Championnat d'Europe de foot : à Toulouse, on commence à faire le ménage

Dans un an, notre beau pays de France s'en va recevoir la joute footballistique d'Europe. Ça va coûter cher, une fois de plus,aux collectivités locales. Mais que ne ferait-on pas pour voir jongleries, crocs-en-jambe, courses balle au pied, tirs de 30 ou 40 mètres ou petite feinte et plongeons merveilleux et arrêts fantastiques, corners et autres penalties. L'esthétique n'a pas de prix. Surtout quand l'esthétique rapporte des sous et même des gros sous non seulement aux organisateurs, non seulement aux milliardaires en culotte courte courant sur le gazon mais aussi à tous les intérêts privés si chers au coeur des dirigeants du pays et de la Fédération Française de Football, à l'UEFA et à notre grand héros Michel Platini.
L'organisation de cette "belle-fête-qui-fait-rêver-les-grands-et-les-petits" doit être parfaite, ce d'autant que si ça marche bien, l'État espère bien pouvoir dépenser des sous au profit des mêmes intérêts privés avec les Jeux Olympiques. Et pour que nos réalisateurs de télévision puissent se rejouer du Riefenstahl, tout doit être propre. Plus une tête ne doit dépasser à moins de 2500 € de revenu mensuel. Allez dehors les petits. Le PSG et ses places ordinaires à 80 € montrent la voie. Si tu veux voir les matchs, abonne-toi à Bein Sport ou Canal + satellite.
Finis les supporters et leurs clubs contestant les dirigeants comme à Marseille. Terminées les banderolles demandant la démission du président de la LFP à la suite de l'affaire Luzenac. Suppression des tambours et trompettes. Le football est une affaire trop sérieuse pour ne pas être prise en charge par des professionnels.
Sur le terrain, nous avons déjà des professionnels (sauf l'arbitre). Maintenant, il faut aller plus loin. Le public doit aussi le devenir. Il doit être fair play, manifester son amour du jeu, son respect de l'arbitre (donc de la loi), soutenir son équipe avec enthousiasme mais sans excès. Il ne doit pas venir avec son casse-croute au stade, mais aller à la buvette et, si possible, au restaurant du club en évitant de faire des miettes, les agents de nettoyage coutent si cher aujourd'hui. Il n'a plus besoin de chanter, puisque les hauts-parleurs lui diffusent la musique de leur équipe entre deux messages publicitaires.
Alors, les groupes de supporters indisciplinés qui sifflent, rient, applaudissent, huent, parfois lâchent un fumigène qui ennuie tout le monde, bref vivent, la FFF n'en veut plus. Et certains clubs pro reprennent le message en essayant de réduire le poids des supporters dans leurs activités. Et les propriétaires de stade, responsables de la sécurité, ainsi que les autorités préfectorales de certains départements s'empressent d'emboiter le pas.
Le résultat, c'est ce qui s'est passé samedi soir 31 octobre à Toulouse où, à la suite d'un match, sans incident autre qu'un fumigène, qui n'avait pas empêché le bon déroulement du match opposant le TFC à Montpellier, la sécurité et les CRS ont agressé des supporters, dont des jeunes ados, à la sortie du stade, alors que ceux-ci rejoignaient leur car ou leur voiture. Le journal en ligne Méditerranée.com est allé ainsi interviewé victimes et témoins, le tout soutenu par des vidéos prises sur place.
Ce soir-là, les hooligans n'étaient pas les supporters...

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