LE LYCEE SCHOELCHER DOIT DISPARAÎTRE

Le Lycée Schœlcher de Fort-de-France, est né de la disparition du lycée de Saint Pierre lors de la catastrophe de la Montagne Pelée. Peu entretenu et laissé dans un état de vétusté impressionnant, il fait l’enjeu depuis 15 ans de projets de reconstruction sur fond de lutte politique.

 

Le lycée Schœlcher doit disparaître, non parce que je le souhaite, mais parce qu'à y bien réfléchir, il est déjà mort.

 

Pour ceux qui s’en souviennent et pour les autres,  à peine arrivé au lycée à la rentrée 2000-2001, indigné de son état de vétusté, j'ai été l'artisan majeur de sa reconstruction, entraînant avec  moi le SNES et les autres syndicats minoritaires de l'établissement (UNSA, CSTM-UGTM). Le Président Alfred Marie-Jeanne voulait déjà raser le lycée, disait-il, mais il a accepté tout de même que l'étude de sa reconstruction se fasse. Nous voulions un lycée de transit, mais nous, syndicats, n'en avons jamais fait un préalable tout comme nous n'avons jamais fait de l'esthétique un préalable. En même temps, force est de reconnaître que Messieurs Soumbo (élu à l'époque, président de la commission éducation à la Région Martinique) et Marie-Jeanne (alors Président de la Région) ne voulaient pas de lycée de transit que justifiait pourtant l'état de l'ensemble des établissements de la Martinique. Il ne restait donc plus que l'opération à tiroirs que nous acceptâmes : on détruisait les grands bâtiments du fond (anciens dortoirs de l'internat), on relogeait la communauté scolaire qui les occupait dans des préfabriqués à étages sur l'esplanade des logements des personnels qu'on détruisait. Une fois achevée la reconstruction des bâtiments du fond, on y transférait les occupants des préfabriqués à étages pendant qu'on recommençait l'opération avec les occupants des bâtiments plus bas.

 

Parallèlement avait lieu la mise en place du concours d'architectes pour réaliser le futur lycée, suivi de l'élaboration du détail de la construction, des salles, de leur mise aux normes conjointement avec les représentants des personnels et les hommes de l'art.

 

Toutefois, une première alerte eut lieu : les syndicats apprennent qu'une réunion avec le recteur, les représentants de la Région et les chefs d'établissement du triangle Schœlcher -Gaillard-Bellevue, s'est tenue avec comme but de répartir les élèves de Schœlcher sur les deux autres établissements. Tollé de tous, et le projet est abandonné.

Mais voici que surgit en juin 2009 le dépôt du permis de construire du lycée par l'équipe du Président Alfred Marie-Jeanne et son rejet par la mairie de Fort-de-France, pour sa non-conformité au PLU[1] de la ville. A M. Soumbo qui met en cause les manœuvres peu honnêtes du maire de Fort-de-France, je réponds qu'il existe des tribunaux, une justice. Ce à quoi le président élu de la commission éducation nous rétorque que le Président Marie-Jeanne refuse qu'un Nègre attaque un autre Nègre devant la justice française… Dans la foulée, nous apprenons que le Président Marie-Jeanne refuse dorénavant de s'occuper du lycée Schœlcher : fini le lycée Schœlcher !

 

Dès lors, de nouvelles manœuvres sont initiées pour vider le lycée sur la base de sa dangerosité[2].  En septembre 2009 M. Marie-Sainte réclamait sur les ondes radio la dispersion de la communauté scolaire du lycée Schœlcher  sur « les autres fleurons de l'île », ce que je refusais par les mêmes canaux puisque les cours avaient déjà commencé en vue des examens de fin d'année.

 

On connaît la suite : sous la pression de la Région, le recteur, M. Siganos, cède stratégiquement. Non ! il ne peut, faute de place, vider le lycée ; mais il peut le délester des classes de STG. Une forte délégation d'élèves – notamment de BTS – obtient une audience du président de la commission éducation, M. Soumbo à l'hôtel de Région. Elle sort peu convaincue des raisons invoquées pour la liquidation du lycée. Dans le grand hall, le Président Marie-Jeanne  obtient de faire patienter la délégation, le temps d'arriver. Alors qu'il s'explique, un collègue d'économie lui demande pourquoi il n'a pas rencontré le maire de Fort-de-France pour trouver un compromis sur le permis de construire. Le Président Marie-Jeanne explose pendant bien 5 laborieuses minutes où j'ai pensé qu'il nous glissait entre les doigts.

 

 

La semaine suivante les élèves montent à la Région. Les vieux caciques du MIM les y attendent et les provoquent pour faire le coup de poing. Un père ou un oncle bat une jeune fille avec une violence inouïe : elle a eu le culot d'être de la délégation. Et c'est là que M. Cayol maître de sport, enseignant au lycée et présent à la Région s'émeut dans les médias que ce soit des blancs mal coiffés, et qui sentent, qui conduisent les petits nègres...

http://www.dailymotion.com/video/xbhzdj_jt-rfo-14-dec-09-19h00_news

 

Une semaine plus tard, c'est le lycée quasi tout entier qui monte à son tour à la Région pour dénoncer une atteinte au lycée Schœlcher  et la tentative de le détruire. Nous sommes à la veille du vote sur les articles 73 et 74. Le Président Marie-Jeanne est désavoué. En mars 2010 il est battu aux élections régionales par le maire de Fort-de France, Serge Letchimy.

 

Ce dernier propose alors de reconstruire le lycée de manière plus proche de ce qu’il était et de restaurer l’ancienne maternité Victor Fouche à Redoute pour servir de lycée de transit le temps de la reconstruction du lycée. Làs ! La fin des travaux du lycée de transit semble reculer d’année en année.

 

 

Aujourd'hui c'est un remake politique.

 

En décembre 2015, Serge Letchimy président de la Région Martinique est battu aux élections de la Collectivité Territoriale de Martinique par…Alfred Marie-Jeanne allié à la droite ! A peine réélu, le nouveau président de la Collectivité Territoriale de Martinique déclare s’emparer de la reconstruction du lycée Schœlcher   et entend éparpiller la communauté scolaire du lycée sur l’ensemble des 2 voire 3 lycées voisins voire même à l’afpa pour la section théâtre.

 

Reconstruire le lycée Schœlcher ? Mais, en l'éparpillant sur ses voisins, on le tue et on le sait.

 

On le tue parce qu'il n'y a techniquement pas la place pour installer les élèves et faire fonctionner un clone du lycée Schœlcher  du fait même des conditions actuelles d'enseignement qui sont dévoreuses de salles pour une multiplication de groupes. Quant aux salles scientifiques spécialisées, elles sont occupées à 100% par Bellevue et Gaillard pour leurs propres élèves.

On le tue parce qu'un établissement scolaire, c'est une âme dans une entité. Eparpillez cette entité sur 3 lieux voire 4 et elle n'existe plus.

On le tue aussi parce que nombre de parents refusent déjà de voir leurs enfants placés en aveugle dans un établissement dont on perçoit qu'il n'aura pas de futur.

On le tue parce que le recrutement des secondes est quasi tari de ce fait même, ce qui signifie que sans seconde, on n'aura plus de classes de première l'année suivante et de terminale au bout de deux ans !

On se retranchera bien sûr derrière la baisse des élèves pour expliquer cette mort annoncée, on se jettera au visage la responsabilité des uns et des autres – 9 ans du côté de Marie-Jeanne pour déposer le permis de construire, 5 ans pour construire un lycée de transit inachevé et pour lequel on évoque un trou financier. Mais a-t-on le choix ? Ne faut-il pas, à marche forcée, finir ce qui a été commencée ? Pourquoi n'avoir pas envisagé une rénovation lourde comme on le fait en France en conservant les façades étayées le temps d'abattre planchers et plafond et de refaire un lycée neuf par l'intérieur ? On préserve bien en France les lycées napoléoniens et autres monuments à caractère historique ! Et nous serions incapable de préserver le seul établissement historique et de renom en France et en Martinique, le seul établissement scolaire prestigieux par son passé et par tous ses élèves de renom international ? Parce que nous connaissons une baisse des élèves dans l'académie ? Je ferai une autre fois un bilan des établissements condamnés par cette hémorragie si nous ne la jugulons pas !

Le lycée Schœlcher  en 2000 était un établissement qu'on laissait pourrir sur place sans entretien, mais avec 2 fois plus d'élèves qu'aujourd'hui. En 2016, le lycée Schœlcher, grâce à son dernier proviseur a une apparence et un fonctionnement meilleurs, malgré le délabrement des  portes et  fenêtres, et les circuits électriques vétustes. En somme tout le monde fonctionne en tentant de fermer les yeux sur le délabrement fonctionnel et la vétusté du bâti en faisant semblant de l'ignorer pour conduire les élèves à l'excellence.

Cette communauté d'élèves, de parents, d'enseignants, de personnels administratifs et techniques doit être entendue, respectée et soutenue . Si vous aussi vous voulez sauver le lycée, signezla pétition en ligne ! Tous ensemble, sauvons le lycée Schœlcher  !

En fait, on  tuant aujourd'hui le lycée Schœlcher, ce sont Zobel, Césaire, Fanon, tant d’illustres professeur,  et toute notre réussite intellectuelle que l’on renie,  au risque de faire de la disparition de ce creuset fondateur de notre histoire, le symbole d’un double échec : celui des deux président Marie-Jeanne et Letchimy.

 

Yvon JOSEPH-HENRI

Ancien professeur du lycée Schœlcher  (2000-2012) – Ancien représentant syndical du lycée – Ancien secrétaire académique du SNES Martinique. Secrétaire départemental sortant de la FSU Martinique. Président de l'Association des consommateurs et des citoyens de la Caraïbe.

Initiateur de la pétition : le lycée Schœlcher  ne veut pas mourir

 

 


[1]PLU : plan local d'urbanisme

[2]   Pour la petite histoire, lorsque j'ai été élu secrétaire académique du SNES Martinique.je suis allé trouver Alain Manville, avocat, pour lui demander s'il acceptait de s'attaquer conjointement au préfet, au maire de Fort-de-France, au recteur, au président du Conseil Général du fait de la dangerosité du lycée Schoelcher. Nous n'avons jamais pu le faire. Car si la commission de sécurité a réclamé de 2000 à 2003 environ la fermeture du lycée du fait d'arrivée de gaz près de prises électriques, jamais nous avons eu alors ces documents et tout était minutieusement tenu secret pour que nous ignorions que les lieux étaient dangereux.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.