Le cricket mode d'emploi

 

 C'est un des sports les plus populaires au monde, pourtant c'est aussi l'un des plus méconnus et le plus soumis aux préjugés en France. Il y est bien souvent perçu comme ne concernant qu'une petite élite sociale aristocratique ou cherchant à le paraître, etc., alors qu'on y joue dans les quartiers les plus pauvres des villes du sous-continent indien, qu'il rassemble des centaines de milliers de personnes lors de l'été austral toutes les semaines à travers toute l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud, etc. et que sa coupe du monde de T20 est le troisième événement sportif le plus regardé au monde après les J.O. et la Coupe du Monde de football. Il s'agit du cricket.

 

Le terrain

Un terrain de cricket a généralement l'allure d'un plan herbeux horizontal, délimité par une marque blanche ou des bornes triangulaires accolées

Terrain de cricket avec indication des zones Terrain de cricket avec indication des zones
les unes aux autres ou plus simplement une corde, la touche (en anglais boundary). Les axes du terrain mesurent entre 90 et 150 m. Sa forme peut varier, car aucune règle n'est imposée à ce sujet. Le terrain peut être circulaire ou carré. En général, il est ovale, d'où le nom de nombre de stades de cricket. 

 Au centre du terrain se trouve une grande bande rectangulaire dénommée piste en français, pitch en anglais. Elle fait un minimum de 22 yards et 8 pieds de long et 10 pieds de large. Elle est plate et recouverte d'une herbe taillée très courte, tellement courte qu'à la fin d'un match, elle a pratiquement disparu.

 

 


 

 

 

 

Séparés les uns des autres de 22 yards se trouvent deux guichets, chacun composé de trois piquets surmontés d'un petit morceau de bois appelé témoin. Devant chaque guichet est tracé un rectangle de 4 pieds de large et 10 de long. Voilà pour le terrain. 

 

Le jeu

Pour le jeu proprement dit, il peut se résumer à envoyer une balle contre le guichet. Ce serait facile si en face, dans la zone devant le guichet, il n'y avait pas quelqu'un coiffé d'un casque et équipé de guêtres, armé d'une espèce de grande battoir dénommé batte avec laquelle il essaye de frapper votre balle pour la repousser le plus loin possible, ce afin d'obliger un ou deux de vos dix coéquipiers à courir après cette balle avant qu'elle ne sorte du terrain. Si l'un d'entre eux la récupère par un arrêt de volée, le batteur est éliminé.

 Si la balle sort directement du terrain en touche sans toucher le sol, l'équipe du batteur marque six points (on dit courses, runs en anglais). En touchant le sol, il en marque quatre.

 Si elle est récupérée par un de vos coéquipiers après avoir touché le sol, le batteur peut quand même marquer des points. Pour cela il faut qu'il court jusqu'à la zone d'en face où se trouve le seul coéquipier qu'il ait. Ce dernier doit aussi se mettre à courir vers la zone du batteur. À chaque échange de zone, l'équipe à la batte marque une course.

 Mais là encore, votre équipe (que l'on dit être à la chasse) peut éliminer l'un des deux coureurs, si elle descend un guichet (peu importe lequel) alors que celui des deux batteurs qui en est le plus proche est encore en dehors de la zone (précisons que la batte est considérée comme faisant partie du corps du batteur et que, donc, si elle touche la zone, on considère le batteur comme étant dans sa zone).

 

Et paf ! Une jambe devant le guichet

Il existe encore un cas courant d'élimination, c'est quand le batteur empêche la balle d'aller toucher le guichet avec son corps (généralement sa jambe, d'où le nom leg before wicket, jambe devant le guichet, abrégé en lbw ou jdg en français). Mais pour ce faire, il faut plusieurs conditions.

 La première est que la balle ne doit pas frapper la piste n'importe où. Pour vérifier ça, on trace une ligne imaginaire de la largeur d'un guichet et reliant justement les deux guichets, la ligne des piquets. Si le batteur est droitier, il présentera en avant sa jambe gauche et se tiendra de facto à gauche de la ligne imaginaire de son point de vue et à droite du point de vue du lanceur. Ce dernier devra impérativement ne pas faire rebondir sa balle à droite de la ligne de son point de vue et à gauche du point de vue du batteur. Tout est évidemment inversé si le batteur est gaucher.

 La deuxième condition est que la balle n'ait pas été touchée ou même frôlée par la batte.

 La troisième est que la balle, si elle n'avait pas été touchée par le corps du batteur, aurait abattu au moins l'un des piquets.

 La quatrième est que la partie du corps touchée se trouve sur cette ligne imaginaire.

 

Les joueurs

Chaque équipe a onze joueurs. Les chasseurs ont leur effectif au complet présent sur le terrain, alors que celle qui est à la batte n'en a que deux. À chaque élimination, l'éliminé est remplacé par un de ses coéquipiers arrivé des vestiaires jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne pour remplacer. Cela fait donc qu'au bout de dix éliminations. La manche est terminée. Les équipes permutent. Et on recommence. À la fin, on compte les points.

 Hormis la règle de la jambe devant le guichet, tout ça a l'air simple, mais c'est oublier que le cricket est anglais et qu'Albion est perfide.

D'abord, faire courir sur un peu moins d'une vingtaine de mètres des joueurs avec des guêtres, un casque sur la tête et une batte à la main, dénote une certaine perversité. Le côté positif est que chaque joueur passe à tous les postes, hormis le lancer, donc que personne n'échappe à la torture de la batte

  Ensuite, la balle....

Elle est composée d'un petit cube de liège autour duquel on tasse une ficelle le plus fort possible, le tout entouré par deux hémisphères en cuir de couleur traditionnellement rouge. Ces deux derniers sont cousus l'un à l'autre. Mais, et c'est là que la perversité anglo-saxonne se manifeste pleinement, les coutures sont extérieures et non intérieures. Cela donne la possibilité au lanceur de donner toutes sortes d'effets à la balle pour mieux surprendre le pauvre batteur. Ces coutures peuvent influencer le rebond de la balle mais aussi la vitesse de celle-ci dans l'air (accélération ou décélération, courbe, etc.).

 

.... enfin le lancer.

 Je ne parle pas ici de la distance minimale qui, au moment de lancer, doit séparer le batteur du lanceur. En fait ce dernier ne doit pas dépasser avec son pied d'appui la ligne de pied d'où il envoie la balle. Il peut mordre, mais pas dépasser. Jusqu'ici, rien que du normal.

 Mais où la chose devient vraiment vicieuse, c'est qu'on ne peut pas envoyer la balle n'importe comment. On en déjà vu un aperçu avec l'affaire de la jambe devant le guichet. Mais ça c'était pour le rebond. Je n'entrerai pas trop dans les détails, il y a de quoi s'y perdre et joueurs et arbitres s'y perdent eux-mêmes parfois. Disons globalement, que le lancer doit se faire au-dessus de l'épaule, mais il peut être légèrement de côté, et que le bras doit être tendu, mais peut être légèrement replié. La légalité ou l'illégalité du lancer est bien souvent laissée à l'appréciation de l'arbitre, un peu comme le « coup d'épaule » au football. Le principe est que le jeu doit rester « juste et honnête ».

Juste et honnête, c'est assez amusant quand on pense aux affaires de corruption de joueurs, mais aussi d'arbitres par des bookmakers.

Mais ceci est une autre histoire...

Le lancer peut prendre toutes sortes de formes : direct, à effet, balle courbe, balle courbe à effet inversé, etc., etc. L'imagination des lanceurs n'a apparemment pas de limites.  En voici un bel exemple avec le lanceur pakistanais Waqar Younis.

 

L'arbitrage

Dans un match, les arbitres ont joué durant longtemps un rôle particulier. Ils n'étaient pas des juges arbitres comme dans la plu

part des autres sports. Ils n'intervenaient que si les équipes n'étaient pas d'accord entre elles. Ces dernières décennies, surtout depuis l'arrivée de la vidéo et de la reconstitution informatique du trajet de la balle, a été introduit un troisième arbitre qui indique à son collègue de terrain. en cas de contestation ou de doute, si oui ou non le batteur est éliminé ou si le lancer est correct. Jusqu'alors, ils étaient deux, l'un surveillant le lanceur et si le batteur est éliminé ou non , l'autre la zone du batteur et le gardien de guichet.

 Du coup les réclamations ont tendu à devenir systématiques et les règles ont changé. Chaque équipe n'a plus droit qu'à deux réclamations par manche, ce qui donne aux arbitres un rôle de plus en plus décisif. Alors qu'auparavant, les arbitres servaient plus de référents vers lesquels les joueurs se tournaient en hurlant « Waza » (en bon bon anglais, what is that ? Qu'est-ce que c'est?), aujourd'hui ils passent d'avis tiers et départageur au rôle de décideur de ce qui est juste ou faux, ce qui n'est pas sans effet sur l'état d'esprit sur le terrain. Du coup, les arbitres tendent à avoir de plus en plus recours à l'arbitrage vidéo, d'autant que les enjeux sont de plus en plus importants, de même que la pression qui les accompagne. Cela ne veut pas dire que c'était mieux avant. L'histoire du cricket est pleine d'arbitres stupides ou/et bornés plombant les matchs.

Mais comme partout où des arbitres ont du pouvoir, les bons (et ils sont nombreux) savent calmer les choses et permettre au jeu d'être de qualité. En effet, si le cricket n'est pas un jeu de contact, il n'empêche que tous les moyens de pression sur le batteur sont exercés, de la provocation verbale de la part du gardien de guichet à la balle trop haute et touchant le casque ou la visière du batteur. Le rôle de l'arbitre est d'éviter que tout cela dégénère. C'est donc là une position essentielle où tact et diplomatie sont indispensables.

 

En guise de conclusion provisoire

Le cricket se joue sous diverses formes. Si la presque totalité des règles est identique dans les diverses variantes ce qui impose des stratégies, donc des manières de jouer, mais aussi des organisations de compétition différentes. C'est ce que nous aborderons dans notre prochain article ainsi que les structures et d'autres spécificités du cricket.

 

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