L’odyssée du ministre de la ville de Mitterrand

 

Un grand bravo aux journalistes de Médiapart pour leurs investigations très pointues, qui leur font traquer et démasquer impitoyablement voleurs, tricheurs, imposteurs de toutes catégories, plus particulièrement nos politiques, avides de l’argent public.

 On pourrait être tentés de croire que la cinquième mérite le titre peu enviable de République des voyous. Hélas, il faut bien reconnaître qu’elle ne se distingue qu’à peine des précédentes, mais grâce à la Toile, l’information circule à la vitesse de la lumière, et permet donc de confondre plus sûrement et plus rapidement les individus peu recommandables de la politique. Après l’affaire Cahuzac, on allait voir ce qu’on allait voir ! L’opération « mains propres » et patrimoine des élus allait assainir définitivement la France. On a rien vu du tout, sinon la liste des magouilleurs en tous genres s’allonger un peu plus chaque jour, et les pires malfrats bénéficier d’une étrange et permanente mansuétude – un encouragement à persévérer –

 Parmi celles qui défrayent la chronique, l’affaire Tapie-Lagarde me paraît de loin la plus révoltante. J’ai relu avec attention « Mitterrand et les 40 voleurs », de Jean Montaldo, qui fût, rappelons-le, l’un des premiers journalistes d’investigation.

Voici ce qu’il écrit à propos de Bernard Tapie :

 « Sur le « gang du Lyonnais », qui a permis aux escrocs Robert Maxwell, Giancarlo Parretti et Florio Fiorini de piquer dans la caisse des milliards de francs, les uns et les autres étant célébrés comme des« socialo-capitalistes » exemplaires — ceux grâce auxquels, nous disait-on, les masses laborieuses allaient retrouver l'espoir d'être enfin respectées par des patrons sociaux —, sur ces aigrefins et tous les autres, je consacrerai, en temps voulu, peut-être dans un autre livre, une étude spécifique. Boulevard des Italiens, au siège du Lyonnais, les pillages ont été dévastateurs.

 Sous le nouveau gouvernement d'Edouard Balladur, et un nouveau P-DG, Jean Peyrelevade, la banque nationalisée en est réduite, au printemps de 1994, au moment où j'écris ces lignes, à faire saisir l'hôtel particulier, les meubles et le paquebot à voiles de son « client » privilégié, le député-ministre-roi déchu de l'Olympique de Marseille et des affaires qu'il a ruinées, je veux parler du dénommé... Bernard Tapie. Pour cette étoile montante du firmament mitterrandien, le Sésame de la réussite est encore une fois vite trouvé. Il lui suffit de séduire le président de la République, en exhibant ses qualités. Le « petit Tapie illustré » figure tout entier dans Gagner, livre publié sous sa signature en 1986.

 Tapie est un champion de la méthode Coué. Tout son système est expliqué dans cet ouvrage. Il n'y fait pas mystère de son passé et de ses aptitudes à transformer le plomb en or. Aux yeux de François Mitterrand, ce don prédispose Bernard Tapie à la direction des affaires du pays : ce sera le ministère de la Ville. François de Grossouvre est scandalisé :

« Le président est complètement fou. Voilà qu'il s'acoquine et s'affiche avec ce Tapie, que même l'un de ses amis [le professeur Léon Schwartzenberg] qualifie publiquement de " voyou ". Ah mon petit, tout cela est bien moche ! »

 François me lit des passages entiers du livre commis par Tapie :

« Tenez, gardez cet ouvrage. Je vous l'offre. J'ai coché les passages essentiels, ceux où Tapie raconte ses premiers démêlés judiciaires. Comment François Mitterrand peut-il admirer ce type et en faire un ministre ? Quel mépris pour la France ! »

 Pertinente observation : depuis les années soixante-dix, Bernard Tapie a été plusieurs fois jugé... et amnistié. Pour toutes ces précédentes affaires, toutes aussi scabreuses les unes que les autres, il raconte, dans le chapitre 3 de Gagner, sous le titre « Cette arme absolue : l'injustice », comment il est, à chaque fois et depuis le début de sa carrière, la victime innocente d'un honteux harcèlement judiciaire. François de Grossouvre remarque devant nous :

« Les ennuis de Tapie avec la justice ont commencé bien avant son entrée dans le sport et la politique. L'acharnement dont il se plaint n'est que pure invention. »

 De fait, Tapie connaît depuis longtemps les super Sherlock Holmes de la Brigade financière, les interrogatoires serrés de différents témoins. À vingt-cinq ans, il est un anonyme parmi les anonymes, quand il écope d'« une condamnation en première instance à trois mois de prison avec sursis, à la déchéance intégrale de tous ses droits civiques et à l'interdiction à jamais de pouvoir diriger une entreprise » !!!

 « Bibi Fricotin » est une autre fois victime du tribunal correctionnel : « Douze mois de prison avec sursis, dans l'affaire Cœur Assistance», en 1975, « dont les quatre dirigeants ont été condamnés pour publicité mensongère ». Et puis, indique-t-il, « il y a eu relaxe, appel, et amnistie avant même que l'appel soit déposé ».

 « Le président est complètement fou. Voilà qu'il s'acoquine et s'affiche avec ce Tapie, que même l'un de ses amis [le professeur Léon Schwartzenberg] qualifie publiquement de " voyou ". Ah mon petit, tout cela est bien moche ! »

 François me lit des passages entiers du livre commis par Tapie :

« Tenez, gardez cet ouvrage. Je vous l'offre. J'ai coché les passages essentiels, ceux où Tapie raconte ses premiers démêlés judiciaires. Comment François Tout Tapie est dans ces quelques mots : il dit n'importe quoi, dans un flou volontaire. Ce faisant, il se prévaut — pour se justifier — de condamnations antérieures que ses contradicteurs, eux, n'ont pas le droit d'évoquer, puisqu'elles sont pardonnées et oubliées par la force des lois d'amnistie.

Ainsi, pour accéder à des mandats publics, puis s'y maintenir, un Bernard Tapie — ce que je dis là est vrai pour n'importe quel autre élu — a, seul, la faculté de pouvoir faire état de ses condamnations amnistiées, sans que, de notre côté, nous soyons autorisés à vérifier ses propos, à relater ce qui s'est réellement passé à ce sujet et, éventuellement, à opposer à ses discours, populistes et pleurnichards, la reproduction de ces jugements dont il parle en toute impunité... pour se présenter, toujours, comme la victime de permanentes erreurs judiciaires.

Gageons que, au final des courses, le cas exemplaire de Bernard Tapie permettra à nos juges de faire évoluer la jurisprudence constante, celle qui, pour l'instant, empêche le quatrième pouvoir — la presse et l'édition — d'informer complètement les citoyens électeurs sur la vraie personnalité des hommes qui ne s'appartiennent plus... quand ils briguent un mandat électif (local, national, européen) ou une responsabilité gouvernementale. Sans quoi, le Parlement (et l'immunité qu'il confère) pourrait devenir le refuge de tous les malins en délicatesse avec la justice.

J'ai sous les yeux une lettre à en-tête de Bernard Tapie, adressée le 27 octobre 1982 à la Direction générale des impôts. A l'époque, « Nanard » n'est pas une star. Il est un petit Mickey, connu seulement des ferrailleurs de Bagnolet et Gennevilliers (où j'ai aussi mes entrées), pour avoir déménagé, fin 1979, les dizaines de voitures de luxe et autres babioles entreposées dans les châteaux de l'empereur déchu de Centrafrique, Jean Bedel Bokassa, et s'être illustré dans diverses affaires dignes des frères Rapetout.

Dans cette lettre, sous la référence BT pers./vb/ 291, Tapie écrit au directeur des impôts, au sujet de la vérification de sa situation fiscale personnelle et d'un litige qui l'oppose à la 7e brigade de contrôle de la DNEF, la Direction nationale des enquêtes fiscales. Cette fois, le flamboyant Tapie rase la moquette. Il se fait humble. Pur stratagème. Il lui faut apitoyer l'intransigeante administration des impôts. Dans cette correspondance, il se présente comme une sorte de voyou repenti, qui s'est acheté une conduite et veut prendre un nouveau départ dans la vie : «Je ne saurai, écrit-il en conclusion, trop insister pour vous dire à quel point je suis affecté par cette situation, alors que pour moi ce contrôle devait tout naturellement éclaircir mon horizon, et me permettre de tourner définitivement une page. C'est en 1977 que j'ai décidé de changer radicalement de vie et, devenant mon propre entrepreneur, de mettre fin à la situation professionnelle et civique dans laquelle j'évoluais antérieurement, et qui ne semblait pas a l'abri de toute critique. » Saint Bernard, priez pour lui !

Au passage, je remarque qu'entre cette lettre de 1982, conservée dans les archives de la Direction générale des impôts (DGI)... de même que dans les miennes, et les pages 56 et 73 de son livre Gagner (en 1986), Tapie change de ton et de version. Ici il est un repenti, là une victime. Manipulateur d'exception, Bernard Tapie a fait ses classes à l'école de l'embrouille, là où l'on vous apprend à soutirer (au bas mot) 1,3 milliard de francs au Crédit Lyonnais, banque nationalisée, là où l'on vous enseigne l'art de duper vos interlocuteurs, tout en s'attirant l'admiration des foules, par le recours constant à deux armes magiques, le culot et le baratin. Le truc est simple comme bonjour : Tapie ne doit s'embarrasser de rien ; il lui faut tout convoiter ; tout prendre ; continuer de soutenir qu'il est le plus fort; faire toutes les promesses; n'en tenir aucune; prétendre tout et son contraire ; parler le plus possible... pour, à force de déclarations, créer la confusion dans les esprits et pouvoir toujours s'en tirer, à la manière des communistes, inventeurs de cette dialectique diabolique :

« On me veut du mal. Je suis blanc comme neige. Je n'ai jamais rien caché. Tout ce dont on m'accuse, je m'en suis déjà expliqué. On me fait encore un mauvais procès, en me ressortant à chaque fois les mêmes dossiers. On m'en veut parce que je réussis et que je suis le meilleur. »

 Grand illusionniste de cette joyeuse fin de siècle, Tapie Bernard est assuré que jamais personne ne pourra le confondre dans un « direct » à la télévision, où il a « studio ouvert ». Il peut tranquillement y faire ses plateaux, sélectionner à sa guise ses contradicteurs, faire caviarder un reportage de vingt-six minutes où il n'apparaît pas à son avantage. Et narguer ensuite le journaliste qui a eu l'impudence de vouloir le présenter tel qu'en lui-même.

A ce propos, j'ai longtemps cherché par quel miracle l'épais bonimenteur Tapie peut exercer une si forte attraction sur l'esprit subtil de François Mitterrand. Comment ce matamore des plateaux de télévision, casseur d'assiettes et de caméras, idole des commandos Casanis de Marseille, fier-à-bras des palais de justice, amnistié du « sommier », rescapé des prétoires et abonné aux erreurs judiciaires depuis le début de sa carrière, comment cet « agité du bocal »... et du ballon rond, est parvenu à s'installer dans le cœur de François Mitterrand, jusqu'à y détrôner des personnages aussi considérables qu'un Elie Wiesel, lui-même pillé (à la tire) par l'ineffable génie du sérail et récidiviste du plagiat littéraire, Jacques Attali ?

Oui, j'ai cherché longtemps... et j'ai enfin trouvé. Point d'argent, entre les deux hommes, ni de communes passions littéraires ou d'attirances intellectuelles. Le secret du couple ? Une amoralité insondable, un challenge permanent, sans vainqueur ni vaincu, dans la pratique du cynisme, une même propension à recourir au mensonge pour parvenir à leurs fins, réduire leurs adversaires, réussir contre eux tous les mauvais coups. Tapie-Mitterrand ? Ces esthètes du gâchis s'entendent comme larrons en foire — l'un à la tête de la France, l'autre dans les sociétés qu'il dépèce et le football qu'il salit — pour savoir qui des deux, pour se maintenir à flot, ira le plus loin dans l'utilisation de l'arnaque politique et de l'escroquerie médiatique. Combien de temps faudra-t-il avant que la France ne se lasse de leur égal péché d'orgueil, leur total mépris du peuple qu'ils prétendent servir, mais qu'ils savent toujours mieux duper, grâce à des stratagèmes qu'ils ne se lassent plus d'exploiter ? Tapie doit plus à Mitterrand qu'à sa bonne étoile. Que lui serait-il arrivé, que serait-il devenu s'il n'avait bénéficié, depuis tant d'années, des hautes protections de l'Elysée ?

Dans une fiche d'information de sept pages, le 1er août 1984, le directeur général adjoint des impôts J. Roche saisit le secrétaire d'Etat chargé du Budget, Henri Emmanuelli, et son conseiller technique Mal-lieu-Lassus. Objet : situation fiscale de la galaxie Bernard Tapie. Un contribuable modèle. Très détaillé, son rapport passe en revue la composition du groupe Tapie, son évolution, les conditions de reprise de plusieurs entreprises pour des sommes symboliques, la situation personnelle de Bernard Tapie au regard de ses propres obligations fiscales. Le service du contrôle et du recouvrement des impôts note que « historiquement, le groupe s'est véritablement développé à compter de fin 1981 et courant 1982 et 1983 ». C'est-à-dire après l'arrivée de la gauche au pouvoir. La chronologie établie par la Direction des impôts lui permet aussi d'affirmer « que le groupe Bernard Tapie, très hétérogène dans ses activités, est de constitution relativement récente; et qu'en conséquence, sa solidité économique et financière reste à prouver ».

Déjà, dans cette étude de l'été 1984, les agents du fisc redoutent la débandade du groupe Tapie, finalement constatée en 1994. Ils préviennent, sous la plume de leur responsable, J. Roche : « Cette situation laisse entrevoir la fragilité du groupe, dont les fleurons (Terraillon, Testut, Look) sont toujours soit en règlement judiciaire, soit dans une situation financière précaire. Il n'est pas certain que l'ensemble du groupe résiste à la déconfiture de l'un de ses éléments. »

 II aura donc fallu dix ans et des milliards gaspillés par de grandes banques et des établissements publics (Crédit Lyonnais, AGF, BNP et Worms) pour que cesse cette onéreuse comédie.

Pendant toutes ces années, les dirigeants du fisc n'ont pas été écoutés. Bien plus, leurs ministres de tutelle ont bloqué, pour protéger Tapie, avec les résultats que l'on sait. Lui n'a fait qu'empocher et dépenser.

 Le 1er août 1984, le directeur général adjoint des Impôts conclut, à l'intention de son ministre : « En outre, il convient de constater que M. Bernard Tapie, nonobstant le contrôle auquel il a été soumis, n'a pas toujours respecté ses obligations fiscales dans les délais normalement impartis aux contribuables : les déclarations au titre des revenus perçus en 1981 et 1982 sont parvenues au service en septembre 1982 et décembre 1983 après l'envoi de deux mises en demeure. De plus, l'examen des déclarations déposées fait apparaître certaines incohérences eu égard notamment au train de vie du contribuable et à l'activité qu'il développe dans plusieurs sociétés. En outre, ses revenus sont intégralement déclarés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux comme provenant de la répartition des résultats d'une société en nom collectif, alors que la holding du groupe avait la forme anonyme jusqu'en juillet 1982. L'ensemble de ces éléments, incohérences au niveau des déclarations de M. Tapie, opérations financières contestables de sociétés, justifie qu'une vérification fiscale approfondie soit envisagée, intégrant outre l'intervention de la Direction des vérifications nationales et internationales, dont les investigations ont déjà commencé dans la holding et sont programmées dans la SFAS [la Société française d'alimentation saine, principale entreprise des magasins diététiques La Vie claire], l'action de la Direction nationale d'enquêtes fiscales pour la recherche de renseignements et celle de la Direction nationale des vérifications de situation fiscale pour l'examen des revenus perçus par M. Bernard Tapie et sa concubine, ainsi qu'éventuellement ceux de ses proches collaborateurs. Ces opérations devraient être engagées au début de 1985, sauf avis contraire du ministre. » Le ministre ? Si Henri Emmanuelli est au Budget, Pierre Bérégovoy est son supérieur, à l'Économie et aux Finances. Laurent Fabius est Premier ministre... et Matignon suit le dossier.

Au ministère du Budget, on suggère d'attendre. C'est ce qui ressort explicitement de la « Note pour Monsieur Saint-Geours » rédigée, une semaine plus tard, le 7 août 1984, par Alain Font, proche collaborateur du secrétaire d'État Henri Emmanuelli.  Programmée, l'ascension de Bernard Tapie ne doit pas être entravée par de vulgaires curiosités fiscales.

Ainsi se fabriquent les impunités, dans des courriers officiels... qui valent aux journalistes et aux éditeurs de se faire condamner, quand ils les publient. Risque que je prends volontiers en reproduisant fidèlement ce qui suit, car Bernard Tapie est aujourd'hui un homme public, investi de mandats publics, que François Mitterrand reçoit à l'Elysée et dont il parle dans ses discours officiels, pour vanter ses qualités. Avant et après avoir été « mis en examen ».

 Voici comment le cabinet d'Henri Emmanuelli oppose à la DGI une fin de non-recevoir, sans oublier d'ouvrir le parapluie cher à Laurent Fabius, en suggérant de mettre « Matignon » au parfum : « II est évident que M. Tapie et son " look " appellent des suspicions de la part d'administrations rigoureuses comme la DGI. Toutefois, je suis sceptique sur l'appréciation portée par le SCR [Service du contrôle et du recouvrement] sur la " surface " du groupe et sa solidité. La note adressée laisse penser que le groupe BT [Bernard Tapie] est une coquille vide. Je n'en suis pas aussi sûr. Testut, Terraillon, Look, Tranchant Électronique, sont des sociétés qui tournent [sic]. Par ailleurs, il est vrai que le comportement fiscal de M. Tapie a été critiquable et que les déclarations 1981 et 1982 ont été déposées avec retard en 1983. Cela dit, M. Tapie s'était engagé à régulariser sa situation à l'occasion du règlement de ses contrôles antérieurs intervenus fin 1983. Il a donc respecté son engagement. Je me demande s'il est opportun d'engager à nouveau des contrôles alors que l'intéressé a été déjà contrôlé à deux reprises pour l'ensemble de la période 1973 à 1979. Je suis plutôt enclin à patienter jusqu'à fin 1986 pour juger à ce moment du respect des engagements de moralité fiscale que M. Tapie a pris en 1984 et aviser en conséquence. Je suggère d'en informer Matignon. » Epargné ces premières fois. Tapie le sera de nouveau les années suivantes. Je ne développerai pas ici le contenu du contrôle fiscal subi par la société La Vie claire, laquelle dut supporter des frais relatifs aux plaisirs nautiques du héros de François Mitterrand, acquéreur d'un voilier de milliardaire, le Phocéa, largement au-dessus de ses moyens et payé avec l'argent des autres, à coups de crédits (lyonnais) et d'abus de biens.

 Repreneur éphémère de La Vie claire, l'homme d'affaires Pierre Botton, gendre du député-maire de Lyon Michel Noir, a eu le tort de découvrir tous les éléments du contrôle fiscal de la chaîne de magasins diététiques... et l'avis de redressement (provisoire) signifié à cette société. Il lui appartient de rendre publiques des pièces qui, normalement, auraient dû obliger le ministre socialiste du Budget à saisir la justice pour d'éventuelles poursuites. Ce qui n'a pas été fait.

Homme de renseignement à l'Elysée, François de Grossouvre connaît, aussi bien que nous, l'éclatant curriculum vitae du chouchou de François Mitterrand. Quand Tapie est nommé ministre, en avril 1992, il en est devant moi tout marri :

« On n'accepte pas n'importe qui à la table du Conseil des ministres, là où se prennent les décisions les plus secrètes. Avant d'appeler qui que ce soit au gouvernement, une enquête serrée doit être faite. Je ne comprends pas comment François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, parfaitement informés, puisqu'ils ont accès aux bulletins du casier judiciaire, ont pris le risque d'introduire un aventurier au sommet de l'État. »

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