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Billet de blog 14 nov. 2015

Hollande: votre guerre, nos morts

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Hollande en appelle à l'unité de la nation, mais unité au nom de quoi ?
Si c'est dans la douleur, oui, nous sommes toutes et tous dans la douleur, nous sommes tous pétrifiés d'horreur.
Mais si c'est derrière ses buts de guerre. Non, mille fois non.

Si Daesh existe, si cette énième version du fascisme a pu prendre de la puissance et répandre son venin jusque chez des enfants perdus, c'est bien dû au refus par les misérables, qui nous gouvernent et se pensent l'élite d'un peuple qu'ils prennent pour des veaux, de soutenir les révolutions arabes quand elles avaient le pouvoir de gagner.
Ils ont laissé faire l'écrasement du peuple égyptien.
Ils ont laissé faire les monarchies du Golfe quand elles tiraient à l'arme lourde contre leur peuple.
Ils ont laissé faire l'écrasement du peuple syrien. Ils ont refusé d'armer l'Armée de Libération Syrienne quand elle pouvait encore l'emporter contre la dictature. Ils n'ont pas rompu les relations avec elle.
Ils ont soutenu l'Arabie Saoudite dans sa politique de répression du peuple yéménite et fermé les yeux sur l'appui qu'apportait cette monarchie intégriste aux courants salafistes les plus extrêmes dans la région, y compris en Syrie.
Ils ont ouvert grands les bras au Qatar et à ses capitaux, sans se préoccuper sérieusement de ses manoeuvres diplomatiques encourageant les courants djihadistes, donc Daesh, jusqu'à ce que le prince prenne peur et fasse marche arrière.
Et tout ça dans quel but ? Profiter de la faiblesse des Américains, suite au fiasco irakien, pour (re)gagner des positions perdues au Moyen-Orient en croisant les doigts pour que les négociations avec l'Iran (en fait les négociations entre l'Iran et les USA) échouent. Pour ce faire, ils sont allés jusqu'à soutenir l'État israélien dans sa politique terroriste contre les Palestiniens, à commencer par ceux de Gaza.
Et tout ça pour arriver à quoi ? Laisser se développer la pire des contre-révolutions qui soit, celle du fascisme, celle de Daesh jouant des oppositions des uns et des autres pour imposer sa dictature.
Si finalement une coalition fragile s'est mise en place, c'est que Daesh s'est avéré incontrôlable pour tout le monde. Même la Turquie a dû faire des compromis dans sa répression contre les Kurdes devenus la seule force armée en capacité de lutter contre le monstre. Au bout du compte, ces derniers risquent bien d'être les dindons de la farce.

Si Daesh frappe fort, c'est qu'il est affaibli, et ce dangereusement. Isolé à l'extérieur, il n'a aucun soutien dans la population et c'est ce qui explique que la conjugaison des frappes extérieures et des offensives terrestres kurdes le font reculer. Et comme tous les fascismes à l'agonie, il devient hyper-violent.
Mais sa défaite finale ne résoudra pas le problème du vide syrien. L'opposition est désormais hors course et la dictature incapable de tenir un territoire en dehors de Damas. Sans les Russes, cette dernière n'a aucune chance de tenir et les Occidentaux n'ont aucune carte de rechange pour le moment. Quant aux Kurdes, les Turcs feront tout pour les empêcher d'intervenir plus avant.
C'est l'impasse.

En attendant près de 130 personnes sont mortes hier soir, qui n'avaient rien à voir avec ce jeu de trucs et combines, et d'autres mourront de leurs blessures ou en resteront marquées à jamais dans leur corps et leur esprit. C'est peu comparé à ce que subissent les peuples du Moyen-Orient, les Kurdes, les Syriens, les Palestiniens, etc.
C'est peu, mais c'est trop.

Hollande veut nous refaire le coup de l'union nationale, du "tous derrière moi". Lui et son gouvernement avaient profité de l'assassinat de l'équipe de Charlie Hebdo pour mettre en place une loi liberticide permettant aux services de renseignement d'accéder à la vie privée de tout un chacun afin de contrer de nouveaux attentats. On voit le médiocre résultat de ce "foutage de gueule".
Déjà, Benjamin Franklin avait prévenu : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

Aujourd'hui, ils nous ont fait sacrifié de notre liberté et nous ont créé de l'insécurité. Et ils nous demandent de continuer.

Hollande et les autres, votre guerre n'est pas la nôtre même si nous en sommes les victimes.

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