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Billet de blog 7 janvier 2026

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Penalty historique : Nkounkou Mapro contre Emmanuel Kundé

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“Celui-là, je savais où il allait le tirer.”

Il y a des matchs qui s’oublient sans bruit.
Et puis il y a ceux qui s’installent dans la mémoire collective, parce qu’un détail les a fait basculer.
1985. Tournoi de l’UDEAC au Gabon. Demi-finale face au Cameroun. Un match fermé, tendu, presque étouffant. Le Congo l’emporte un but à zéro. Un seul. Suffisant.
Le but vient d’un penalty transformé par Kouvouama Stanislas, dit Nis, après une action tranchante de Bakekolo Pépin Kwakara. Tout part de là.
Ce jour-là, je n’étais pas spectateur du destin. J’étais déjà dedans. Titularisé dans les buts, conscient que dans ce genre de tournoi, un arrêt peut peser autant qu’un but. Et parfois plus.
Titularisé sans club pour le tournoi de l’UDEAC 85 au Gabon, tournoi au bout duquel je serai (malgré une finale perdue face au Gabon 3-0), sacré meilleur gardien de buts de la compétition, après avoir été désigné le meilleur des 22 en demi-finale Congo-Cameroun (0-1), avec en bonus un penalty d’Emmanuel Kundé arrêté en deux temps pendant les prolongations.
Je me suis rapproché de mes aînés Gantsiono (mon capitaine) et Tselantsiene, tous les deux hors de la grande surface, les mains posées sur les hanches, visiblement désespérés…
Je me suis dit : mais je peux chasser cette détresse en eux, putain ! Et je leur dis : « le grand Mawa (c’était le pseudo de Tselantsiene, tiré de Luc Mawa, la star du football zaïrois des années 50-60), Karas (le pseudo de Gantsiono), je sais de quel côté frappe Kundé. »
Ils s’excitent soudain, comme revenus de quelque part. « Ô Mapro, oyebi epayi abetaka ? » me demande mon capitaine. Je réponds oui, toujours au côté droit du gardien. « Pourrait-il changer, vous pensez ? » fis-je.
À l’unisson, les deux me disent : « Ah non, Mapro, fais comme tu as compris, c’est toi le goal. »
Je suis reparti dans les buts.
Et Emmanuel Kundé qui vient poser sa balle. Va-t-il changer ? La question revient retraverser ma tête. Et une autre : serait-il en train de se dire « PROS, comme il aimait m’appeler, a dû me voir il y a trois jours exécuter mon penalty… » ? Je comprends vite que penser comme cela serait le mystifier. Lui et moi ne sommes pas là par hasard, me suis-je dit. Tous, avons des atouts, même si lui, Kundé, est ce que l’Afrique sait de lui.
Et soudain, mon grand et géant Kundé se place en se tournant à moitié du côté « gauche » du ballon, à son côté gauche à lui, donc pour frapper à mon côté droit. J’avais compris qu’il y avait quelque chose à faire. Je l’ai aussi imaginé faire une balle assez appuyée, levée au-delà d’1,70 m. Il faudrait donc que j’aille très vivement à mon côté droit.
L’arbitre siffla, Kundé arriva avec son extérieur du pied droit, et boum !
Je me détends et je repousse la balle à mi-hauteur. C’était la moitié d’un boulet, mais bien tourné, que je vais malheureusement repousser entre moi et Kundé, lequel je vois, depuis mon sol, revenir la tête armée sur la balle. Et je me relève pendant qu’il va frapper de la tête au côté opposé. J’ai tout bien suivi. Je suis allé, au prix d’un autre plongeon, repousser la balle. De mon sol, j’aperçois Nis Kouvouama, mon défenseur latéral, exécuter un « ciseaux » sur le ballon pour l’éloigner de notre enfer.
C’était euphorique !
D’après Bakisi, un ancien footballeur international du Gabon,
l’image de ce penalty est restée 7 ans au générique du magazine des sports gabonais.
Et Kundé n’avait plus jamais frappé son penalty au côté droit du gardien de buts.

Nkounkou Prosper Mapro  par ( Yvon Imbou William)

#Congo #Cameroun #RDC #france #Gabon

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