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Billet de blog 16 sept. 2021

Une perquisition spectaculaire dans les locaux de l’Union nationale

Un extrait de mon nouveau livre 'L’espion du Kremlin – L’affaire Jean-Louis Gagnon', Montréal, YL éditeur, 2021, 312 pages.

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Les allées et venues des employés qui sont chargés de charroyer des tracts aux abords de l’édifice des Sulpiciens parviennent aux oreilles du premier intéressé. Dans la foulée de son interrogatoire au club de Réforme, Jean-Louis Gagnon décide de battre le fer pendant qu’il est chaud. Il veut profiter du moment pour passer à l’action.

Il tient à ce que des policiers entrent au plus vite dans le bâtiment qu’il soupçonne d’abriter des tracts contre lui. Avec l’aide de l’avocat Guy Desjardins, il avance ses pions. Gagnon souhaite que des agents de l’ordre obtiennent la délivrance d’un mandat de perquisition.

Dans la soirée du 18 juin 1956, huit heures après l’incident de la chute des pamphlets sur le plancher de l’immeuble, Guy Desjardins cogne au domicile du juge Armand Cloutier, lequel est officiellement en congé. Le juge de la Cour des sessions de la paix lui ouvre la porte et accède à sa requête. Il délivre le mandat que Desjardins lui réclame.

Le document qu’il signe à 22h30 indique toutefois les limites à ne pas franchir. Les policiers, instruit-il, ne doivent fouiller qu’un seul étage, en l’occurrence le deuxième.

Les investigations sont confiées à des agents qui sont au service de la ville de Montréal. Les policiers travaillent sous les ordres de Pacifique Plante, le directeur intérimaire de la Sûreté municipale.

Le responsable de la perquisition est le capitaine Paul Hétu, le chef de l’escouade de nuit de la police de la ville. Sur le terrain, l’équipe des enquêteurs est dirigée par les lieutenants-détectives Simon Lacroix et Roland Perron.

Une heure après l’obtention du mandat, le groupe d’inspecteurs se rend sur les lieux. Perron a dans les mains le mandat de perquisition ainsi qu’un exemplaire du tract qu’ils ont pour mission de rechercher. Sur la circulaire figure la photo du directeur de La Réforme.

Vers 23h30, Perron et les cinq enquêteurs qui l’accompagnent investissent l’immeuble de la rue Saint-François-Xavier. Ils suivent à la lettre les instructions du juge Cloutier et ils montent au deuxième étage. Les recherches les occupent une bonne partie de la nuit puisqu’elles se poursuivent durant quatre heures et demie.

Les limiers commencent par fouiller les bureaux de l’organisation de l’Union nationale. Ils inspectent ensuite la bijouterie d’Arthur Léger. Puis, ils entrent dans les locaux de la Ligue d’action civique et regardent ce que contiennent les filières. Dans les mêmes minutes, les enquêteurs explorent le bureau de Willie Laroche, le concierge des Sulpiciens.

Alors que la perquisition va bon train, deux voitures de la Sûreté provinciale, avec à leur bord cinq agents, surgissent en trombe devant l’édifice du Vieux-Montréal. Les véhicules repartent, puis reviennent et leurs conducteurs continuent le manège à plusieurs reprises.

Lorsqu’ils sortent de leur auto-patrouille, les officiers semblent agités et discutent entre eux. Enfin, ils quittent une dernière fois le quartier avant de revenir dans le but de s’installer pour de bon devant le bâtiment.

Les hommes en uniforme relèvent d’Hilaire Beauregard, le directeur de la Sûreté provinciale. Il y a quelques heures, le dirigeant a été accusé de profiter du régime de faveur de Maurice Duplessis. Dans une assemblée organisée pour mousser la candidature de Pierre Laporte, le nom d’Hilaire Beauregard a été conspué parce que le policier vend, en plus de ses activités régulières, des « patates frites dans les clubs de nuit » de la ville.

 Les hommes de Beauregard ne s’introduisent pas dans l’immeuble et ils n’entravent pas le travail de leurs collègues de Montréal. Ils se contentent de faire le guet et de surveiller les alentours.

Mis au courant de la descente policière, un journaliste de La Presse se précipite sur les lieux. Aussitôt, un agent de la Sûreté provinciale l’interpelle. Le reporter lui demande ce qui se passe et l’employé lui répond : « Rien ».

Après une brève discussion, l’officier refuse qu’il pénètre dans la place pour suivre le travail des hommes de Pax Plante. « Vous pouvez marcher dans la rue, lui commande-t-il, mais vous ne pouvez entrer dans l’édifice ni prendre des notes sur ce qui se passe . »

Ayant appris la nouvelle, le conseiller municipal Ruben Lévesque et le secrétaire de la Ligue d’action civique Léon Patenaude arrivent à leur tour. Ils obtiennent, pour leur part, l’autorisation de monter au deuxième étage.

Les deux hommes en ressortent une quinzaine de minutes plus tard. À sa sortie, Ruben Lévesque déclare au journaliste : « Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, mais la Ligue n’a rien à faire là-dedans même si nos bureaux ont été visités. D’ailleurs, tous nos livres sont ouverts . »

Entretemps, Perron et son équipe poursuivent leur inspection. Ils en sont à l’étape de fouiller les locaux de l’entreprise d’aliments de Jean-C. Fournier, le directeur des relations extérieures de l’organisation de l’Union nationale.

Les agents n’ont pas de difficulté à identifier les bureaux de la compagnie car sur la porte principale est apposé le panneau « Canada Food Supply ». Ils s’introduisent à intérieur. Tout est calme; il n’y a personne à cette heure de la nuit. 

Dans la place, ils font face à un ensemble de locaux qui est à l’image du principe des poupées russes. Ils tombent sur une porte qui semble mystérieuse. Sur sa paroi est plaquée la pancarte « Comité des assemblées ».

Pour voir ce qu’il y a à l’intérieur, ils n’ont d’autre choix que d’en forcer l’accès. Après avoir malmené pentures et serrure, ils découvrent ce qu’ils cherchent.

Ils mettent la main sur des piles de copies d’un pamphlet contre Jean-Louis Gagnon. Elles sont disposées un peu partout dans la pièce.

Certains des dépliants sont contenus dans des boîtes qui sont éventrées. D’autres prennent la forme de petits paquets qui sont empilés, mais non ficelés. Il y a dans la place des centaines d’exemplaires du tract. Au pifomètre, cela représente l’équivalent de sept à huit cents copies.

Vérification faite, il s’agit de la circulaire qui a pour titre: « Le penseur libéral-communiste Jean-Louis Gagnon, publiciste et inspirateur du parti libéral ». Roland Perron et ses hommes les ramassent un à un. Ils en comptent sept cent quarante-deux exemplaires.

Ils découvrent également d’autres brochures qui ont été imprimées contre le directeur de La Réforme. Elles sont en moins grand nombre. Les publications font partie de la série initiale, celle qui a été produite au début de la campagne.

Aux petites heures du matin, à 3h45, les six agents de la Sûreté municipale quittent les lieux. Ils apportent avec eux les ballots de tracts qu’ils ont trouvés. Ils sortent par une porte secondaire. Puis, ils filent vers le quartier général.

Sur les entrefaites, le capitaine Hétu confirme au journaliste de La Presse l’action qui a été conduite : « Nous avons effectué, lui dit-il, une perquisition à la recherche de circulaires et nous avons trouvé quelque chose . »

Les policiers entreposent les dépliants dans le coffre-fort de la Sûreté municipale. Puis, Roland Perron se lance dans la rédaction d’un rapport qu’il destine à ses supérieurs.

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