Perquisitions à la FI, un glissement inquiétant du pouvoir politique

La mésaventure vécue par la FI n'est pas une première, répression policière et criminalisation, sont de plus en plus utilisées contre les opposants au gouvernement

Les aventures récentes vécues par la France Insoumise, au-delà de tous les commentaires que nous en a fait la presse, met en avant l’utilisation de l’arsenal judiciaire et policier contre des citoyens, des groupes de personnes, des associations, des syndicalistes, des militants politiques s’opposant à la politique gouvernementale. La mésaventure survenue à la FI  n’est pas une première. Sa forte médiatisation a fait qu’elle a pris une place importante dans le paysage médiatique, la personnalité de son leader y contribuant largement, mais elle n’est qu’une parmi de multiples autres. Mon propos ne sera pas sur le fond de cet événement mais plus sur ce qu’il donne à voir du fonctionnement du pouvoir politique. Il me semble en effet, qu’il dénote un glissement grave de l’exercice du pouvoir dans notre pays. Il est probable que dans cette affaire le parquet a agit sous pression du gouvernement. Il n’est pas possible de nier également que le scénario mis en place semble démesuré au vu des faits reprochés.  Ce qui me semble essentiel à mettre en avant dans ce concert médiatique, ce ne sont les persécutions vécues par la FI, mais la criminalisation et la répression policière utilisées à l’encontre de toutes les expressions de contestations. Les exemples sont nombreux, nous pouvons les citer par centaines et depuis ces dernières années ils ne cessent de se multiplier. De la violence policière dans les manifestations à la criminalisation de l’action syndicale, du harcèlement policier réservé aux migrants aux poursuites et sanctions judiciaires dont sont affublés les aidants, de la pression et du contrôle policier dans les quartiers populaires à la clémence judiciaire face aux bavures, le pouvoir veut asseoir son autorité par la force, la contrainte, la sanction. Que dit de plus Emmanuel Macron interviewé par Europe 1 suite à l’incident qui a eu lieu dans un lycée de Créteil :

"Redonner les moyens" aux quartiers. "Ce qu'on voit à l'école, dans les quartiers de la République, contre nos forces de l'ordre, je ne veux plus le voir", a-t-il poursuivi au micro de Nikos Aliagas. "La peur va et doit changer de camp." Le chef de l'État, qui veut "redonner les moyens dans tous ces quartiers", ambitionne de "durcir très fortement" la lutte "contre les trafics et les bandes". "Notre société a besoin de retrouver le sens du travail, du mérite, de l'autorité, à tous les âges, dans tous les niveaux. C'est une mobilisation de toute la Nation pour y arriver", a-t-il appelé.

En effet, autant les dompter dès le plus jeune âge.

Cette situation est d’autant plus inquiétante que ce glissement se fait sournoisement et prend de plus en plus d’ampleur et n’entraîne la réaction que de trop peu de nos concitoyens. Les Cédric Herrou ne sont pas la norme, même si l’on peut constater que dans l’ombre de nombreuses résistances se mettent en place.
L’épisode Macron est très certainement une étape charnière pour notre pays : soit nous basculerons dans un régime autoritaire parce que les résistances n’auront pas pu convaincre, entraîner, éveiller le reste de la population, ou au contraire, une prise de conscience citoyenne va émerger pour mettre en place une société plus solidaire, plus égalitaire, plus écologique…

La difficulté à vaincre pour aboutir à cette issue heureuse sera de rassembler toutes les forces contestataires. En effet, aujourd’hui les résistances, les contestations ne sont plus dans les structures organisées tels que les partis ou les syndicats, qui n’ont fait que se décrédibiliser en faisant trop souvent passer leurs intérêts particuliers avant l’intérêt général. Ce sont les citoyens rassemblés autour des ZAD, des collectifs ou des associations, qui eux sont au cœur des problèmes, les mains dans le cambouis, qui portent le combat de fond. Ils sont éparss, multiples, divers. Beaucoup tentent de se coordonner localement et/ou nationalement avec le souci toujours présent de ne pas devenir des structures verticales mais de garder cette force qu’est leur horizontalité, où l’on n’obéit pas, on construit ensemble, on innove autour de nouveaux moyens d’échanges, on coopère, bref on agit pour de bon.

Toutefois ce n’est pas une révolution qu’il va falloir opérer mais une alliance douce entre les nouveaux et les anciens en utilisant nos institutions : car si bien sûr elles ont besoin d’être réformées, aujourd’hui elles permettent encore d’accéder au pouvoir.

L’histoire nous en apporte la preuve, les révolutions si elles ont permis des évolutions de taille, n’ont pas permis l’émergence de cette société solidaire, juste, égalitaire et fraternelle à laquelle nous aspirons. Pour en arriver là les obstacles sont sans doute encore nombreux mais c’est certainement une voie qu’il faut tenter...


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