Le philosophie Modi au Jammu et Cachemir.

dans cet article j'explique comment la philosophie nationaliste et conservatrice du premier ministre Nerendra Modi a conduit à la révocation du statut d'indépendance du Cachemir.

Le Jammu-et-Cachemir, dernier rempart à l’idéologie et au nationalisme de Modi en Inde.

 

En août 2019, le gouvernement du Premier ministre Modi met fin au statut d’indépendance du l’état indien, le Jammu-et-Cachemire, que lui octroyait la constitution indienne. Les articles 370 et 35 A, qui venaient donner des droits territoriaux et parlementaires à la population de la région se sont vus révoqués. La nouvelle fit l’effet d’un twiste politique et provoqua l’indignation chez les Cachemiris qui ne voient dans la mesure, qu’un moyen d’accentuer la colonisation qu’ils ressentent depuis plusieurs décennies. Pour contrôler la région en proie à un fort mouvement d’insurrection, l’Inde renfloua davantage son armée présente sur le territoire pour avoisiner, ces derniers mois, à un total de 700 000 soldats.

Mais quel enjeu vient forcer le Premier ministre à déployer un tel effectif au Jammu-et-Cachemir et à révoquer des articles constitutionnels vieux de 70 ans ? Si la richesse en eau et minerais fait du territoire une des régions une les plus convoités d’Asie, pour le gouvernement indien, le Cachemire, par sa forte communauté musulmane, bloque les ambitions idéologies de l’hindutva de Nerandra Modi. L’Inde pour les hindous.

 

Une gestion politique selon la doctrine « hindutva ».

L’acquisition du Jammu-et-Cachemir, est le résultat d’un processus d’expansion et d’affirmation idéologique, véritable leitmotiv de la politique du Premier ministre Modi.

Ce dernier ne cache pas son désir de voir une Inde unifié sous le culte et les valeurs d’une même religion, l’hindouisme. Une branche identitaire, belliqueuse et violente, Modi se revendique de l’hindutva, qui prône la souveraineté exclusive des hindous, dans leur pays. Cette philosophie est le cheval de bataille du parti politique qu’a endossé Modi, le BJP, qui revendique clairement sa filiation à l’idéologie extrémiste de droite.

L’auteur du livre « L’Inde selon Modi », Shashi Tharoor définit la vision de l’hindoutva, « pour les hindutvavdis – les adhérents de l’idéologie – la culture nationale indienne est la culture religieuse hindoue et le nationalisme culturel recouvre l’Inde plurielle d’un manteau identitaire hindou. » Ainsi le projet politique séculier et démocratique fondé sur le respect des minorités, de leurs cultes et leurs cultures ne semble pas trouver sa place pour les hindutvavdis. Toujours selon le député indien Shashi Tharoor « la conception du nationalisme de l’hindutva est fondée sur la primauté de la culture sur le politique. » En tant qu’État indien, le Jammu-et-Cachemir et sa communauté musulmane font les frais de cette vision identitaire.

Ce rejet de la vision originelle plurielle de l’Inde se développe par la propagation de l’hindutva. En changeant des livres d’histoire, proposant des visions partiales des réalités sociales et historiques, le gouvernement cherche à remodeler le pays à l’image de leur idéologie identitaire et nationaliste. Modi, maître en la matière, use de déclarations erronées pour asseoir sa vision de l’Inde.

Par la même manière, Modi choisit ses références politiques sur la base de projet politique similaire. De ce fait la posture hindouiste non violente et tolérante prônée par Gandhi est fortement critiqué par les hindutvadis, à l’image de la déclaration de Sakshi Maharaj, un député du BJP qui déclarait, « l’assassin de Modi est un compatriote nationaliste ».

 

Le BJP, machine d’idéologisation

Modi est le représentant du parti BJP, leader en Inde qui conquit 52 % des sièges de l’assemblée indienne, soit 282 sur les 543 lors des élections de 2014. C’est à la tête du même parti qu’il fut nommé pour la première fois premier ministre en 2014. Le parti suit la vision de Modi sur les questions identitaires et nationales comme avec la loi du 19 décembre 2019, permettant de retirer la nationalité indienne à ceux qui ne seraient pas en mesure de fournir une preuve de leur présence sur le territoire avant le 24 mars 1971, un jour avant l’indépendance du Bangladesh. C’est le « Citizenship Amendment Act ».

C’est lors de cette mesure que le chef du BJP, Amit Shah, est monté au créneau en promettant de débarrasser l’Inde de ses « infiltrés », de ses « termites », un euphémisme pour cibler les sans-papiers musulmans venus du Bangladesh. Résultat des comptes, prés de 2 millions de musulmans indiens risquent de perdre leur nationalité. Le BJP est également mis en cause par l’ancien député indien Shashi Tharoor dans le regain des violences anti-minoritaires. Selon lui « l’accession au pouvoir du BJP et la domination du champ politique par l’hindutva ont libéré des forces qui sont à l’origine de nombreux excès de violence. » Environ 400 meurtres entre 2014 et 2018 lors d’actes anti-minorités et des centaines de blessées, d’humiliées, de déshabillées ainsi que de personnes battues, des violences qui se concentrent dans la région du Cachemire aujourd’hui.

Ce manque de considération pour les minorités, notamment en vers la communauté musulmane indienne, sera vu comme une approche élémentaire dans la politique du gouvernement Modi. Ce dernier n’a pas eu besoin de créer un climat de tension sociétale, il met simplement le doigt sur un interrupteur qui attise davantage les pulsions identitaires et nationalistes de son audience : l’histoire qu’entretien l’Inde avec le règne musulman. Pour affirmer sa conception nationaliste de l’Inde il insiste notamment un fait historique qu’il réfute : les sultans musulmans qui ont gouverné des régions indiennes à travers les siècles sont des étrangers. Selon Hudrey Truschken, professeur d’histoire de l’Asie du Sud et activiste, « l’Inde a subi des défaites dans son histoire face à des conquérants musulmans qui ont affaibli le peuple, des sentiments qui renforcent l’islamophobie moderne. »

Les hindutvadis opèrent un réel repli communautaire, ces derniers semblent de moins en moins être en clin à voir sur leur sol des citoyens vivant avec une autre religion, la mauvaise religion. Cette fermeture d’esprit est parfaitement illustrée par Giriraj Singh, un député du BJP, qui avance dangereusement « ceux qui veulent se mettre en travers du chemin de Modi, le candidat du BJP au poste de premier ministre n’auront bientôt plus leurs places en Inde… parce qu’ils seront au Pakistan. » Le message du gouvernement est passé, la 2e plus grande communauté musulmane mondiale, plus de 180 millions d’indiens musulmans, fera les frais de ce regain vers la droite extrémiste, comme en premier lieu au Cachemir.

 

Le Cachemir, dernier bastion de l’islam.

Le BJP brandit la carte nationaliste sur de nombreuses questions politiques. Notamment sur le cas du Jammu-et-Cachemir qui est la nouvelle cible de l’expansion de l’idéologie hindutva car il demeure, depuis 1950, une région à majorité musulmane.

Le territoire devient très vite une arène de combat entre le Pakistan, revendiquant la région sous prétexte de la présence d’une forte communauté musulmane, et l’Inde qui, malgré le statut d’indépendance octroyé au Jammu-et-Cachemire, investit toujours la région par une forte présence militaire depuis 1989. Un fort élan séparatiste cachemiri en résulte et se traduit par des mouvements politiques d’oppositions et par la prise d’armes contre l’oppresseur menant quelques fois à des attaques et des attentats meurtriers. C’est ainsi, lors d’une allocution télévisée, que Modi justifie la révocation « nous allons débarrasser le Jammu-et-Cachemir du séparatisme et du terrorisme. » Mais Achin Vanaik, activiste, professeur à l’université de New Dehli et auteur de « La montée de l’autoritarisme hindou », n’est pas dupe. Selon lui, les raisons du BJP sont motivées « par une haine fondamentale envers les musulmans et l’islam et par la détermination de réduire les musulmans indiens à des citoyens de seconde classe dans le cadre de sa volonté de créer une nation et un État hindous à tous les noms. »

Quoi qu’il en est, le résultat est le même, et c’est par une forte répression militaire que le gouvernement intervient dans la dernière région indienne musulmane. Objectif officiel : tenter d’endiguer les mouvements séparatistes cachemiris, souvent au moyen d’une violence extrême. Le journal Hindustan Times a publié, en avril 2017, un article de la responsable Asie du Sud à Human Rights Watch, Meenakshi Ganguly, dans lequel elle dénonçait « les soldats déployés au Jammu-et-Cachemire opèrent sous l’immunité prévue par la loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées, largement critiquée. » En effet la forte concentration de militaire sur le Cachemir (jusqu’à 700 000 soldats) donne souvent lieu à des conflits avec la population. Ces derniers peuvent se terminer tragiquement par des meurtres, des viols, des disparitions (plus de 8000 recensés selon une association locale) et, depuis la révocation du statut constitutionnel du Cachemir, à des mesures restrictives comme les couvre-feux ou les coupures internet à l’encontre de la population locale. Des décisions politiques qui ne font que renforcer l’animosité envers l’oppresseur, le gouvernement indien. Le journaliste Kaisar Andrabi constate l’échec de la stratégie aux motivations nationalistes et déclare « la réponse militaire contre la dissidence pour maintenir la paix s’est révélée contre-productive. »

 

Le Cachemire au hindous.

Avec la révocation de l’article 35A de la constitution, datant de 1954, les citoyens indiens n’étant pas résidents cachemiris peuvent désormais acquérir de terres dans la région, ce qui offre un rétropédalage politique dévastateur, si l’on tient compte des raisons qui ont donné lieu à cette mesure. Jawaharlal Nehru, Premier ministre de l’Inde jusqu’en 1964, consentit, par l’article 35A de la constitution, à accorder des privilèges exclusifs à la population locale dans l’emploi, l’immobilier, l’achat de terre ou encore la santé. Ceci afin de garder la région du Jammu-et-Cachemir comme État indien tout en protégeant son statut d’indépendance. Les accords se trouvent rompus par Modi en août 2019, aujourd’hui la gion est en proie à une colonisation de l’extérieur pouvant clairement menacer la souveraineté constitutionnelle dont jouissaient les Cachemiris.

Les dommages collatéraux de cet investissement de la région cachemiri ainsi que les affrontements nombreux se traduisent dans le désespoir de la population, prise en otage par des mesures politiques humiliantes, allant à l’encontre des droits de l’homme. C’est le message qu’envoie Meenakshi Ganguly, début août 2020 « les autorités ont maintenu des restrictions étouffantes qui violent les droits fondamentaux des Cachemiris. »

 

Avec une politique extrémiste comme l’hindutva, l’Inde voit le traitement de ses minorités se détériorer à l’instar de la situation du Cachemir. Mohan Bhagwat chef du RSS, parti de droite connu pour sa violence, pose l’évidence suivante : tous les Indiens sont hindous. L’idéologie de Modi marque un tournant dans l’histoire de la plus grande démocratie du monde. La situation au Jammu-et-Cachemir est à l’image de la politique indienne ayant entrepris le nationalisme comme raison d’État, au détriment des minorités qui, elles, sont tenues en joue par le projet idéologique de l’hindutva, plus résolut que jamais à redéfinir leur Inde selon leurs traits et leurs couleurs.

 

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