SOS : Les Sargasses en Martinique. Faire reconnaître une situation intolérable.

Pour la 3ème année, la Martinique est envahie de Sargasses depuis 3 mois environs. La première année et les suivantes, les zones envahies n'étaient pas tellement touristiques. La gêne ne concernait que les riverains et les baigneurs occasionnels. Et puis, avec les fortes pluies de l'hivernage, peu à peu, sans doute aussi avec le rafraîchissement du temps, elles s'en sont allées.

Cette année, elles sont revenues en force. Des kilomètres de large et de long, jusqu'à 3 mètres de profondeurs à certains endroits. A de tels endroits, un éleveur de poissons (des Loups Caraïbes ) a perdu tout son élevage, littéralement asphyxié. A d'autres endroits, on nous indique que les poissons continuent à vivre sous les algues lorsque la couche n'est pas trop importante. Mais les pêcheurs sont sinistrés car beaucoup ne peuvent s'affranchir de cette barrière pour poser leurs filets.

Curieusement (?!), des dégâts matériels et les atteintes sur la santé des hommes importants sont perceptibles, parfois à des kilomètres de la mer, ou/et en hauteur, à l'intérieur de terres.

La première commune atteinte par le phénomène fut Sainte Luce. Invasion d'algues directement au bourg et en pleine période touristique. Le maire, Nicaise-Monrose nous a expliqué comment il a dû agir en toute célérité. Il a recruté des jeunes gens au chômage qui se sont spontanément proposés moyennant salaire, il a demandé aussi au personnel communal, a pu emprunter quelques engins et des camions pour enlever quelque 30 tonnes d'algues si je ne me trompe. Problème. A l'arrivée à l'usine de traitement des déchets, on lui en refuse l'accès. Finalement après menace de sa part de bloquer l'entrée de l'usine et négociation avec le responsable politique, il peut déposer ses déchets. Mais il reconnaît avoir été bien seul dans ses difficultés et bien seul à solder la facture.

Par contre, ayant agi immédiatement, il n'a pas connu les problèmes que pose la décomposition de ces algues en anhydride sulfureux, et autres gaz toxiques. De plus le phénomène, lié fondamentalement aux courants a, depuis, semble-t-il largement épargné la commune de Sainte Luce. Il n'est a pas été de même au Robert, au François et au Vauclin, principalement même si Nord Atlantique (Marigot) est aussi touché tout comme les Anses d'Arlets et le Diamant, et la commune de Sainte Anne où le maire a dû interdire la baignade et la fréquentation de certaines plages.

Quant au maire du Robert, il a menacé plusieurs semaines durant de fermer les écoles du Robert du fait des difficultés ressenties par nombre d'élèves. Il semble qu'on ait fait pression sur lui puisqu'il est revenu sur sa décision. Finalement, la préfecture s'est décidé à une grande opération de nettoyage du Robert mardi 7 octobre.

Las, le reportage d'ATV, mardi 7 octobre dernier a permis de découvrir un sous-préfet suspendu à une autorisation de Paris qui n'est jamais venue, pendant que les personnels communaux nettoyaient sous le regard de militaires volontaires du contingent debout à attendre Godot qui n'est jamais venu ! Une véritable pantalonade quand on sait les pouvoirs d'un préfet !

Mais bon tant pis ! On en a vu d'autres ! Le sommet, fut la souffrance exprimée par une femme, plus toute jeune, environnée d'algues que des amis de son fils ont évacuées tant bien que mal et qui témoigne de sa souffrance à l'antenne alors que, juste après, on entend le directeur de l'ARS exprimer tranquillement qu'il n'y a pas d'atteinte d'un quelconque seuil de toxicité, tellement on en est loin. Fort bien. Mais pourquoi, dans les images de la préfecture elle-même, voit-on les militaires équipés de masques à gaz ? Les autochtones, non, bien sûr ! Après tout on verra plus tard les maladies liés à des expositions prolongés en milieu contaminé. Pour ma part, je ne ferai pas de cadeaux !

Je suis intervenu dans la presse, rejoint par d'autres trublions comme moi, du Robert, pour réclamer l'état de catastrophe naturelle et des mesures de surveillance médicale sérieuses à l'égard des populations exposées, ce qu'effectivement personne sinon le sénateur Antiste ne réclamait. Toutefois, depuis les mouvements de mécontentement que nous représentons d'une manière globale mais qui s'expriment aussi individuellement à la radio, d'autres hommes politiques réclament ce classement. Il paraît que le préfet aurait indiqué qu'il s'agirait d'une procédure longue, liée à une demande des maires des communes sinistrées.....Encore une galégeade ! Même si les proportions sont différentes, la déclaration de catastrophe naturelle après les premières intempéries à Montpellier et dans l'Hérault, a été "spontanée" de la part des autorités de l'Etat. 

Nous allons donc commencer un recensement (difficile certes mais nécessaire) de toutes les télévisons tombées en panne, de tous les appareils électroniques (fermetures de portails, ordinateurs...), de tous les véhicules qui emplissent les garages des communes sinistrées tombés en panne, des faux plafonds recouvert de taches noires (champignons), des cuivres attaqués et soudain noirs, des crises d'asthmes, des difficultés respiratoires, voire peut-être d'un incident plus grave ayant entraîné un coma entre Robert et François. Certrains sont obligés d'évacuer leur maison et de se replier sur la famille lorsque son domicile est dans une zone protégée. Les journalistes rencontrés dans les rédactions et qui ont été envoyés faire des reportages témoignent de ce que l'impact est lourd et que les mesures qu'ils font n'ont strictement rien à voir avec les propos lénifiants de l'ARS, et de la préfecture. Et France-Antilles fait un reportage où l'apaisement manifeste laisse tout de même entrevoir des interrogations; sans compter que la photo cette fois montre les ramasseurs d'algues équipés de masques à gaz ce qui n'était pas le cas à l'origine !

voir aussi les photos d'ATV, le site de Martinique 1ère,

Une pétition a été mise en ligne : Action Sargasses . Elle se remplit peu à peu mais il faut mobiliser le plus de monde possible. La Région et le Département ont, chacun de leur côté voté un déblocage de fonds de 350 000 euros. Encore faut-il que cela soit suffisant. Encore faut-il aussi que ces fonds permettent de nettoyer toutes les côtes et non les plus visibles ou les plus fréquentées. Enfin, des mesures à long terme doivent être envisagées, et, parmi elles, une industrie fondée sur la transformation de ces algues.

Une association de consommateurs a été aussi créée. Elle profite de l'événement, mais il s'agit aussi de mener des batailles sur tous les fronts.

En attendant, des kilomètres d'algues s'approchent tranquillement de l'île, apportées de très loin par les courants.

 

 

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