Zaëlle Noyoub
Poétesse voyageuse
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 oct. 2021

Et dans la vie, tu fais quoi ?

Que répondre à cette question si souvent formulée ? Qu'est-ce qu'elle me demande, en vrai ? Pourquoi le « qu'est-ce que tu fais dans la vie ? » est le plus souvent suivi d'une réponse qui commence par « je suis... » ? Est-ce que je suis ce que je fais ? Ai-je le droit de me définir autrement ?

Zaëlle Noyoub
Poétesse voyageuse
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Moi, je respire.

J'ai longtemps redouté cette question, esquivé habilement son entrée dans les conversations, répondu avec maladresse. Elle me gêne encore, parfois.

Et dans la vie, toi, tu fais quoi ? 

J'ai désormais envie de répondre que moi, dans la vie, je respire. Enfin, j'essaie. Car les occasions de me couper le souffle ne manquent pas. Il suffit que j'épluche les nouvelles le matin, ou que j'oublie trop longtemps d'écouter la forêt.

Dans la vie, je respire. Je souris aussi. Et puis je marche, je dors, je porte partout mon corps qui joue son rôle d'alchimiste à la perfection : je le nourris, il digère, et chaque jour il se transforme, se régénère, vieillit.

Je respire, de ce souffle qui est à la fois l'origine et la manifestation de toute vie.

Je respire au rythme des battements de mon cœur qui se crispe et se dilate, qui se gonfle de sang puis se vide, comme la sève des arbres s'élance au printemps vers les cimes feuillues et retourne à l'automne aux racines. Comme la mailloche d'un tambour qui percute la peau tendue puis s'en éloigne pour faire naître un rythme fait d'ondes et de vibrations.

Je respire. N'est-ce pas assez ? Que voulez-vous que je vous dise ?

Je lis aussi, j'apprends.

Je vis de l'air qui pénètre mes poumons, de la nourriture que j'ingère, de la caresse du vent sur ma peau, de la peau d'un être aimé contre la mienne.

N'est-ce pas cela, le plus important ?

Je vis des sourires que l'on m'offre et des larmes que je reçois en cadeau. Je vis des secrets que l'on ne partage que sur l'oreiller ou autour d'un feu de bois par une nuit d'été. Je vis des confidences et des éclats de rires partagés. Je vis de tout l'amour que l'on m'a donné, que je reçois encore et que j'offre à mon tour.

Je vis sans raison et sans but, simplement parce que ce souffle m'habite. N'est-ce pas suffisant ?

Je vis en me rappelant assez souvent que tout peut s'arrêter à tout instant. Je vis comme j'aimerais mourir : de tout mon enthousiasme, de toute ma gratitude, les yeux pétillants à l'orée de chaque nouveau voyage.

Je profite, oui.

Le travail ne me fait pas envie. Pas au sens où vous l'entendez. Pas pour amasser de l'argent, pas pour avoir l'air important, ni pour le mirage de la sécurité. Nombres de mes choix et de mes orientations ont longtemps été motivées par le besoin de pouvoir sans gêne répondre à vos questions, pour éviter la honte de lire dans vos regards ma condamnation. Fainéants, profiteurs. Vos mots tant de fois entendus et tant redoutés. Parasites, chômeurs. Les mis au rebut de votre société. J'ai investi tant de mon temps, tant de ma vie à faire en sorte que l'on ne puisse surtout pas me les attribuer.

J'ai réussi.

À m'en rendre malade, à m'en étouffer. Pourtant ce qui me faisait envie, à moi, c'était qu'on me laisse respirer. Alors, j'ai accepté d'échouer. De perdre au jeu de la performance, de la course succès. Je respire de toute façon. Alors jusqu'à mon dernier souffle, j'aurai gagné.

Je respire et je vis et je crée.

J'écris.

J'écris et vous me lisez.

J'écris les mots que vous m'insufflez.

J'expire et vous m'inspirez.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, le calvaire des exilés
Dans notre émission ce soir, reportage aux portes de l'Union européenne, où des migrants et des migrantes sont toujours retenus dans des conditions inhumaines. En plateau : Anaïs Vogel, qui a fait cinq semaines de grève de la faim pour dénoncer le traitement des exilés à Calais, et Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS. 
par à l’air libre
Journal — France
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Pour Pécresse et Bertrand, une campagne aux airs de pénitence
Après avoir claqué la porte du parti Les Républicains, ils ont repris leur carte pour obtenir l’investiture présidentielle. Pendant des mois, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont remis les mains dans le cambouis partisan et arpenté les routes de France pour convaincre.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
La beauté fragile d'un combat
« Nous ne combattons pas le réchauffement climatique, nous nous battons pour que le scénario ne soit pas mortel. » Parfois, par la grâce du documentaire, un film trouve le chemin de l’unisson entre éthique et esthétique. C’est ainsi qu’il faut saluer « L’hypothèse de Zimov  », western climatique, du cinéaste Denis Sneguirev, à voir absolument sur Arte.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
La nullité pollue
Il y a peu, vautré devant un énième naufrage filmique d’une plateforme de streaming, j'ai réalisé que ces plateformes avaient entrainé une multiplication délirante des navets qui tachent à gros budget. Fort bien. Mais quand va-t-on enfin parler de l’empreinte écologique démente de ce cinéma, cet impensé dont on ne parle jamais ? Ne peut-on imaginer des films plus sobres -tels ceux de Carpenter ?
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
Get Back !!!
Huit heures de documentaire sur les Beatles enregistrant « Let it Be », leur douzième et dernier album avant séparation, peuvent sembler excessives, même montées par Peter Jackson, mais il est absolument passionnant de voir le travail à l'œuvre, un « work in progress » exceptionnel où la personnalité de chacun des quatre musiciens apparaît au fil des jours...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
Les Œillades d'Albi : « Retour à Reims (fragments) » de Jean-Gabriel Périot
Autour de l’adaptation du livre autobiographique du sociologue Didier Éribon « Retour à Reims », Jean-Gabriel Périot avec l’appui de nombreuses archives audiovisuelles retrace l’histoire de la classe ouvrière de 1950 à nos jours.
par Cédric Lépine