Les Témoins de Jéhovah au secours des bonnes pratiques en transfusion ?

Nos sociétés modernes, nos chercheurs, et beaucoup de ceux dont le cerveau est l’outil de travail de base sont souvent par moment limités par des réflexes tribaux, des impossibilités de «sortir de la boite » pour prendre un peu de recul.

En transfusion sanguine, il est dit qu’on sauve des vies et que tout est fait pour que l’utilisation des produits sanguins soit limitée strictement à ce qui est nécessaire. C'est effectivement l'intention de tous ses acteurs, tous motivés.

Pourtant, ces dernières années, les voix se font nombreuses pour suggérer que ça n’est pas tout à fait vrai en pratique et qu’on pourrait consommer beaucoup moins de ces produits « précieux » puisque prélevés chez des donneurs qui n’en tirent aucun bénéfice autre que celui de « rendre service» alors qu’il y a un risque, minime mais pas nul, à le faire.

En particulier, les différences de consommations entre pays de niveaux de développement similaires ou dans un même pays entre services médicaux traitant des mêmes maladies, posent des questions… mais qui peinent à pénétrer les milieux les plus concernés, ceux qui prescrivent ou ceux qui contrôlent la prescription. « Circulez, il n’y a rien à voir, nous faisons au mieux ».

Il faut dire que ça n’est pas facile car la recherche sur l’optimum d’utilisation pour une maladie donnée est complexe. Elle demanderait de comparer le devenir de groupes de malades « tirés au sort » qui auraient plus ou moins de transfusion dans des circonstances similaires. C’est faisable et fait (et obligatoire) pour les médicaments, pour certaines interventions médicales, avec des conditions strictes encadrant ce type d’expérience, en particulier autour de l’éthique et du consentement. Ce serait  donc possible et nécessaire en transfusion, mais rarement fait pour l'instant et bien sur pas facile.

En attendant de s’y mettre vraiment, une source extraordinaire de connaissance pourrait être tirée de l’analyse comparative de groupe de malades qui refusent la transfusion à tout prix : les témoins de Jehovah. Ils sont mêmes prêts à mourir plutôt que d'être transfusés.

Ils ont passé avec certains hôpitaux et des médecins, aux USA en particulier, des accords pour développer une « médecine sans transfusion ». Du coup, les enseignements que l’on peut en tirer pourraient nous éclairer, a condition de passer la barrière "infranchissable" de reconnaître que la médecine peut apprendre de particularités que nous rejetons « moralement ».

L’article ci-dessous du New Yorker est le premier d’une série consacrée à ce sujet. Il est clair que ça ne peut pas remplacer l’approche scientifique classique, mais pourquoi refuser cette connaissance si elle existe. D'ailleurs, pour le méthodologiste de la recherche clinique que j'ai été à une époque professionnelle de ma vie, il s'agit d'une opportunité extraordinaire d'étude "quasi-expérimentale", dont j'aurais rêvé à l'époque ?  L’une de mes amies travaillant à Paris dans une clinique qui accepte d’opérer les témoins de Jéhovah français m’a confirmé qu’il y a beaucoup a apprendre à être obligé de travailler sans le filet de sécurité de la transfusion. Elle m’a aussi dit que du coup ces malades là sont souvent refusés par les autres hôpitaux, publiques comme privés.

Alors pourquoi continuer à refuser cette connaissance si elle existe ? 

http://www.newyorker.com/news/news-desk/how-jehovahs-witnesses-are-changing-medicine

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