Un vote au CA de l'UPEM, ou l'amertume de la farce démocratique

Le président de l'université de Marne-la-Vallée cherche un peu de légitimité dans son CA sous contrôle. Risible. Et indécent. Osera-t-il encore demander à ses fidèles 80% de CA, élus par une minorité, exclusivement par des enseignant-es-chercheur-es, de l'applaudir et de l'encourager à appliquer un programme de fusion sur lequel il n'a pas été élu et dont le prix sera avant tout payé par les personnels Biatss?

Le président de l'université de Marne-la-Vallée cherche un peu de légitimité dans son CA sous contrôle. Risible. Et indécent. Osera-t-il encore demander à ses fidèles 80% de CA, élus par une minorité, exclusivement par des enseignant-es-chercheur-es, de l'applaudir et de l'encourager à appliquer un programme de fusion sur lequel il n'a pas été élu et dont le prix sera avant tout payé par les personnels Biatss?

Jeudi 25 juin 2015 à 15h à Champs-sur-Marne, le Conseil d'Administration de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM) votera pour donner mandat à son président (Gilles) Roussel pour « amplifier la concertation avec les acteurs, notamment sur les questions de gouvernance, et poursuivre le processus de création de la nouvelle université » avec l'Université Paris-Est Créteil (UPEC). Avec un vote similaire à Créteil le lendemain pour donner mandat à leur président (Luc) Hittinger.

En bref, le CA de Marne votera pour dire à Gilles de continuer la fusion avec Créteil.

Les présidents UPEM et UPEC n'ont vraiment pas besoin de ce vote sur rien. En fait, ils avaient prévu de valider leur brillante proposition de restructuration pour la future université fusionnée mais elle soulève trop d'opposition, à l'UPEC surtout. AG de 250 personnes en colère mardi dernier, lettre d'élus des deux CA, 2e lettre plus énervée, appel au rassemblement vendredi et même appel à la grève pour arrêter la fusion. Même la CFDT trouve que quand même hein bon il faudrait écouter les gens concernés aussi. Il faut dire qu'ils ne vont pas dans la dentelle en supprimant les UFR (les "composantes") et redécoupant le tout. Ca remue aussi à l'UPEM. Une lettre intersyndicale aux membres du CA et un appel à rassemblement juste avant.

Alors, ils retirent le vote sur la structuration. Mais puisqu'on sera en CA, autant se redonner un peu de légitimité avec un petit vote d'encouragement. Donc le CA votera un encouragement à son président.

Ou il ne votera pas.

Mais il ne votera pas contre. Pas de suspens à l'UPEM, encore moins qu'ailleurs. Le CA n'y est pas la clé de voûte d'une démocratie universitaire, mais la farce visible d'un paternalisme autoritaire.

Tout le monde se connaît, Gilles est un enfant du cru, et il prétend bien s'occuper de son petit personnel malgré les cas de souffrance, les départs en masse, le gel des recrutements, la dégradation chronique des conditions de travail notamment pour les Biatss mais aussi pour l'enseignement, la recherche et l'étude. Chacun-e prend sur soi car on l'aime notre université et on fait toutes et tous des efforts. C'est dur l'austérité. Tiens, on va peut-être gagner une poignée de millions avec un projet I-SITE. Bravo.

Et pourtant le CA de l'UPEM est en grande partie illégitime.
Il est même complètement illégitime à imposer une fusion avec Créteil comme il le fait.

Pour commencer, le CA de l'UPEM n'est pas brillant de démocratie, comme dans la plupart des universités d'ailleurs. Seulement 17 élus sur 25 membres! (voir ici) Pas brillant, même si ça sera pire dans les Comue (les quoi?) genre Université Paris-Est.

En plus, pour les membres élus, c'est la prime majoritaire: la liste qui emporte la majorité gagne une moitié des sièges, et la moitié qui reste est partagée proportionnellement aux votes reçus (voir ici). Oui, la moitié plus la majorité de la moitié, ça fait plus des trois-quarts.
En 2011 (voir ici) la liste de l'actuel président a reçu 59% des voix des enseignant-es-chercheur-es (et c'est tout). Elle a donc 80% des sièges élus pour cette catégorie, soit 8 sièges. La liste perdante touche 2 sièges pour ses 41% de votes. Normal.

La liste gagnante ne présente pas de candidats pour le reste du personnel, les Biatss, et perd donc les 3 sièges de cette catégorie. Pas grave.

Les autres membres du CA sont 4 élu-es étudiant-es, 7 personnalités extérieures et le président. Ah oui, le président n'est pas un des élus mais il est là. C'est comme une 2e prime majoritaire.

Les personnalités extérieures ne participent pas ou donnent leur pouvoir à leur partenaire président (pas le temps de siéger) ou viennent oeuvrer à la transformation de l'université publique en entreprise de services de recherche et d'enseignement à leur service. Soit 8 voix actives ou passives dans le sens de la présidence.
Les sièges des "usagers" (=étudiant-es) sont presque tous vides (malgré les élections plus fréquentes car les étudiant-es ne restent pas longtemps à l'université et encore moins à Marne avec beaucoup de formations courtes) et leurs divers projets et activités dépendent du financement de la présidence, qui n'a donc pas besoin de menacer pour avoir de la complaisance pour ses propres projets à elle. Ce n'est que justice.

Voilà la liste électorale qui dirige l'UPEM :

  • elle ne comprend pas de personnel Biatss;
  • elle n'a été élue que par une minorité du personnel, les 59% d'enseignant-es-chercheur-es, grâce à la "prime majoritaire", soit 8 membres, plus le président;
  • elle était "soutenue par le Président et les vice-présidents sortants", avec les moyens de communication correspondants et l'argument électoral de "nous savons gouverner, pas comme ces syndicalistes";
  • elle peut s'appuyer sur 7 personnalités extérieures et 4 élu-es étudiant-es absents, discrets ou favorables à une université-entreprise;
  • elle contrôle donc 20 voix (actives ou passives) sur 25 voix, soit 80%;
  • elle s'appelle "Ensemble pour Consolider et Développer notre Université" et elle n'a jamais parlé de fusion pendant sa campagne, elle ne s'appelait pas du tout "Ensemble pour Dissoudre et Vendre à la Découpe notre Université", pourtant elle met activement en oeuvre sa dissolution dans quelque chose d'encore flou, adapté au marché de l'enseignement et de la recherche, quelque chose de beaucoup plus grand et bureaucratique, une Grande UPEC avant la Grosse Comue Paris-Est.

Le CA n'a donc aucune légitimité démocratique à offrir à son président. Il y a finalement peut-être un peu de suspense pour ce jeudi.

Le président va-t-il demander à ses 80% de CA, élus par une minorité, à savoir une petite majorité des enseignant-es-chercheur-es, de l'applaudir et de l'encourager à appliquer un programme sur lequel il n'a pas été élu et dont le prix sera avant tout payé par les personnels Biatss?

A moins qu'il trouve cela risible. Ou indécent.

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