Manifestation du 28/04 contre la loi El Khomry : les mensonges du gouvernement.

Je reviens de la manif pour apprendre que nous serions entre 14 et 15000 manifestants.
Rien que dans le cortège CGT du Val de Marne on pouvait compter entre 1000 et 1500 manifestants soit facilement deux ou trois fois plus de monde qu'à la dernière manif. Et nous n'étions pas de loin le plus fourni.
D'autre part, nous avons dû attendre plus de 2h30 avant de pouvoir partir de la place Denfert-Rochereau. Et nous n'étions pas les derniers.
Tout le long de la manif des militants CGT nous ont informé des incidents qui avaient lieu devant. Tous, sans exception, parlaient d'agressions policières contre des jeunes désarmés, à l'exception d'une poignée, en particulier près de la gare de Lyon après le pont d'Austerlitz, de grenadages, de gazages, de charges et d'arrestations arbitraires brutales, visant à couper la tête de manif, essentiellement des jeunes, du reste des cortèges. Rappelons que c'est la même technique qui avait été employée lors de la dernière manif avec des agressions place de la Bastille et place de la Nation où un cordon de gendarmerie avait empêché le cortège CGT d'y accéder, ce qui avait provoqué la poussée de plus d'une centaine de cégétistes, tandis que le responsable du Service d'Ordre CGT faisait tout pour empêcher les autres manifestants de les rejoindre, au lieu d'aller exiger de l'officier de dégager l'accès. Privés de moyens, gazés et matraqués, les manifestants avaient dû battre en retraite, permettant un grenadage systématique de la place que n'aurait pas osé ordonner notre Papon de service du haut de sa préfecture.

Quand nous sommes arrivés Place de la Nation, celle-ci était cernée de tout côté. Tout était calme jusqu'à ce qu'une poignée d'individus cagoulés surgis on ne sait d'où aille joué les durs devant les CRS positionnés avenue Dorian, qui ont ensuite grenadé. Mais contrairement à ce qu'a raconté une soi-disant journaliste sur les ondes de BFM, il n'y a pas eu d'affrontements, mais grenadage. Moins d'une dizaine d'individus cagoulés ont entrepris de faire un feu sur la chaussée, probablement pour casser le bitume et se doter de caillasse, toujours sur la place devant l'avenue Dorian. Les CRS les ont alors grenadés, ce qui les a fait fuir. Mais les fameux affrontements dont la pseudo-journaliste de BFM, que nous avons interpellé pour savoir ce qu'elle allait dire et qui a refusé toute discussion, a fait état, ont été tellement terribles que la foule présente et non touchée par les gaz n'a pas bougé et même a continué à vaquer à ses occupations avec une certaine indifférence à quelques dizaines de mètres des CRS. C'est dire combien c'était chaud.
Maintenant, il est possible que des CRS aient été blessés lors des très brefs affrontements place de la Nation. Mais, il n'y a pas eu d'émeute. Pour les agressions qui avaient eu lieu ailleurs plus tôt, je n'ai pas de détails sur leur ampleur et le mode opératoire employé par les CRS pour tenter de couper la manif en deux.

Place de la Nation, alors que nous étions en train de nous disperser progressivement et calmement. Les CRS et les gendarmes mobiles, ont bloqué toutes les avenues et se sont mis en rang pour nous faire évacuer de force la Place. Quand on leur demandait par où peut-on passer, ils n'en savaient rien. Entre nous soit dit, les terribles incidents de la journaleuse de BFM avaient dû beaucoup traumatisés les CRS, car, hormis un groupe d'une dizaine de B3 particulièrement énervés et des civils avec brassard assez tendus, tous les autres nous répondaient calmement et poliment. Pour avoir assisté et participé à des manifs violentes dans ma jeunesse, je peux vous dire que la tension d'après affrontement était absente. Par contre, la confusion qui régnait, elle, provoquait une certaine tension sur les manifestants.
Quand nous avons fini par rejoindre le métro, nous avons découvert deux groupes de CRS dans les couloirs, disposés de manière à pouvoir bloquer à tout instant l'accès aux rames. Notre Papon de police aurait-il été pris de nostalgie charonnarde ? Qui sait ?

Maintenant la première question qui se pose : à quoi sert-il d'avoir mobilisé plus d'un millier de policiers et gendarmes pour évacuer une place, qui, de toute façon, était en train de s'évacuer.

Une autre question (que je n'aime pas poser, mais là la ficelle était grosse) : d'où sortaient les caillasseurs place de la Nation ? Notre BFMiste s'est empressée de dire qu'ils formaient une manif dans la manif. Mais, non, ma petite, il n'y avait, de notre côté, qu'une manifestation, celle contre la loi dite "Travail", en fait "Patron". Et les jeunes, qui y participaient, en faisaient partie. Quand la police les a attaqués, c'est toute la manifestation qu'elle a attaqué. Que certains aient réagi violemment ou simplement se sont défendus, c'était normal. Les caillasseurs de la Nation, eux, c'était différent. On en a vu arriver certains, cagoulés, et ils n'avaient rien à voir avec les manifestants qui ont été agressés à plusieurs reprises le long du parcours par les martiens en armure. La plupart des jeunes étaient déjà partis. Les caillasseurs sont venus pour le spectacle. Et d'ailleurs, les reporters photographes ne s'y sont pas trompés et se sont empressés de prendre des photos du petit foyer sur le bitume sous toutes sortes d'angles avant qu'un officier de CRS ordonne qu'on abaisse le rideau et fasse envoyer des lacrymogènes pour dégager tout le monde. Hormis trois ou quatre individus, les cagoulés se sont alors dispersés et ont disparu comme ils étaient venus. Alors d'où venaient-ils ? Quelle était leur fonction ? Était-elle d'exprimer une rage ou bien de justifier un discours gouvernemental cherchant vainement à diviser les opposants à la loi Grand Patrons ?

Une troisième question concernant la CGT, mais aussi Solidaires, FO et toutes les fédérations engagées dans la lutte : pourquoi n'y a-t-il pas de SO commun de protection des jeunes contre les agressions ordonnées par le pouvoir.  Au Havre, lors de la dernière grève, les lycéens s'étaient retrouvés face à des forces de police particulièrement agressives jusqu'au moment où les 2000 dockers étaient venus les rejoindre. Comme par enchantement, les forces de police étaient devenues quasi-invisibles. Agresser des lycéens inorganisés sans défense et non déterminés à se battre est une chose, mais s'affronter à des adultes déterminés et organisés dans un syndicat puissant, c'est plus difficile à assumer politiquement à moins de choisir la voie de la guerre civile.

Enfin, une dernière : quand va-t-on enfin exiger le retrait de la police et de la gendarmerie pour qu'elles ne soient plus au contact direct des manifestants ? Car il est étrange de constater que, quand les CRS et les gendarmes mobiles sont au contact, il y a des incidents. Quand ils ne le sont pas, tout est calme. Faut-il avoir suivi des cours de logique à la Sorbonne pour pouvoir répondre à la question : qui sont les fauteurs de trouble ?

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