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Billet de blog 19 déc. 2021

Pourquoi je ne me suis (toujours) pas fait vacciner

Vaccin, antivax, cinquième vague et bientôt Noël... Comme cadeau, moi, je voudrais qu'on regarde un peu les choses en face, qu'on les remette en perspective. Je ne suis pas vaccinée et je ne suis pas une terroriste.

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Pourquoi ne me suis-je pas fait vacciner, me demandez-vous ? Pourquoi est-ce que je ne me comporte pas de manière intelligente et responsable ? Pourquoi est-ce que je ne fais pas ma part afin de préserver le bien-être et la santé de tous ? Pourquoi est-ce que je me comporte de manière tellement égoïste et réfractaire ? Le bien commun ne m'intéresse-t-il donc pas ? Est-ce que je ne vois pas que par mon insolence, je risque de provoquer la maladie et la rupture d'une société dont pourtant je dépends, qui me protège, me nourrit et me soigne ? Pourquoi est-ce que je m'obstine ainsi à refuser ce vaccin ?

Pour ceux qui voudraient déjà me caser dans une boîte avec une grosse étiquette, je vous détrompe tout de suite : je ne vote pas aux extrêmes, ni d'un côté ni de l'autre, je ne crois pas au complot non plus, j'ai confiance en la science et éprouve une immense gratitude envers la médecine moderne et le confort qu'elle m'assure au quotidien, je ne suis pas une fanatique religieuse et n'appartient d'ailleurs à aucun mouvement. Je suis une femme de bientôt 32 ans, j'ai été élevée dans une famille de travailleurs ordinaire, je suis allée au lycée puis à la fac puis au travail, en bref je suis ce que l'on peut appeler une personne instruite et bien insérée socialement.

Enfin, je l'étais jusque-là.

Je ne serais pas tout à fait honnête si je ne revenais pas sur ce dernier point. Bien insérée socialement, si cela signifie pour vous que je me rends au travail tous les jours, que je prends les transports en commun ou ma voiture matin et soir, que je ponctue ces allers-retour d'un verre au bar entre collègues, que les weekends je loue un airbnb quelque part ailleurs ou fais les magasins, que je n'ai jamais adressé plus qu'un bonjour à mes voisins de palier et que je me soulage d'une routine éreintante en m'affalant le soir sur mon canapé et devant mes écrans, alors peut-être que mon insertion sociale mérite d'être remise en question.

En effet, je ne me rends plus au bureau tous les jours et je n'ai pas de plan de carrière. Je n'habite plus une grande ville stressante et polluée et je ne paie pas 70€ par mois un abonnement de métro. J'habite un endroit où l'air est pur et où mon existence en tant qu'être humain est valorisée, où je travaille à restaurer le sol et à y planter une partie des aliments qui me nourrissent et me soignent, où j'apprends que prendre ne va pas sans donner, même s'il s'agit d'une chose aussi triviale que mes propres excréments dans des toilettes sèches. Une eau de source coule de mes robinets, aucun magasin à la ronde, ni bar ni restaurant, pas de grosse entreprise ni d'administration, juste les montagnes et les forêts et la débrouille pour échanger, travailler, donner son temps et son énergie en échange d'un lieu où habiter, de bois pour se chauffer, d'un peu d'argent de quoi se suffire. Et ne croyez pas que je vis dans une quelconque communauté sectaire qu'il vous plairait d'imaginer. Je n'habite pas au paradis. Ce que je viens de vous décrire est un combat de tous les jours, une lutte pacifique faite d'ajustements quotidiens, d'inconfort, de difficultés, de doutes et de conflits. J'y apprends chaque jour ce que veut dire vivre ensemble, compter les uns sur les autres, dépendre les uns des autres, humains et non-humains, que nos existences sont interconnectées et que cette interdépendance ne peut être niée sans provoquer l'inexorable destruction du monde que nous habitons.

Alors, s'il vous plait, ne m'accusez pas d'être irresponsable et égoïste. C'est un jugement trop hâtif, trop partiel, qui nie trop de ce que je suis. Je ne suis pas vaccinée, comme moins de 10% de la population française, alors qu'est-ce que ça change pour vous ? Je porte le masque pour ne pas vous contaminer, je me teste à mes propres frais, je maintiens au plus haut l'efficience de mon système immunitaire et j'évite le stress, la fatigue, les maladies en mangeant et en vivant le plus sainement possible. Je respecte mon corps et celui de notre planète, en prenant soin de ma santé je prends soin de la vôtre. Je ne pollue pas votre eau potable en y déversant mes déjections, les produits dits « d'entretien » que je n'utilise pas et les médicaments que je n'ingère pas. Je ne contamine pas votre terre en y déversant des litres de produits biocides, au contraire, je préserve la vie, je l'encourage, aussi infime et invisible qu'elle soit.

Alors oui, cette pandémie est une expérience terrible et dramatique pour notre humanité, une catastrophe qui va bien au-delà de tout ce que je n'aurais jamais pu imaginer vivre un jour. Cette pandémie m'accable autant qu'elle vous accable, elle me terrifie autant qu'elle vous terrifie. Et plus que cette pandémie encore, c'est notre inconscience en tant qu'humanité qui me terrifie, notre incapacité à voir que nous sommes tous liés. Non, je ne suis pas vaccinée, et après ? Quel poids cela pèse-t-il dans la balance de tous les gestes qui chaque jour courent à notre perte ? Le vaccin vous sauvera peut-être, mais il ne sauvera jamais ce monde que nous souillons sans aucune sorte de considération. Vous ne mourrez peut-être pas du Covid, mais nous mourrons, et nous mourons déjà, nous et nos enfants et les enfants de nos enfants mourrons d'avoir tant manqué de respect à notre propre nature. Nous mourrons d'avoir fait passer le profit avant tout, la croissance à tout prix, nous mourrons sur nos sols empoisonnés de pesticides et épuisés par la monoculture intensive, nous mourrons de l'absence d'arbres dans nos forêts transformées en champs de soja. Nous mourrons de considérer la nature comme un ennemi à abattre, car la nature c'est la vie. La mienne. La vôtre. Celle de nos enfants.

Alors s'il vous plait, ne faites pas de moi une criminelle, une nouvelle ennemie à combattre. S'il vous plait, ne concentrez pas sur moi toute votre haine et votre désespoir. Je ne suis que l'arbre qui cache la forêt, et pendant ce temps, c'est la forêt qu'on continue d'abattre.

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