Transfusion, virus Zika, Antilles : la France devrait aider les USA et le Canada

 Si le ministère de la santé français et l’Etablissement Français du Sang ont mis un peu plus de temps que d'autres à afficher une position officielle sur les mesures à prendre vis à vis du don de sang et des donneurs, en particulier en Guadeloupe et Martinique, ce qui est proposé officiellement est rationnel (recommandations du 11 février 2016, reprises dans un communiqué de l’Association française des hémophiles (AFH)
:

 Dans l’hexagone, on exclut pour 28 jours les donneurs qui reviennent de zones d’épidémie. Aux Antilles, zone elle-même d’épidémie, il est proposé :

-       de fournir des produits sanguins de l’hexagone aux femmes enceintes

-       de tester tous les dons locaux pour les globules rouges avec une analyse de génome viral faite à Marseille, et un délai de « quarantaine » de quelques jours, le temps de récupérer le résultat.

-       De traiter les plaquettes et le plasma par Amotosalène, un processus qui « inactive » en principe ce type de virus.

Côté USA, pour Porto Rico, île antillaise rattachée aux Etas Unis comme territoire libre, l’épidémie de Zika bat son plein (http://www.latinpost.com/articles/118211/20160311/puerto-rico-faces-hundreds-thousands-zika-infections.htm)

Les mesures préconisées par la FDA (leur agence du médicament) pour les prélèvements en zone d’épidémie sont (http://www.fda.gov/downloads/BiologicsBloodVaccines/GuidanceComplianceRegulatoryInformation/Guidances/Blood/UCM486360.pdf) :

-       Identiques à celles de la France pour les femmes enceintes, les produits sanguins venant de zones non épidémiques des USA sont fournis.

-       Pour les plaquettes et le plasma, si des méthodes d’inactivation agrées par les USA sont disponibles localement, le prélèvement et la transfusion des produits locaux est possible. Si l’inactivation est impossible localement (rappelons que la transfusion n’est pas centralisée comme chez nous), les USA exporteront des produits venant de zone non épidémique des USA.

-       Enfin, pour les globules rouges (qui ne peuvent être inactivés), les USA vont systématiquement exporter à Porto Rico des produits venant de zone non épidémique des USA).

Pour ceux qui connaissent les capacités d’analyse biologique des USA, pionniers très souvent pour le monde entier, ce dernier point est un peu surprenant. Pourquoi font-ils ça plutôt que de tester les dons fait à Porto Rico comme cela a été décidé pour les Anilles françaises ?

 Ils écrivent que cette attitude est décidée en l’attente de tests agréés et fiables… Curieusement c’est aussi ce que dit la directrice de la transfusion canadienne (Canadian Blood Services) qui se dit en l’attente de tests validés et accrédités (http://www.cbc.ca/news/politics/pregnant-woman-zika-canadian-virus-1.3480331). Ces derniers ne seraient pas disponibles pour des examens très nombreux et en routine à ce jour. Est-ce une façon de dire que le coût et l’organisation en serait trop complexe ? En tout cas ces différences de stratégie interpellent.

Et, pourquoi pas, leur proposer un peu d’aide de la France puisque nous avons le savoir faire ?

Pour finir, il est difficile de finir sans parler de l’OMS, qui a bien déclaré le virus Zika comme menace mondiale, mais qui pour l’instant ne dit pas un mot sur la transfusion sanguine (WHO statement on the 2nd meeting of IHR Emergency Committee on Zika virus and observed increase in neurological disorders and neonatal malformations, 8 March 2016 : http://who.int/mediacentre/news/statements/2016/2nd-emergency-committee-zika/en/). Espérons que le réveil ne sera pas nécessaire et que le risque transfusionnel additionnel pour nombre de pays moins développés est suffisamment faible pour ne pas perturber les rapports bénéfices/risques des procédures actuelles de la transfusion dans ces pays.

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.