Quand l'économie prime sur la vie

Quand l'économie prime sur la vie…

Dans son allocution télévisée du 13 avril, le président de la République a annoncé la réouverture progressive des écoles, collèges et lycées à partir du 11 mai, en la justifiant par le fait que « la situation creuse trop les inégalités. Trop d'enfants, notamment dans les quartiers populaires et dans nos campagnes, sont privés d'école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents. » À cela, le ministre de l'Éducation ajoutait que la réouverture concernerait d'abord « les publics les plus fragiles » pour permettre une « resocialisation ». Beau souci d'égalité et de justice sociale ! Mais aussi belle contradiction avec toutes les "politiques sociales" menées jusqu'ici par ce gouvernement qui n'a eu de cesse de détricoter, maille par maille, toutes les avancées sociales construites par toutes les luttes historiques et en particulier par celles issues du Conseil National de la Résistance. Belle contradiction aussi, quand on pense aux politiques éducatives menées jusqu'ici, aboutissant à des classes de plus en plus « bondées », des dotations réduites en SEGPA par exemple, à une réforme des LP où l'enseignement général a une place de plus ne plus congrue, à une réforme élitiste du lycée, à une sélection opaque pour l'accès aux études supérieures… bref à tout un tas de mesures visant évidemment à la réduction des inégalités et à la justice sociale ! Et ce ne sont pas les quelques CP ou CE1 à 12 élèves, fonctionnant à moyen constant, c'est-à-dire en surchargeant les autres classes qui pourront contredire cet état de fait. Non, notre gouvernement a mené, depuis son arrivée au pouvoir, une politique résolument antisociale et inégalitaire et il n'a pas l'intention d'en changer.

Alors pourquoi, dans ces conditions, réouvrir les écoles, collèges et lycées ?

Pour les besoins de l'économie et pas autre chose : il faut garder les enfants de ceux qui travaillent.

Et donc, à cause de cela, il faudrait prendre des risques inconsidérés de contamination, de morts peut-être, ou de séquelles graves et durables pour quelques un.e.s, risques dénoncés aussi par le président de l'ordre des médecins qui ajoute que « déconfiner le milieu scolaire reviendrait à remettre le virus en circulation ». Le coronavirus n'est pas une petite grippette et toutes les précautions que nous pourrons prendre (distanciation, gestes barrières, tests, gants, masques, gel…) ne pourront jamais garantir que personne ne sera infecté. Même si, aussi mieux, très peu de personnes étaient contaminées, ce qui est raisonnablement impossible à assurer, nous n'avons pas à sacrifier qui que ce soit sur l’hôtel de l'économie capitaliste. Surtout que là aussi les contradictions s’accumulent : on ferme les restaurants, on pense ouvrir les cantines, on ferme les universités là où les étudiants sont les mieux à même de respecter les gestes barrières et où les campus sont vastes, mais on veut réouvrir les maternelles, on interdit tout spectacle même dans de toutes petites salles, mais on pourrait faire classe… et tout ça pour au plus un mois et demi de cours.  Mais il est vrai que les étudiants sont presque tous majeurs et se gardent bien tout seuls et que la culture n'est certainement pas une priorité.

En fait, tout cela ne fait que mettre à jour le discret visage de la barbarie capitaliste : l’économie vaut mieux que la vie.

Et si l’on veut rester conséquent, je crois que notre seul mot d’ordre devrait être : on ne rouvre pas ! On ne veut  être responsables d’aucune mort ou séquelles graves de qui que ce soit.

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