La musique de Barry White par les samples

Dans cet article voyons comment la musique du culte Barry White a su influencer les générations hip-hop.

Barry White dans le hip-hop.

 

Le chanteur Barry White est un chanteur iconique de la soul et de la disco des années 70. Mais résumer son héritage à sa voix suave serait injuste tant son travail de producteur et de compositeur fut important dans le monde de la musique. Et pour cause de nombreux morceaux mythiques du chanteur ont été samplé par les plus grands producteurs du hip-hop, de RZA à J Cole en passant par EPMD. Même le groupe frenchi Daft Punk s’est approprié les sonorités uniques de la musique de Barry White. Aujourd’hui à partir des samples nous allons voir quel est la touche Barry White et comment a-t-elle influencé le hip-hop.

 

‘‘I’m gonna love you just a little more baby’’, la richesse instrumentale du producteur.

Le single du premier album solo de Barry White « I’ve got so much to give » marque le départ d’un succès que connaîtra la star américaine durant les années 70. Au départ la production du morceau se structure avec un long prélude instrumental couplé à Barry White. Le morceau commence par afficher un rythme d’enfer avec un break de batterie furieux et une mélodie au piano qui monte crescendo, jusqu’à l’arrivée de la voix de Barry White dans le track.

Le morceau est un tube, dès sa sortit il devient son premier hit, numéro 1 au Billboard R&B et 3e au Billboard Pop durant 40 semaines. À l’écoute on reconnaît d’emblée la touche sonore que revendiquera le producteur, une musique orchestrale riche.

 

La richesse de la production.

La composition offre une richesse musicale particulière au travail de Barry White et a été samplé plus de 200 fois. Dans le morceau, ‘‘I’m gonna love you just a little baby’’, il y a tout, un break de batterie, des accords de piano, du clavecin, du violon, de la guitare, du synthé. C’est un véritable coffre à trésor. Le producteur américain dévoile dans son premier album qu’il possède la science de l’instrument. Il crée des compositions orchestrales qui donne une dimension magistrale à ses productions en mélangeant des instruments et en veillant à garder la pureté de chacun. Ce goût pour l’instrumental lui vient de sa jeunesse où très tôt, le jeune Barry Eugene Carter baigne dans les références classiques comme Beethoven ou Mozart par l’éducation de sa mère qui était professeur de piano. Barry White grandit dans la musique, il chante à la chorale de l’église du quartier, lorsqu’il arrive à Hoolywood pour se lancer dans la musique, il s’exerce à la batterie dans les théâtres de la ville avant de se lancer dans la production de disque au label Mustang Record. Une expérience riche qu’il le conduira à proposer, dès ses débuts, des morceaux de qualité avec fantastique gestion des instruments dans ses productions.

La richesse musicale qu’offre le single de son premier album se trouvera être le terrain de jeu rêvé pour les producteurs à la recherche du sample parfait. Que se soit le break de batterie mythique sur lequel la chanson démarre, samplé par les Daft Punk sur leur tube électro ‘‘Da Funk’’ en 1997 et Nas dans le classique hip-hop ‘‘One Mic’’ en 2001 ou les notes mélancoliques du thème au piano samplé par le groupe Baby Bash dans le hit R&B, ‘‘Suga Suga’’ en 2003, le morceau de Barry White voyage à travers toutes les époques et dans tous les genres.

 

‘‘Mellow Mood pt1’’, la science de l’atmosphère et du mood du morceau.

Ce morceau figure à la piste 1 de l’un des plus gros succès de l’artiste Barry White « Can’t get enough. » L’album est un disque culte, ilse classe très vite numéro 1 dès sa sortie en 1974au Billobard RnB et aux Billboard Pop U.S avec les tubes les plus emblématiques de la carrière du producteur ‘‘Can’t get enought of your love’’ ou encore ‘‘My first, my last, my everything’’. La composition de l’intro, ‘‘Mellow mood pt1’’,démarre sobrement sur un tempo lent et un thème au violon. Dans cette musique on retrouve une particularité de la musique de Barry White, la science du mood. À ce registre, le producteur de L.A se démarque par son langage musical accru. Le biographe Mark Eliot, après avoir suivi l’artiste américain pour son autobiographie, déclare sur le chanteur,« il avait trouvé un moyen de s’exprimer dans la musique de l’église. » Dès son plus jeune âge la musique occupe une place importante dans son être, mais plus encore il noue une véritable connexion avec cette dernière. Ce langage qu’il noue avec la musique trouve un exemple parfait avec Mellow Mood pt1 dans laquelle l’artiste fait ressentir des émotions comme la tragédie, la mélancolie avec quelques notes de violon avant de basculer vers le sentiment d’espoir en ajoutant d’autres violons jouant un son plus fort et de la trompette qui donnent un regain de force au morceau. L’émotion change, on passe de la mélancolie au triomphe.

Dans le même cas on retrouve l’exemple du ‘‘Love’s Theme’’, numéro 1 au Billboard Pop U.S. Barry White propose littéralement, le thème musical de l’amour, sans mots, rien qu’avec la musique orchestrale. 100 % instrumental, le morceau utilise d’autres accords et d’autres motifs pour exprimer, non plus la tragédie, mais pour célébrer l’amour de manière épique. Ainsi une autre atmosphère habite le morceau, une sensation de joie et de douceur est communiqué à l’auditeur. Cette expérience de l’émotion, de mood dans sa musique, il la réitéra à toute au long de sa carrière, ‘‘Never Gonna Give You Up’’, morceau qui transpire le désir et la sensualité, ‘‘Let the music play’’, la passion furieuse pour la musique.

‘‘Mellow Mood pt1’’ va inspirer la musique de nombreux rappeurs des États-Unis, comme J Cole. Dans le morceau ‘‘the good son pt 1’’, il évoque sa vie difficile et tragique dans les quartiers sur la production originale de Barry White. Le morceau du producteur de L.A à l’ambiance pesante offre l’émotion parfaite pour accueillir le texte dur et introspectif du rappeur originaire d’Allemagne. Dans le morceau ‘‘North Star (jewels)’’, le célèbre producteur du Wu Tang, RZA, reprend le morceau de Barry White, en gardant la structure originale pour conserver l’aspect tragique original de ‘‘Mellow Mood’’. La prod de RZA clôture de manière épique l’album culte du rappeur Raekwon, « Only 4 cuban linx. » Elle conserve le mood du morceau de Barry White de la manière la plus pure pour garder l’atmosphère spécifique du morceau. La sonorité parfaite pour conclure album hardore, qui traite des guerres de gangs et de la violence, sur un dialogue entre Raekwon et Popa Wu sur la dureté de la vie tragiquement illustrée par la dernière phrase du morceau « car aucun homme n’est bon et mauvais à la fois. Soit il est bon, soit il est mauvais. » Ici le thème du violon de la première partie de ‘‘Mellow Mood pt 1’’, se répète en boucle et les notes positives de la trompette n’apparaissent pas. Un choix qui exprime la volonté de garder une ambiance dure et tragique conçue par Barry White.

 

Midnight Grove la science du thème musical.

Quittons le registre de la mélancolie pour voir le talent de Barry White s’étendre vers une autre aspect que l’on a déjà abordé, le thème musical. Dans le morceau ‘‘Midnight Grove’’ de l’album « Music Maestro Please » paru en 1975 avec son groupe le Love unlimited orchestra, le producteur américain offre une composition instrumentale magistrale mais pourtant peu reconnu. On y trouve un thème musical, un principe musical récurrent pour Barry White. Le thème, dans la musique, est un élément qui caractérise une mélodie ou un enchaînement d’accord qui forme « un motif musical. » Ce dernier revient plusieurs fois dans le morceau, souvent sous différentes formes (sous un autre instrument, ou modifié), mais gardant la même racine musicale cela afin de l’identifier facilement dans le morceau. L’exemple le plus limpide du thème musical se retrouve dans la 5e symphonie de Beethoven avec son célèbre « dadada daaaa. » Barry White exploite cet élément de la composition comme dans Midnight Groove. Le thème est donc joué de plusieurs manières différentes avec des instruments divers. Objectif ; embellir son thème afin de proposer une musique variée.

Le groupe Flipmode Squate, composé de Busta Rymes et Noriega, entre autres, va sampler le thème modifié de la deuxième partie du morceau sur leur plus gros succès ‘‘Cha Cha Cha’’. Le thème de Barry White est rejoué en boucle sur l’intégralité du hit sur lequel le collectif de Busta Rhymes pose. Ce choix de production va être le même pour EPMD le groupe de Brentwood dans leur morceau ‘‘Last Man Stading’’. PMD, producteuret membre du groupe qu’il compose avec Erik Sermon samplelui aussi le motif du morceau mais opte pour le thème premier qu’on l’on entend dès le départ, le plus pur.

Ici les deux productions hip-hop s’accaparent du thème intégral, sans piocher un élément spécifique du motif, il rejoue le sample en boucle, à la façon d’un classique boom bap hip-hop.

 

La touche Barry White tient un grand héritage dans la musique par ses productions et sa voix si particulière. Un des exemples les plus éloquents serait de dire que l’artiste phare de la blaxploitation américaine a vendu plus de 100 millions d’albums dans le monde avec 20 disques d’or et 10 de platine. Mais son succès ne s’arrête pas aux ventes puisque ses projets ont été samplés plus 1000 fois. Que se soit dans l’électro, le RNB mais surtout dans le hip-hop, la musique du chef d’orchestre issu des bas-fonds des quartiers pauvres de L.A a inspiré des générations.

 

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