IL YA 35 ANS DISPARAISSAIT L’ABBÉ LOUIS BADILA (28 août 1990 - 28 août 2025 )
L’abbé Louis Badila fut un des personnages les plus marquants de l’histoire de l’Église du Congo, notamment du Clergé de Brazzaville. Homme discret aux cheveux grisâtres, il a été un grand ouvrier infatigable, très impliqué avec Monseigneur Théophile Mbemba et le Cardinal Émile Biayenda dont il a été successivement Vicaire général, avant d’être Vicaire capitulaire, après le décès du Cardinal Émile Biayenda, dans la construction de l’Archidiocèse de Brazzaville. Il a été le grand Commis et le bâtisseur de l’Église qu’il a la portée plusieurs années sous l’impulsion de ces deux Évêques. Il a donné à cette Église les moyens économiques et financiers pour son développement pastoral et social. Il fut le grand pionnier de cette Église post -coloniale. Il a marqué plusieurs générations. C’est une icône de l’Église du Congo-Brazzaville, son souvenir reste impérissable. Parmi les personnages qui l’ont côtoyé, nous citons Monsieur Jean Fidèle Mitouridi, ancien grand séminariste et ancien directeur de l’imprimerie Saint Paul de Brazzaville. Parler de l’abbé Louis Badila est un exercice difficile, car la personne est immense. . J’ai juste eu le privilège d’avoir vécu 4 ans durant avec l’abbé Badila. J’étais alors grand séminariste étudiant en communication à Brazzaville avec pour résidence la paroisse Saint Esprit de Moungali où il était curé. Sa chambre était attenante à la mienne et je m’occupais de l’intendance. L’abbé Louis Badila c’est : l’homme, le prêtre et le journaliste.
L’homme
Il fut un père. On l’appelait Tâta Badila. Il avait une capacité d’écoute extraordinaire et un esprit de partage sans limite. Il avait aussi un sens aiguë de la relation humaine et fidèle en amitié. On peut parler principalement de sa relation avec l’abbé Félix Bekiabekia. Ceux qui les ont connu disaient qu’ils s’aimaient comme deux frères.
Le Prêtre
Il annonçait la parole de Dieu contre vents et marées, mais convaincu de sa vocation de Prêtre. Le pauvre et le riche étaient les bienvenus à sa table. C’est là qu’il distillait d’ailleurs ses blagues(ses bêtises ),ses grossièretés quelques fois dérangeantes et ses bouffonneries. Ainsi, l’abbé Badila appréciait bien le rituel des repas interminables. Il aimait manger les mayanga brûlés , le mbondi, le bouékabuéni aromatisé avec un piment fort. Puis comme dessert : les Ntoudou,Malombo et Mabamou. Comme par transmission, c’est auprès de lui que j’ai mangé le Ngoki à la mwouambe que l’abbé Biekabieka lui a fait découvrir. Soucieux de partager son amour aux autres, l’abbé Badila avait fait écrire sur le fronton d’un des bâtiments de la paroisse, cette devise qui lui était chère : Bondéko, Louzolo,Kintouari (fraternité, amour et union).
Le journaliste
Engagé, il le fut. En 1965 le socialisme bantou et le communisme se sont installés au Congo. Ainsi, l’Église catholique était taxée d’opium du peuple. Ce qui n’arrêtait pas l’abbé Louis Badila, éditorialiste au journal La semaine africaine de prendre position en dénonçant l’injustice ,la gabegie financière, l’intolérance et le tribalisme. A cause de cet engagement, il fut jeter en prison, a subit la torture et l’humiliation. Plusieurs années après, il a connu les conséquences de cette torture, à savoir une jambe amputée. Parmi ces éditoriaux, les plus cinglants en forme de pamphlet, je cite : « Le train s’en va, Béatrice, Le Congo aura-t-il viré au rouge. ..et J’ai honte, trois fois honte Monsieur le Président. Ceci étant, l’abbé Badila fut une grande bibliothèque qui a pris feu et nul n’a été épargné, tout à brûler dans le silence. Il était le plus beau disait -il, et nous l’appelions affectueusement Badins.
Yves Nkounkou le pape et Jean Fidèle Mitouridi