Université des Antilles, quelques compléments à l'article de Lucie Delaporte

Je n'avais pas l'intention de faire de ma réponse à l'article de Lucie Delaporte sur l'attitude scandaleuse du gouvernement qui joue la montre dans l'Université des Antilles. J'ai en effet d'autres articles plus complets peut-être que je gardais sous le coude. Toutefois, le nombre de mots de ma réponse me contraint, si j'entends témoigner, à utiliser le billet pour cela. Face aux forfaitures, il convient de dénoncer. 

Merci à Lucie Delaporte pour cet article particulièrement dense et juste qui met en évidence les responsabilités du gouvernement. On pourrait dire encore bien des choses, comme par exemple l'attitude de Lurel qui tout comme Letchimy (mais ce dernier le fait mezzo voce en laissant plutôt ses seconds couteaux faire le travail) charge la Présidente de l'Université et qui a menacé tout au long de la procédure d'examen de ses amendements rejetés par la commission PS, de réclamer (en représailles) une université pour la seule Guadeloupe. Quant à la volonté d'intégrer les surfaces, il convient de savoir qu'il joue sur les 10 000 m2 de Saint Claude construits par la Région Guadeloupe (et non l'université). Alors que la Martinique propose de réclamer une rallonge spécifique de concert Martinique et Guadeloupe, pour tenir compte de ces 10 000 m2, il préfère les intégrer dans le budget initial quitte à étouffer financièrement la Martinique qui tomberait à 20% au lieu de 40 % au moins du budget. Lurel est agressif et Letchimy semble bien passif, au point que, pour ma part - mais ce n'est qu'un sentiment dicté tout de même par une certaine connaissance des enjeux financiers posés à la Région Martinique - j'en suis à me demander si dans le tandem, Letchimy n'a pas partiellement déclaré forfait sur bien des points. Lorsqu'on prend en effet les enjeux presque immédiats pour la Martinique (traitement des déchets, Transport en site propre et les travaux colossaux que cela engendre pour un résultat incertain; le fait aussi que ces travaux titanesques siphonnent littéralement tous les travaux jusque là concédés aux entreprises locales qui étouffent; le port, l'université et la création de filières en Martinique pour développer l'université, , l'énergie propre écologique, la raffinerie, les réseaux internet et téléphoniques qui sont en tellement mauvais état qu'on est un peu partout à 4Mo de débit pour l'ADSL haut débit (si, si)  à un prix faramineux; le poids du chômage chez les jeunes, le vieillissement de la population à toute allure, etc, etc...on s'aperçoit que les investissements à réaliser sont énormes. Pour les déchets, la population ne les trie pratiquement pas . Du coup l'Europe refuse de subventionner plus. Or les décharges sont pleines. Développer les filières représente un coût qu'on imagine mal pouvoir régler par la Martinique seule. La Guadeloupe semble bien plus en avance, et Letchimy semble laisser entendre que son prédécesseur à la Région n'a rien fait. Sans aucun doute, ou tellement peu. Mais qu'a-t-il fait lui-même pour l'université ? Il a fait pour le BTP, il a fait pour le lycée Schoelcher et pour le front de mer à Fort-de-France et un peu partout où les chantiers routiers sont visibles. Mais en même temps, rien n'est fait pour réellement répondre à l'engorgement routier de type parisien quasiment sur toute l'île. Comment dès lors répondre à la baisse énorme de la population scolaire, notamment dans le 2nd degré qui va obliger à dispatcher les élèves sur les 4 coins du territoire ? Avec déjà, du fait des embouteillages, et malgré une couverture en établissements qui, actuellement, héritée du passé, est bonne, des enfants qui se lèvent à 4 ou 5 heures du matin pour arriver à l'heure à l'école !  Que deviendront ces enfants quand il leur faudra aller à l'autre bout de l'île pour trouver un lycée pro avec une filière correspondant à leur besoin ?

Tout ceci permet peut-être d'entrevoir les relations qui pourraient exister entre cette officine de détournement des fonds européens et universitaires : elle servait sans doute à arroser certains, ou peut-être à les aider à trouver des financements à défaut de les financer directement. Il se dit aussi que le dénommé Célimène aurait laissé entendre qu'il entraînerait plus d'un dans sa chute...

Enfin, actuellement l'université (la précédente, celle qui attend enfin de passer de trois pôles - Martinique-Guadeloupe-Guyane- à deux -Martinique et Guadeloupe-) n'a plus en effet d'existence légale et depuis le 31 mars son budget est clos sans qu'elle soit en mesure d'en ouvrir un autre n'existant pas encore. C'est là encore un moyen de tuer l'université en Martinique, dont on sait que seuls 25 à 30% des bacheliers acceptent de la fréquenter. Comment des bacheliers pourraient-ils s'inscrire dans un cursus dont ils ne savent même pas s'il existera - ni dans quelles conditions - à la prochaine rentrée ?

Au fond c'est là le scandale le plus saillant en ce qui me concerne : le mépris manifeste envers les étudiants par le monde politique local et national. On le sait déjà de la ministre de l'Education nationale par rapport au Second degré, on découvre avec l'université que déjà Fioraso mais maintenant Najat Vallaud Belkacem s'intéressent plus aux calculs électoraux qu'au développement réel des DOM et de leur population, et encore moins de leur jeunesse.

Ce cynisme à l'égard des sans dents, peut-être leur reviendra-t-il bientôt en boomerang.

 

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