Madvillainy, l'album mythique du 21e siécle.

je raconte pourquoi l'album est encore, aujourd'hui, une oeuvre culte de l'univers hip-hop mais plus largement de la musique.

Pourquoi Madvillainy est l’un des plus grand classiques du hip-hop.

 

Il y a ceux qui court derrière les platines et d’autres derrière les classiques comme diraient le rappeur Alpha Wann dans le morceau Stupéfiant et noir. Avec la pauvre 179e place au Top billboard 200, l’album Madvillainy du groupe Madvillain n’a pas eu la chance de toucher la certification tant convoitée. Mais cet échec commercial attendu, de par le projet underground destiné à un public averti, hérita à la place d’une certification plus rare encore, celle d’album culte.

Retour sur cet album mythique du rappeur préféré des rappeurs MF DOOM et de Madlib le producteur à la science musicale ultime.

 

 

« Il n’y a que deux personnes avec qui je rêverais de collaborer, J Dilla et MF DOOM. » Madlib au Los Angeles Times en 2001.

Un an après ça déclaration, on peut dire que son veut a été exaucé mais surtout qu’il voyait juste sur les promesses d’une collabortion entre lui, Otis Jackson, alias Quasimoto et Daniel Dumile, alias le « Villain », MF DOOM.

Avec une pochette emblématique photographiant la célèbre « métal face », symbole du antihéros du hip-hop, MF DOOM, l’album apparaît au grand public en 2004 après la fuite de sa version bêta, 2 ans auparavant.

La réunion arrangée par le label Stones Throw, des deux légendes du hip-hop était écrite, et malgré la frustration occasionnée par la perte de leur démo, les Madvillains, conscients du potentiel de leur projet, retournent au studio après une interruption d’une année où chacun travaillait sur des projets solos.

«Nous avons à peine parlé vraiment. C’était plus par télépathie. Nous avons parlé à travers la musique » renseigne MF DOOM sur la tenue des session de studio qui eurent lieu dans un ancien boumker à Los Angeles. Un type de collaboration étrange rendu possible par les symbiose presque mystique, comme Madlib déclara en 2019 dans le journal « le Monde », que seul son frère Oh No, Freddie Gibbs et MF DOOM pouvaient rapper sur ses productions qu’il confesse être complexe à aborder.

Suite à des modifications de prods et des sessions de réenregistrements, la première version, qui après les fuites avait déjà séduite la scène underground du hip-hop américain et orchestrée une attente insoutenable quant à sa sortie officielle, arrive à terme sous sa version finale, les deux vilains de l’industrie lâchent leur bombe « Madvillainy. » L’histoire du hip-hop s’en retrouvera à jamais changer.

 

Un album en avance sur son temps

Le projet, composé de 22 titres produit par Madlib, à l’exception « d’Illest Villain » composé par le duo, explose les codes du hip-hop mainstream de l’époque. Dans la forme l’album pourrait s’apparenter à d’actuels projets comme le dernier album de Niro, « Sale Môme », une succession de morceaux courts, allant rarement au-delà de 3min 30, et dont l’intégraliténe dépasse pas l’heure d’écoute. Mais en 2004 c’est encore une autre histoire, la majeure partie des albums offrent une durée totale d’écoute dépassant largement une heure et affichent souvent de longues tracks de plus 5 min. Autre entorse aux codes hip-hop que se permet le duo, celle de ne proposer aucun refrain. Cette spécificité, le rappeur de Detroit, Danny Brown l’a parfaitement relevé lorsqu’il déclare sur Madvillainy « il m’a montré que la musique n’avait pas de règles », faisant référence à l’absence de refrains, de hooks – phrases d’accroches – mais aussi des classiques 16 mesures, structure élémentaire d’une track. Pas de featuring avec les grosses têtes d’affiches dans l’album également, seul quelques invités comme WildChild, MED membres du label, Stones Throws Records, dans lequel le groupe Madvillain a signé l’album mais aussi la chanteuse Stacy Epps qui prête sa voix sur l’instrumentale de Madlib, « Eye », ont la chance d’intervenir dans le disque culte.Pour le journaliste spécialisé de LA Times Jeff Weiss, aucun autres album rap n’existe dans la même constellation que Madvillainy, par toutes ces particularités que possède le projet mais pour l’expérience musicale qu’il propose.

 

Par les samplings ultra divers de Madlib, touchant au genre jazz, samba brésilienne, funk, films, musiques de niches mais aussi par l’univers lyrical décalé et les rimes imparables d’MF DOOM, l’album étend son horizon musical pour conquérir une légitimé dans le monde la musique en général jusqu’à taper dans l’oreille du chanteur du groupe de rock Radiohead, Tom York,qui classe le disque parmi ses albums préférés dans le média britannique Gigwise.

 

 

Si l’album ne donne pas à entendre des tubes à la Without Me ou Still Dre, cela vient de la volonté du groupe de proposer un album concept où les tracks offrent des couleurs différentes proposant un condensé d’univers et d’imageries multiples portés par les sonorités et les textes d’une richesse remarquable, sur l’ensemble du projet.

Chaque track devient le morceau d’un puzzle de 22 pièces que livre le kaléidoscope musical Madvillainy. Avec le bleu accordé au spleen dans le titre Accordion où la prod se compose d’une boucle minimaliste et hypnotique issue d’un sample d’accordéon aux sonorités mélancoliques couplées à une sorte de comptine récitée, aux rimes subtiles et percutantes, du MC. Le rouge vif du danger avec Shadow of Tomorow qui laisse entendre un sample de musique hindoue converti par Madlib en production futuriste au rythme effréné qui livre expérience angoissante accentuée par le texte, espèce d’essai philosophique en vers sur le temps qui passe, spécialement écrit par Madlib. Le mélange de couleurs psychédéliques avec Rainbows dans lequel MF DOOM compte les effets de la drogue d’une voix distordante, en chantant façon soprano, ou encore le gris froid du morceau Figaro où sur une prod lancinante et percutante DOOM lance même quelques rimes en poussant la voix façon opéra. À l’issue des 46 min d’écoute, l’expérience auditive est incomparable.

 

Avec les productions minimalistes tendant vers des sonorités expérimentales ainsi la profondeur et la complexité des lyrics piquantes, l’album du groupe Madvillain voit ses chances de succès populaires nulles, mais le succès critique de l’album rétablit la balance face aux chiffres de ventes loin de concurrencer les scores d’un Encore d’Eminem lors de la même époque. La presse spécialisée est unanime, la décennie vient de connaître l’un des plus gros chefs-d’œuvre musicaux. L’enthousiasme face au projet gagne même des médias comme le New York Times, le Washington Post ou encore le New Yorker qui ont dédié des articles à l’album sur leurs pages.

Le média américain Hip-Hop Golden Age, place Madvillainy au sommet du classement des meilleurs albums hip-hop de la décennie ( 2000-2010) et trouve sa place dans le top 10 des meilleurs albums rap de tous les temps.

 

Héritage.

Si les rimes incomparables de MF DOOM ont retourné la scène rap actuel de Drake à Mos Def en passant par Tyler the Creator, c’est sûrement dans la collaboration avec Madlib que le rappeur a laissé une marque indélébile dans l’histoire du hip-hop. Le membre du collectif Odd Future, Earl Sweatshirt lui n’hésite pas à comparerl’influence de Madvillainy dans la nouvelle génération rap à celle du disque culte Enter to the Wu Tang 36 chambers du légendaire collectif du Staten Island prés de 25 ans auparavant.

L’influence est si importante que plus de dix ans après l’album, Freddie Gibbs au micro de l’animateur de la radio hot 97, Rosenberg, déclare lors de sa collaboration avec Madlib sur l’album Bandana « je peux mieux rapper que DOOM, mais est-ce que je peux faire un meilleur album que Madvillainy ? C’était mon objectif. »

 

Madvillainy fut l’album qui fit collaborer deux légendes de la musique au point d’orgue de leur carrière. Les Madvillain exposèrent leur vision de la musique en signant l’une des plus riches œuvres d’art du siècle, réaffirmant la place élémentaire du milieu underground dans la culture hip-hop. Aujourd’hui encore le monde du hip-hop continu de ressentir les vibrations du séisme dû à l’impact de l’album lors de sa sortie en 2004.

 

 

 

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