L'Université qui vient

Ça va vite en ce moment du côté de l'Université. Reprenons tranquillement.

Ça va vite en ce moment du côté de l'Université. Reprenons tranquillement.

Le Président de la Présipauté vient de nous annoncer un sanctuaire de 70M€ quand c'est un demi-milliard qu'il a enlevé aux universités. Il se fout de nous en parlant de sanctuaire mais ça fait partie de son boulot de nous endormir, hein? Surtout on pourrait croire que "la crise, la dette, c'est dur pour tout le monde, merci de votre solidarité, arrêtez de mendier et retournez travailler, faites pas la grève générale comme ces Belges irresponsables, puisque tout le monde vous le dit, les ministres et leurs inspections générales, la commission européenne et la banque centrale européenne, le FMI et même Le Monde, vous n'avez pas compris le message?"

Et puis on voit les milliards qui filent, on voit les centaines de millions pour les nanotechnologies des ami-es de Fioraso ou pour le racket de l'édition scientifique, on voit les dizaines de milliards en cadeaux aux grosses boîtes via crédits d'impôts recherche ou compétitivité, on voit des grands projets inutiles imposés, chers, toxiques et meurtriers, on voit des Rafales de milliards pour Dassault et pour la guerre car "la guerre c'est la paix". C'est combien de déficit déjà que sa tutelle reproche à l'UPEM*, ce déficit qui l'obligerait à geler les postes qu'on lui avait "offerts"? Quelques millions. Et pourquoi? Parce que l'État ne veut plus payer l'université publique: c'est "l'autonomie". Ils se foutent carrément de nous avec leur histoire de crise.

Et comme on arrive pas encore à les arrêter et qu'ils s'en fichent manifestement de perdre les prochaines élections (Fioraso devrait facilement retrouver du boulot dans les nanotechnologies de toute façon), ils continuent à nous étrangler et ils en profitent pour regrouper les universités et flexibiliser les personnels. En gros, tout ce que veulent les patron-nes d'universités: de grosses boîtes avec des employés flexibles. Ah ben tiens, c'est justement la bande de la CPU, la coalition des patron-nes d'universités, qui fait les propositions, qui fait les lois, qui fait le discours du Président de la Présipauté et qui applaudit à la fin du banquet.

Ici, il faut fusionner l'UPEM et l'UPEC*. Avec quels sous d'ailleurs? Ah, sans financement? Juste avec la détermination de chacun-e. Et des heures sup' non payées peut-être? Merci. Et Jean Tirole, notre prix toulousain d'économie néolibérale, d'affirmer: "La norme internationale se situe à 10-15.000 étudiants, pas plus. En France, les universités sont bien au-delà de ces chiffres, ce n’est pas sérieux." Tiens, 10.000 étudiant-es, comme à l'UPEM, c'est marrant. Non Jean, c'est pas sérieux les méga-universités, c'est pour faire rigoler leurs futurs patron-nes quand ils mangent des petits fours au ministère.

Le but ce n'est pas juste de créer de grosses universités.
Ils gonflent les universités mais surtout ils les restructurent à l'intérieur: d'un côté de grosses formations low cost payées par les étudiant-es, les PME et les collectivités locales; de l'autre, de petites formations d'élite associées à des centres de recherche financés par les grosses entreprises. C'est pas très loin de l'actuelle opposition entre facs miséreuses et grandes écoles. Les grandes écoles auront en plus un label University, des PhD Schools et de gros Research Departments. Classe. Les facs miséreuses devront en plus s'adapter aux besoins des entreprises locales. Autre classe.

La soumission des personnels est également nécessaire aux patron-nes d'universités pour qu'ils déploient leur stratégie et bouffent des parts de marché à leurs concurrents. C'est là que l'État arrive en démontant le statut des enseignant-es-chercheur-es. Le décret de septembre dernier est effarant. Pécresse l'a rêvé, Fioraso l'a fait. Résultat: évaluation individuelle managériale, modulation de service d’enseignement et primes individualisées. Et la CPU annonce la suite de leur programme de flexibilisation.

Il faut voir ce qui vient. Quand nos grand-es chef-fes nous disent: "Nous allons fusionner au sein de notre Comue* dans la concertation et la joie afin de restructurer une formation d'excellence et attirer les financements de nouveaux partenaires", on a pris l'habitude de traduire par: "On n'a plus de sous donc tu fais ce qu'on te dit de faire, OK?" Des fois ils nous le disent en clair sans décodeur. Mais il faut aussi voir ce qui vient, pour savoir ce qu'il nous faut arrêter. Ce n'est pas que 2 ou 3 millions à récupérer même si on commence par les récupérer, les 2 ou 3 millions. Ce n'est pas que l'Université ni le Service Public. C'est plus large, c'est plus impressionnant, c'est plus important. C'est l'inégalité dans l'opulence, c'est l'insécurité comme choix politique, pour maintenir leur ordre et mener leur guerre économique. Les Tunisien-nes ont bien stoppé Ben Ali. Nos bouffons à nous, qui nous étranglent et se gavent en rigolant, ils auront beau tuer et mutiler les manifestant-es, on les stoppera aussi.


* Désolé pour les sigles:

  • L'UPEM c'est l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, ex-UMLV.
  • L'UPEC, ça commence pareil et ça finit par Créteil pour se rappeler que c'était Paris 12 Créteil-Val de Marne. Ça commence pareil pour porter mondialement la marque UPE. Leur début commun affirme maintenant qu'elles vont évidemment fusionner, qui nous est promise pour 2017 sur www.upec-upem.fr. Le vrai problème vrai de la fusion, c'est que le nom UPE est déjà pris. Même UPMC est pris. Bientôt des ateliers participatifs de brainstorming.
  • Université Paris-Est, c'est en effet le nom de leur COMUE, Communauté d'université et d'établissements. Elle regroupe ces deux universités et pas mal de grandes écoles et d'instituts de recherche du coin et de la région (en gros). Une Comue c'est une sorte de communauté d'agglo pour les universités : une méga-université au-dessus des universités, bien bureaucratique, bien loin des étudiant-es et des personnels.
    Une Comue sert à attraper des financements par projets publics (ça c'est la mise en concurrence) et partenariats privés (ça c'est la privatisation de fait). Les membres de UPE craignent de se faire commandés par elle donc ils y vont doucement. Une coquille presque vide appelée à grossir sous l'oeil inquiet mais avide de ses membres.
    Hors Île-de-France, il y a une Comue pour une ou deux régions. En Île-de-France, c'est la fête des alliances entre facs pour être plus grosse que la Comue d'à côté. L'UPE avait donc besoin de l'UPEC pour grossir. Bienvenue l'UPEC! Ensuite le grand jeu, c'est de fusionner avec son voisin (qu'on se met tout à coup à aimer follement) pour peser au sein de la grosse Comue. Ici l'UPEC fusionne l'UPEM. Miam. Pour peser dans l'UPE. Ou se voir diluée comme une sous-partie des composantes de l'UPE.

Voilà. C'est incompréhensible. C'est normal. C'est la réforme des universités.

Bref, c'est pour ça qu'il y a ce billet: pour voir l'Université qui vient derrière les sigles et la quête de taille critique.

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