En réponse au SDJ de Mediapart

La question n'est pas, comme vous le dites, de vous reprocher de mener des enquêtes sur le financement de la vie politique. La question n'est pas de vous reprocher de donner des faits et de vous y tenir, sauf que les faits seuls et sans contrepoint ne sont jamais donnés innocemment.
La SDJ de Mediapart est soit un grand ensemble de "naïfs" incapables de comprendre la manœuvre dont est victime LFI et dans ce genre de cas quid de son intelligence analytique, soit elle a choisi de "s'allumer" ce parti afin de justifier de son "objectivité" dans son habitude de révéler d'autres affaires, soit elle a opté au moment où un nouveau parti se crée avec les restes de l'ex-gauche socialiste de faire de l'ombre à LFI sans vouloir donner l'impression de prendre parti, soit un peu de tout ça, soit autre chose encore.
Je précise d'emblée que je ne suis pas du tout d'accord avec LFI. Mais mes reproches sont politiques. Je reproche à LFI ses ambiguïtés sur la question de l'ouverture des frontières. Je reproche à LFI de donner dans l'illusion keynésienne d'un redressement social dans le cadre du capitalisme. Je reproche à LFI son instrumentalisation des mouvements sociaux sans jamais réellement s'y investir. Je reproche à LFI de rêver la réédition d'un 1981 qu'elle rêve réussir sans comprendre les raisons profondes de son échec. Je reproche à LFI son absence totale de démocratie masqué sous de soi-disant innovations.  Et c'est parce que je peux énoncer franchement mes désaccords avec cette organisation que je vous reproche votre comportement apolitique.
Oui, vous avez hurlé avec les loups. Et vous avez hurlé tellement fort que vous n'avez absolument pas été capables de dénoncer en même temps la manœuvre politique du pouvoir. Pire, nous avons pu lire des lignes ahurissantes sur la soi-disant "indépendance de la justice", indépendance dont vous dénoncez régulièrement l'absence dans vos colonnes.
Dénoncer les magouilles et micmacs financiers de la FI est une chose. Ne pas s'interroger sur pourquoi une organisation est amenée à le faire est soit de la stupidité soit une prise de position politique.
Vous vous en tenez aux faits, dites-vous. Eh bien, je vous dis non. Vous ne vous en êtes pas tenus aux faits. Vous les avez choisis, car, parmi les faits, il y a aussi le but poursuivi.
En s'en tenant aux faits sans s'interroger sur les mobiles, on pense abstraitement et l'on trouve normal que le petit qui vole pour manger soit puni au même titre que le repus qui vole pour s'enrichir davantage.
Quels sont les objectifs que poursuit LFI ? Quels moyens a-t-elle pour les atteindre ? Quel camp prétend-elle défendre ? Les réponses à ces questions font aussi partie des faits. Et quand vous vous en prenez au FN ou à LREM, vous n'oubliez pas de le faire.
Alors, pourquoi dans le cas de LFI ne l'avez-vous pas fait ?
Je me suis abonné voici de multiples années, quand Mediapart était encore un journal peu sûr de son avenir. On y trouvait une volonté de faire du "vrai" journalisme avec investigation, analyse et prises de position. Les points de vue n'y étaient pas toujours semblables.
La semaine dernière a peut-être été noire pour LFI, mais elle l'a été aussi pour Mediapart. J'ai été à deux doigts de me désabonner quand, par miracle, le reportage sur les cités à Nantes est sorti. J'ai pensé avoir retrouvé le journal auquel je suis fidèle depuis tant d'années.
Malheureusement, vous vous êtes senti obligé de faire une mise au point tout en remettant une couche aussi apolitique que les précédentes sur LFI.
Par pitié, arrêtez ou faites complètement votre travail et ne vous limitez pas à la superficie des faits. Allez au fond des choses et si vous avez des désaccords avec LFI, exprimez-les franchement. Que Mediapart redevienne un outil de débat et de démocratie.

Yves Tripon

 

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