A propos de Najat Vallaud-Belkacem : une nomination politique à hauts risques

Pascal Maillard a livré dans son billet intitulé Najat Vallaud-Belkacem : une nomination politique à hauts risques une analyse pertinente. Nous sommes en effet nombreux à juger qu'il s'agit d'un texte mesuré et éclairant. Il me semble aussi qu'il témoigne de l'inquiétude de tous les personnels de l'Education, du premier degré à l'université.

L'université et la recherche sont à la peine malgré les qualités certaines de leurs personnels qui ont contribué à sa grandeur passé battue en brèche par une politique de démantèlement du service public. On assiste comme tu l’as montré déjà à une main mise anti-démocratique sur les université sous la forme de regroupements imposés et dont la finalité est relativement obscure mais dont on perçoit qu’elle n’a rien de rassurant.

La nomination dans un tel contexte de gouvernement - faut-il le dire ? -n’a en fait aucun intérêt sinon que médiatique. La politique en œuvre n’est que la continuité accentuée des politiques éducatives que la droite et la gauche ont alternativement menées. Le but pour l’Etat ? Se dégager d’un coût jugé prohibitif. Tout le monde il me semble – sauf les aveugles de l’esprit parmi nous – l’a compris.

Mais, au-delà de ce constat bien connu, l'opération de charme de Valls devant le Medef dit assez qu'on n'est plus depuis longtemps dans une politique de gauche. En fait, il s’agit bien d’une part d’un rapt de nos voix de gauche par Hollande et son gouvernement, et ensuite d’une tentative ultime de putsch pour prendre au piège d’une dissolution de l’Assemblée  - qui serait suicidaire pour les députés de gauche - l’ensemble des élus socialistes. Hollande et Valls n’ont plus de majorité ? Qui donc pense qu’ils l’ignorent ? Il s’agit donc pour eux d’arriver à gouverner sans majorité pour chercher par tous les moyens les voix qui leur manqueront afin de gouverner. De là Valls déguisé en geisha du Medef. De là la tentative de débauchage d’un élu des Verts, etc…On fonctionne au coup par coup.

De là aussi la démission du gouvernement : une occupation médiatique pour faire du bruit, du boucan - en allusion aux fêtes et donc au bruit des boucaniers, ces pirates de la Caraïbe où je vis – et éviter une exploitation médiatique de l’échec colossal en termes d’emploi de la politique menée, et des propos tenus, répétés jusqu’à l’usure de la corde.

Non, pour ma part, et je crois que nous devrions prendre cette option : nous n’avons rien à attendre de ce gouvernement bis dans l’Education Nationale, du primaire au supérieur. La casse va continuer, le second degré devenant de plus en plus un lieu d’échouage des pires élèves, les bons qui auront les moyens se réfugiant dans le privé, l’école publique, celle du creuset républicain ne servant que de garderie pour éviter que les élèves en échec ne transforment les cités en feu d’artifice à tout bout de champ. Qui ne voit que l'Education s'éloigne de plus en plus avec cette noblesse d'un acte qui se voulait gratuit parce que touchant l'humain pour l'essentiel ?

Un gouvernement à l’agonie est ce qu’il y a de pire : il cédera pour tout et n’importe quoi en guise de politique pour disposer d’appui. Comment comprendre autrement ce qui s’est passé pour l’université des Antilles et de la Guyane ? Comment interpréter autrement cette montée au front des deux présidents de la Guadeloupe et de la Martinique ? Quand a-t-on jamais vu des personnalités politiques et des présidents de Région dicter au ministère de l’Education la conduite à tenir en matière de gestion et fonctionnement des universités en court-circuitant les instances locales ? Le président de la Région de la Guadeloupe s’autorisant à réclamer le départ de la présidente de l’université en bafouant une réalité démocratique ?

Sinistres temps. Face à cette situation, face à l’attentisme non seulement des collègues mais d’une population qui ne sait quoi faire pour sortir de la nasse, on voit bien que l’explosion peut se faire à tout moment : il suffit d’une étincelle au moment opportun.

Le pouvoir le sait évidemment, l’opposition aussi. Mais tout le monde est piégé. La droite ne veut pas de dissolution car elle est laminée et risque de ne pas avoir de majorité ; la gauche sait qu’elle perdra sa majorité. Seule peut-être la gauche de la gauche mais surtout le Front National veulent une dissolution car c’est pour Marine Le  Pen le moyen d’accroître ses élus sans nécessairement devenir majoritaire.

On voit bien que l’analyse politique faite par Hollande lui donne le pouvoir, sauf si une explosion sociale bloquant tout processus démocratique, obligeait le gouvernement à dissoudre l’Assemblée et le Président de la République à démissionner. Mais même dans un tel cas, qui réellement serait en mesure de gouverner ?

Ce blocage du monde et des institutions politiques n’est que le résultat des politiques menées alternativement par la gauche et la droite, alternativement mises à la porte par les Français pour incompétence. Peu à peu, le boyau de la descente se rétrécissant, on arrive au bout de la nasse.

P.S. la nasse, c'est pour nous. Pour l'homme ou la femme politique, le plus important consiste à tenter de se construire un avenir politique en surfant sur un poste ministériel comme d'autres l'ont fait antérieurement avec plus ou moins de bonheur pour eux-mêmes.

 

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