Quand les morts estent en justice

Les morts ont décidément la vie dure. On dit qu'en Corse, ils votent plusieurs années après leur disparition mais à Paris, ils font mieux encore, ils agissent en justice. Et pas devant n'importe quelle instance, devant la juridiction spécialisée antiterroriste du TGI de Paris qui ne manque cependant pas de grain à moudre en ces temps de déchaînement de violence.

Revenons quelques années en arrière : l'organisation des « moudjahidines du peuple d'Iran » est lourdement mise en cause en juin 2003 dans le cadre d'une opération d'arrestations massives concernant plus de cent cinquante personnes de nationalité iranienne, manifestement « pilotée » par le Vevak, structure officielle des services de répression de la « République » islamique. Neuf années de procédures plus tard, le juge Marc Trévidic rend une série de non-lieux sur un dossier dont aucun élément ne peut être retenu. Les dernières décisions du juge interviennent en septembre 2014 sans échapper à la vigilance ironique du « Canard enchaîné ».

C'est alors qu'un appel est interjeté par un avocat franco-canadien, Me Gelinas, qui prétend agir au nom de son client, Ziaedin Abdolrazaghi, téléguidé par les mêmes services iraniens pour porter plainte contre l'OMPI, en octobre 2003, au motif « gravissime » d'usurpation d'identité, en réalité pour accéder au dossier plus conséquent d'activités terroristes ouvert en son temps par le juge Bruguière. L'ennui pour Me Gelinas, c'est qu'au-delà de cet acharnement bien compréhensible pour un avocat de "sa qualité", le sus-nommé Ziaedin Abdolrazaghi est mort d'une mort dont il n'est pas assuré qu'elle fut belle, en octobre 2005 dans la belle ville d'Istanbul. Deuxième ennui pour Me Gelinas, son client avait eu le temps – et l'idiotie - de déposer, avec sa plainte, la preuve écrite de sa propre manipulation par le Vevak, qui figure du même coup, dans le dossier.

Tel est pris qui croyait prendre.

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