Ce n'est pas ce que dit Médiapart qui pose problème, c'est qu'il ne dit pas

Explications nettement insatisfaisantes.

Quand Mediapart va-t-il cesser de jouer les borgnes ?

Je suis en complet désaccord avec la France Insoumise.
Parti qui ne dit pas son nom, avec une direction soumise à l'autorité d'un seul homme exigeant une discipline centrale de la part de ses militants tout en donnant l'illusion à ceux-ci qu'ils peuvent participer, refusant l'élection démocratique au profit du tirage au sort, rêvant de reconstituer un parti de gauche aussi puissant que le fut le PS des années 1970 et de recommencer ce qui se fit en 1981 sans jamais s'interroger sur les causes de l'échec d'une relance par la consommation dans le cadre d'une économie de marché, donc prêt à replonger dans les mêmes pièges du libéralisme que son idole Mitterrand, récupérateur des mouvements sociaux sans y participer, LFI a tous les défauts des partis dont le mouvement ouvrier doit impérativement se défaire s'il veut reprendre la place qui est la sienne, celle de moteur des forces sociales à même d'en finir avec le capitalisme. Et je ne parle pas des délires sur le Frexit ou le refus d'ouvrir les frontières.

Mais mes désaccords politiques ne m'amènent pas à nier le fait que LFI, jusqu'à présent, est un parti populaire aux moyens sans commune mesure avec ceux du FN, de LREM, des Républicains, ou même du Modem ou du PS. Pour l'instant, aucun secteur de la bourgeoisie un minimum important n'a décidé de lui apporter de gros moyens de financement. Dans ce cadre, il est inévitable que la question de son financement l'entraîne à certaines entorses avec la loi et quelques entourloupes financières.

Le fait de dénoncer de la part de Mediapart n'est pas en soi scandaleux. Ce qui l'est par contre, c'est de le faire sans tenir compte une seule fois des circonstances dans lesquelles les magouilles sur les comptes de campagne se sont opérées. La Société des Journalistes de Mediapart s'est indignée qu'on l'accuse de faire le jeu du pouvoir et s'est drapée dans le drapeau de la rigueur journalistique s'en tenant aux faits. Sauf que le groupe de journalistes qui s'occupe de l'affaire LFI n'a retenu jusqu'ici que les faits issus des infos passées en douce par des gens aux intentions bonnes et soucieuses de la morale publique qui gravite dans les commissariats et les alcôves des bureaux du procureur dont on connaît tous le souci de l'intégrité et l'impartialité de la justice (surtout quand il s'agit de défendre la police et le pouvoir en place). Pas une seule fois, la question ne leur est venue en tête de l'inadéquation des moyens des partis de gauche (j'exclus évidemment ici de ceux-ci le PS) par rapport à ceux du centre, de la droite et de l'extrême-droite, l'effort colossal qu'il leur faut pour se faire entendre face à des médias aux mains de quelques milliardaires. Et,ça, ce sont aussi des faits qui doivent toujours être mis en balance pour qui veut rendre compte de la réalité.
Ce n'est pas ce qu'ont fait les journalistes s'occupant de l'affaire LFI. Ils n'ont pris que la moitié des faits et s'en sont contentés. En ce sens, ils n'ont fait que la moitié du travail et, comme le sait tout travailleur, boulot à moitié fait, boulot non fait.

Si Mediapart veut du scandale, qu'il aille donc voir, par exemple (mais je pense qu'en grattant bien on trouverait sans problème ailleurs) du côté de la mairie de Villejuif, de ses promoteurs immobiliers, de ses magouilles pour permettre la construction d'un lycée privé catholique, de sa répression contre le personnel municipal, etc. Mais, ça, c'est faire du journalisme, c'est-à-dire ouvrir les deux yeux au lieu de jouer les borgnes.

À jouer les pourfendeurs des magouilles financières, certains se sont créés pour eux-mêmes l'image de purs et durs. De la pureté au puritanisme, il n'y a qu'un pas. Et hop, d'un petit saut, ils y sont allés. Mais rappelons que le puritanisme ne mène qu'à une seule chose : la chasse aux sorcières. J'espère bien qu'aucun d'entre vous n'en a la nostalgie.

Maintenant, pour revenir à la politique proprement dite, si vous aviez réellement des interrogations ennuyeuses à poser à LFI, il aurait été intéressant d'aller demander à ses dirigeants ce qu'ils pensaient des 700.000 manifestants demandant dans les rues de Londres un nouveau référendum sur le Brexit et quelles conséquences avaient l'échec de ce dernier sur le projet de la France Insoumise de sortie en France de l'UE . Oh ! excusez-moi, vous-même n'en avez pas parlé. C'est dur le journalisme quand on fait de la politique.

 

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