L'université de demain

L'université est encore dans le grand flou quant à sa réouverture prochaine début septembre. Le Covid va-t-il marquer de son empreinte la futur organisation des facultés de France? Dans cet article j'explique comment le confinement a libéré une véritable boite de Pandore sur des pratiques d'enseignements numériques. Un modèle pédagogique qui devrait se profiler dans les années à venir.

L’université de demain pour bientôt ?

Les universités françaises ont accusé le coup. Avec la pandémie qu’a connue le monde tout entier ces derniers mois et qui continue à servir, les systèmes économiques mais aussi d’éducations ont dû revoir leurs organisations, en vue de la proclamation du confinement par le président fin mars.

À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle et pour réagir face au contexte inattendu dont ont hérité les facultés, ces dernières ont développé tout un arsenal technologique et humain afin de parachever les cursus entamé par les élèves, à distance.

Pour cela les services d’universités ont adopté des mesures visant à améliorer les transmissions de cours sur des plateformes internet dédiées et privilégier des moyens de communications entre élèves et professeurs comme avec les vidéoconférences. Une nouvelle organisation qui laissera des traces dans les politiques des établissements supérieurs. Le gouvernement impose lors du premier semestre de la rentrée 2020-2021 de maintenir les mesures sanitaires de base lors des quelques cours en présentiel et de coupler la formation avec un enseignement à distance. Ainsi l’année 2020 pourrait se terminer en décembre prochain et accompagner avec elle, la fin du modèle universitaire actuel en amorçant l’avènement d’une organisation encore en construction dans l’éducation supérieur « la digitalisation des enseignements ».

 

Le Covid 19 révélateur de méthodes d’enseignements obsolètes ?

Avec la situation exceptionnelle qu’a donné à vivre l’épidémie, des moyens pour pallier au confinement tout en maintenant l’activité pédagogique se sont développés. Ces mutations des voies d’enseignements ont précipité la transition vers le numérique qu’opèrent de nombreuses universités à travers le monde, objectif ; proposer un enseignement plus adapté à nos comportements actuels. C’est en tout cas la pensée avancée par Gilles Babinet, conseiller sur les questions numériques à l’institut Montaigne ainsi que Manon Guyot, chargée d’étude à l’Institut Montaigne « Ces transformations vers les outils digitaux apportent des compétences qui seront utiles au 21e siècle ». Les étudiants, eux, semblent également favorables à ses transformations comme on démontre l’étude datant de 2014 menée par Zogby Analytic qui, selon une enqte auprès de 21000 étudiants à travers le monde, vient à déclarer que 66 % d’entre eux estiment indispensable de numériser les établissements d’enseignement supérieur.

Viens, malgré cette volonté de proposer une pédagogie en lien avec notre époque et relative aux enjeux du siècle, se poser la questionnement sur la possible efficacité d’un tel enseignement. Un début de réponse sera proposé par le Ministère de l’Éducation National Américain qui a réalisé une étude sur le blended-learning, une méthode alliant les cours en classe et en ligne. Cette étude montre que les étudiants suivant des cours en ligne ont des meilleurs résultats que ceux qui suivent des cours en classes. Ceux qui mixent les deux types de cours ont, quant à eux, de meilleurs résultats que les premiers.

 

Les acteurs de la numérisation investissent le chantier de l’enseignement supérieur.

La fac voit donc, dans le contexte actuel, la possibilité de s’imposer une transition vers le médium numérique. Une transition déjà amorcée par de nombreuses grandes écoles, ou facultés françaises avec l’aide d’entreprises spécialisées émergentes comme UBICAST. En effet le chantier qu’offre la mise en place d’un enseignement à distance via internet de qualité incite les industriels à se positionner sur ce grand marché émergeant et toujours en construction. La société UBICAST se spécialise dans l’offre numérique d’enseignement et travail avec une action sur plus de 90 universités à travers le monde. « Le challenge a été de permettre une automatisation des moyens de captations et diffusions de vidéos pour simplifier la vie de ses utilisateurs » déclare le PDG d’UBICAST Jean-Marie Cognet.

Ces interventions d’entreprises privées, de start-up sont inévitables pour assurer un fonctionnement optimal des contenus. En vue des nouveaux enjeux qu’offre à voir la numérisation de l’enseignement, Marie Christine Levet, co-directrice d’Educapital un fond d’investissements dédié au soutien financier des entreprises spécialisées dans l’éducation et la formation, alerte dans le journal l’étudiant « Il faut une coopération très forte entre les acteurs du privé et du public. L’acteur public seul ne pourra pas innover ». En effet toutes ses améliorations des systèmes éducatifs, des « EdTech », nécessitent un ct important. Tout cela aux comptes des différentes universités.

 

Deux universités pour le prix d’une.

L’hybridation des contenus et la création d’un campus parallèle combinant le physique et le numérique peut répondre aux conséquences du Covid 19, mais certaines universités n’ont pas attendu la pandémie pour inclure le développement de leurs structures numériques au sein de leurs priorités. Plusieurs facultés s’évertuent à hybrider l’enseignement en mettant en place deux campus, un physique et un numérique. Une transition qui témoigne d’une volonté d’actualisation des modèles d’enseignements dans un monde où 58 % des étudiants français ont un smartphone selon l’étude de Zogby Analytic. Un pourcentage qui est constante évolution. Cette hybridation est aussi un moyen de pallier à la saturation des universités à travers le pays.

L’année scolaire 2019-2020 a vu son effectif atteindre 1 674 000 en université, procédant donc à une augmentation d’1,3% par rapport à l’année dernière selon le ministère de l’enseignement supérieur. Une évolution qui témoigne de l’accroissement du nombre d’étudiant chaque année. C’est face à cette contrainte que la vice présidente de la commission formation et vie universitaire à la Sorbonne Marie-Celine Daniel se positionne également sur la réelle nécessité de s’investir vers un enseignement digital « depuis plusieurs années, nous sommes engagées sur les cursus hybrides, étant donné la saturation de nos locaux » un propos recueilli par nos confrères du journal l’Etudiant.

Ainsi, le numérique avec les avantages qu’il offre pourrait bien trouver sa place de plus en plus dans l’ère actuelle et future. Problème, mettre en place des structures capables d’accueillir un campus entier à distance pourrait demander des investissements importants, c’est en tout cas ce que pense Francis Verillaud, conseiller spécial à l’Institut Montaigne « cette évolution requiert un investissement non négligeable dans les systèmes d’information et leurs interconnexions ».

 

Des projets ambitieux mais coûteux

En effet cette évolution ne comprend pas simplement l’investissement dans le numérique, en faisant l’acquisition de plateformes ou d’applications plus ergonomiques, elle doit penser à restructurer tout un modèle d’enseignement en profondeur pour finaliser une transition complète capable de déployer tous ses potentiels comme insiste Gilles Babinet et Manon Guyot « le numérique pour le numérique n’est pas suffisant. Il est important de repenser plus généralement les modes d’apprentissage classiques, pour développer de la pédagogie numérique, offrir des contenus plus dynamiques, tout en renforçant l’accompagnement de l’étudiant, et promouvoir davantage de collaboration entre les élèves ». En effet, si les méthodes de blend-learning et d’e-learning ont la possibilité d’offrir des résultats concluants de par les études consacrées au sujet, opter pour un « campus digital » pourrait annihiler le lien social qui s’opère dans les universités, notamment avec des associations étudiantes.

 

Vers une autonomisation de l’enseignement supérieur

La digitalisation des campus vient précipiter tout un processus d’autonomisation qu’ont opéré les universités depuis de nombreuses reformes allant de ce sens comme la loi Pecresse en 2006. Un modèle de fonctionnement dans lequel la France offre à voir un retard considérable face aux États-Unis ou à l’Angleterre. Cette évolution numérique, selon le rapport de l’Institut Montaigne, participe à rendre la liberté aux universités « l’arrivée du numérique et des bouleversements qu’il induit parachève ainsi le besoin de bâtir une université autonome, lui donnant les moyens de prendre toute sa place localement et d’agir efficacement dans un nouvel écosystème d’alliances globales ». L’université totalement autonome devrait donc pouvoir se profiler davantage dans les années à venir. Un modèle qui offre, malgré tout, des inconvénients comme l’évoque Jean Peeters président de l’université de Bretagne Sud lors d’un colloque sur le thème de l’automatisation des universités. Pour lui l’automatisation peut mener « à une concurrence exacerber entre les établissements publics et aussi entre le public et le privé ». De plus, il existe, selon Peeters, « un risque d’hyper-spécialisation de certains établissements au détriment des missions fondamentales de services publics ». Avec cet éventuel gain d’autonomie les dirigeants d’universités gagneront la liberté de sélectionner leurs candidats ainsi que de privilégier des unités d’enseignements par rapport à d’autres. L’éducation publique ainsi que les valeurs qu’elle véhicule pourra être remise en cause.

 

Une occasion à saisir ?

La numérisation de l’université met l’eau à la bouche de nombreux investisseurs ayant l’intention de s’établir sur le marché ouvert qu’offre l’enseignement supérieur. Néanmoins de nombreux éléments peuvent limiter l’enthousiasme auquel ce bouleversement pédagogique et institutionnel donne lieu. Francis Verillaud répertorie les nombreuses raisons qui peuvent conduire des étudiants à abandonner leurs études en cours de cursus. Ces derniers sont nommés « les empêchés ».

-Les étudiants ayant par leurs positions géographiques de faibles connexions ( les zones blanches).

-Les étudiants ayant des finances insuffisantes afin de maintenir la connexion de manière durable et convenable.

-Les étudiants empêchés physiquement pour des raisons de maladie et de contraintes familiales

-Les étudiants ayant l’obligation de travailler afin de subvenir à leurs besoins.

Ainsi parmi ces causes, la connexion internet apparaît comme contraignante pour la réussite des élèves, certaines causes d’abandons reviendront donc sur la table si la numérisation voit le jour de manière définitive, du moins si les contraintes avancées par Francis Verillaud ne seront pas traitées.

De plus, afin de manipuler correctement ses nouveaux outils mis à disposition, les enseignants devront, pour certain, faire une formation spécifique qui engendrera un coût supplémentaire pour les facultés en plus du coût important qui devra être débloqué pour s’offrir les meilleurs outils pédagogiques. Ces nouvelles offres numériques peuvent effectivement correspondre aux attentes de nombreux étudiants mais quelle place laissera-t-elle aux professeurs ? Pour Franck Lepage, un militant de l’éducation populaire « tous les enseignants se transforment en accompagnant de contenu de formation ».

Par ailleurs l’automatisation favorise la concurrence entre les facultés et est fortement critiquée par de nombreux enseignants. Qui plus est, le budget universités voient déjà rouge, venir ajouter un investissement de grande ampleur pourrait s’avérer difficile.

Le numérique offre des perspectives intéressantes pour les universités, permettant de pallier à de nombreux problèmes structuraux et rendant l’acquisition de savoir plus performante, accessible, à la page de nos modes de vie actuels. Les facultés semblent se préparer pour leur métamorphose et s’ouvrir sur de nouvelles perspectives mais espérons que tous les étudiants et enseignants puissent profiter de ses avantages.

 

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