortures aussi raffinées que les bourreaux ont d'imagination. Logique avec lui-même, c'est bien le seul mérite qu'on doive lui reconnaître, ce régime implacable pratique le terrorisme d'Etat sans que la communauté internationale en tire d'autres conséquences que celles d'autant plus méritoires que rares qu'en retirent les justice argentine, allemande, espagnole et helvétique,
        Or, à chacun de ces manquements à la loi commune et humaine, il n'a été répondu que par des concessions dont le résultat le plus clair est de débarrasser la dictature religieuse de ses ennemis et de ses contestataires. Ainsi, alors que l'Iran joue au chat et à la souris avec l'Agence internationale de l'énergie atomique  et avance sans difficulté sur le chemin de la nucléarisation de sa force militaire, l'ONU, notre troisième protagoniste, qui devrait s'en inquiéter, prête la main à la dispersion de l'opposition, pourtant démocratique, de l'OMPI et s'aligne sur les exigences du maître iranien.
        Curieuse institution que l'UNAMI, créée pour garantir les droits des minorités menacées dans ce « paradis » promis aux habitants de la Mésopotamie par les Allié occidentaux et qui cautionne des agissements bien pires que ceux du dictateur déchu qui avait pour le moins pris grand soin de protéger les chrétiens d'Orient, contraints de fuir la terre de leurs ancêtres. Sans espoir de retour, Les oukases de M. Maliki, la marionnette du Guide Suprême, convoqué à Téhéran comme un valet docile sont fidèlement répercutés sur des fonctionnaires internationaux qui s'empressent de leur donner force de loi.
        Il faut donc oublier ce qu'est à la vérité le camp Liberté, un casernement conçu pour des jeunes recrues américaines qui venaient y coucher mais non y vivre, inadapté à la vie de personnes pour beaucoup quinquagénaires et dans un état de délabrement facile à imaginer. Il faut fermer les yeux sur les trucages de photographies sélectionnées par le délégué de l’UNAMI, ancien collaborateur de Joshka Fisher, ministre allemand des affaires. Il faut accepter les vols éhontés, les humiliations infligées à des personnes sans défense, l'enfermement carcéral, l'immixtion de la police irakienne truffée de séides iraniens dans la vie intime de ces résistants, les pitoyables efforts de propagande. Il faut tirer un trait sur les droits élémentaires d'êtres humains qui ne bénéficient même pas des pauvres ressources allouées aux réfugiés palestiniens au Liban ni de leur statut.
        Entre les trois protagonistes, la balance n'est donc pas égale puisque deux d'entre eux, ceux qui conjuguent puissance et absolutisme disposent des moyens et de la volonté de faire plier le troisième, quitte à le massacrer s'il lui vient l'envie de résister. Mais, et c'est ici que se produit le miracle, c'est précisément la vocation et l'engagement de ces résistants que de résister. Ils résistent parce qu’ils savent leur cause non seulement juste, mais indestructible. Ils résistent parce que la Liberté, la vraie, pas celle que promet un nom usurpé, triomphe toujours et que s'ils doivent se sacrifier, leur sacrifice fera gagner leur cause.
        Mais il serait consternant, que l'ONU perde dans ce combat dont nous connaissons les vainqueurs une nouvelle fraction de cette autorité que ses erreurs passées ont déjà largement entamée. Comme il serait navrant que par la faute d'un seul, l'Europe perde le bénéfice de la lucide et courageuse intervention de sa justice dans le dossier iranien. M. Kobler, puisqu'il faut bien citer son nom peut-il, à la fin, autoriser une délégation européenne à se rendre sur place, s'il est aussi assuré du bien-fondé de sa collaboration avec M. Maliki ? Pour ma part, je dis chiche et j'attends la réponse.
        

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