Yves Charpak
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 oct. 2014

Yves Charpak
Abonné·e de Mediapart

Pas facile en France de reconnaître que d’autres pays font parfois bien les choses : utilisation des produits sanguins

Yves Charpak
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Assommés par la crise du sang contaminé dans les années 90, nous Français considérons souvent que nous sommes devenus les plus vertueux, les plus attentifs à la sécurité, à la qualité des produits… et à leur « bonne utilisation ».

Les deux premiers sujets sont aujourd’hui des mandats européens, traités par des directives européennes, et notre intervention « nationale », même si d’aucuns dans chaque pays aiment à penser qu’ils ont encore complètement « la main », consiste à bien transcrire les directives européennes et à faire ensuite appliquer les règles.

Par contre, sur le dernier point, qui est celui de l’utilisation quantitative et qualitative des produits sanguins, les variations européennes sont étonnantes quand on sait que nos maladies et nos soins sont sensiblement les mêmes entre pays voisins de niveau de développement identique. Ainsi, en France, les années 2000 nous ont vues parmi les moins consommateurs de produits sanguins pour la transfusion.

Il faut dire qu’au delà de la science et des bonnes pratiques médicales, le choc émotionnel du sang contaminé et ses conséquences politiques, médicales, sociales et financières (indemnités aux malades contaminés) a conduit nos médecins à réduire fortement la consommation des produits à la fin des années 90 pour remonter régulièrement et progressivement depuis. Les autres pays n’ont pas eu alors de diminution de consommation. Et dans les années 2005 à 2009, il était de bon ton de montrer du doigt les nordiques, les allemands, les belges, etc. qui consommaient 50% de plus que nous, voir même le double.

Mais dans le même temps notre courbe d’utilisation remontait toujours, sans analyse systématique et  scientifique de la validité de cette augmentation, de ses causes et de sa pertinence médicale.

Et puis la bonne utilisation des produits sanguins est devenu un sujet majeur de débat médical au niveau international, mené par des sociétés savantes médicales internationales, des regroupements de transfuseurs européens et mondiaux, etc. Problème de langue ou d’autisme national, ça n’a pas été un sujet majeur de débat chez nous, même dans les agences et institutions en charge des « bonnes pratiques ». Du côté du producteur national, l’EFS, tout le monde anticipait et se félicitait de l’augmentation continue, entrainant il est vrai une croissance continue du budget annuel (et de la facture hospitalière correspondante payée par l’Assurance Maladie, qui ne réagissait pas plus que ça).

Tout d’un coup, il a bien fallu se rendre compte que les autres pays depuis quelques années voyaient leurs consommations des produits sanguins diminuer et que, du bas de l’échelle des consommations européennes, nous étions passés à la médiane (comme le montre bien des données européennes reprises par le député Véran dans son rapport sur les produits sanguins, rédigé en 2013 à la demande du gouvernement) : car la plupart de nos voisins ont réduit et réduisent encore plus ou moins vite leurs consommations de produits sanguins  depuis 2008-2009. Ce qui a entrainé chez eux des réductions d’activité, des plans sociaux, des restructurations et redéploiements dans d’autres activités…

Et en fin de compte, la réduction observée ailleurs a fini par se produire avec retard en France, car nos cliniciens sont de bons professionnels attentifs aux données de la science médicale et à ce que font leurs collègues hors des frontières, et nos gestionnaires hospitaliers savent aussi compter... En période de réduction budgétaire des dépenses de santé, la facture « transfusion » les amènent à poser des questions.

Ca ne fait sans doute pas pas le bonheur du producteur national EFS, que cette réduction de consommation pourrait sans doute amener à réduire son budget… et donc à envisager comme les autres producteurs européens des restructurations majeures, voire même  des plans sociaux…

Par ailleurs, dans un marché interne européen, même si les produits de transfusion sont encore protégés, le choc suivant sera peut-être aussi celui des prix des produits au niveau européen, car comment expliquer aux tutelles budgétaires qu’une même poche de globules rouges coûte moins de 100 euros en Allemagne alors que son prix est proche de 200 euros en France… à l’époque de la libre circulation des citoyens et des biens en Europe et alors qu’il est maintenant possible à tout citoyen européen d’être soigné n’importe où (Directive européenne sur les soins transfrontaliers), le financement de notre système de santé qui est en pleine crise ne pourra pas faire l’économie d’un « benchmark » approfondi sur le sujet, avec transparence totale sur les composants des coûts.... N’oublions pas que le prix des médicaments est régulièrement diminué en France depuis quelques années, variable d’ajustement habituelle des budgets de la santé.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte