Il nous faut construire un monde entièrement autre !

Il nous faut construire un monde entièrement autre - un monde différent du monde actuel avec ses conflits, ses manies, sa concurrence, sa brutalité, sa violence, son absence de tout scrupule.

Il est aisé de voir que les idéologies jouent un rôle immense dans la vie de l’homme, et cela dans le monde entier.

Ces idéologies contribuent à établir des divisions parmi les humains, favorisant la formation de groupes - démocrate ou républicain, la gauche ou la droite et ainsi de suite -, elles élèvent des murailles entre les gens et de par leur nature même ces idéologies deviennent des « autorités ».

Ceux qui prennent le pouvoir grâce à elles tyrannisent les autres soit démocratiquement, soit avec un total manque de scrupule ; tout cela est à observer dans le monde entier.

Les idéologies, les principes et les croyances ne se contentent pas de répartir les hommes en groupes, mais ils empêchent véritablement la coopération ; et c’est pourtant de cela que nous avons besoin ici-bas, de coopérer, de travailler ensemble, d’agir ensemble - et non pas de vous voir agir d’une façon parce que appartenant à un groupe, tandis que moi, j’agis différemment, parce que appartenant à un autre.

La division se produit inévitablement dès l’instant où vous vous abandonnez à une idéologie particulière - que ce soit celle du communiste, du socialiste, du capitaliste, et ainsi de suite.

Quelle que soit cette idéologie, par force elle sépare et engendre des conflits.

Nous désespérons de comprendre les vastes problèmes du monde.

Nous ne voyons pas qu’il ne s’agit pas d’un problème de masse, mais d’un problème d’éveil de l’individu au monde dans lequel il vit, et de la résolution des problèmes de son univers, aussi limité soit-il. La masse est une abstraction qu’exploitent les hommes politiques, ceux qui ont une idéologie. En vérité, la masse c’est vous, c’est moi, c’est l’autre.

Lorsque vous et moi et l’autre sommes hypnotisés par une idéologie, nous devenons la masse, qui demeure une abstraction, car le mot est une abstraction. L’action de masse est une illusion. Cette action est en réalité l’idée que nous nous faisons de l’action de quelques-uns, et que nous acceptons dans notre confusion et notre désespoir.

C’est à partir de notre confusion, de notre désespoir, que nous choisissons nos guides, qu’ils soient politiques ou religieux.

Ils seront inévitablement, par suite de notre choix, la proie à la confusion et du désespoir. Ils peuvent paraître sûr d’eux et omniscients, mais en vérité, comme ce sont des guides de ceux qui sont désorientés, ils doivent l’être tout autant, sous peine de ne plus être leurs guides. Dans le monde où dirigeants et dirigés sont désorientés, on ne fait, en suivant un modèle ou une idéologie, consciemment ou inconsciemment que faire naître d’autres conflits et d’autres détresses.

La responsabilité de chacun est d’opérer un changement radical en soi et d'agir de façon collective

 

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La responsabilité de chacun est d’opérer un changement radical en soi


"Question : Comment pouvons-nous prendre la responsabilité de ce qui se passe dans le monde tout en continuant de fonctionner dans notre vie quotidienne ? Comment agir correctement en ce qui concerne la violence et quand on y est confronté ?

Y a-t-il une différence entre ce qui arrive dans le monde extérieur et ce qui se passe à l’intérieur de nous ? Il y a, dans le monde, de la violence, une effervescence extraordinaire, une crise après l’autre. Il y a des guerres, des divisions entre nationalités, des différences religieuses, raciales et communautaires, un ensemble de concepts systématisés se dressant contre un autre. Est-ce différent de ce qui se passe à l’intérieur de nous-mêmes ?
Nous aussi sommes violents, nous aussi sommes pleins de vanité, terriblement malhonnêtes, portant des masques différents selon l’occasion. Il s’agit donc d’un mouvement analogue à la marée montante et descendante. C’est nous, êtres humains, qui avons créé ce qui se passe au dehors, et changer cela est impossible si nous ne changeons pas nous-mêmes en tant qu’êtres humains.
C’est là qu’est la racine du mal. Nous voulons faire quelque chose dans le monde, avoir de meilleures institutions, de meilleurs gouvernements, etc., mais jamais nous n’admettons que nous avons créé ce monde tel qu’il est. Si nous ne changeons pas, il ne pourra changer. Après avoir vécu des millions d’années, nous sommes exactement les mêmes.

Nous n’avons pas fondamentalement changé et nous continuons à ravager le monde. Le fait est que nous sommes le monde, non en tant qu’idée, mais en tant que réalité. Voyez-vous la différence entre l’idée et la réalité ? Nous avons entendu dire que nous sommes le monde et nous en avons fait une idée, une abstraction. Puis nous nous mettons à discuter cette idée pour savoir si elle est vraie ou fausse, et nous la perdons de vue.
Mais le fait est que nous sommes le monde ; c’est ainsi. Donc, nous portons la responsabilité de changer le monde. Cela veut dire que nous portons la pleine responsabilité de notre façon de vivre tous les jours. II ne s’agit pas d’essayer de modifier le chaos existant, de l’embellir, de faire partie d’un groupe ou d’un autre, ou de quelque institution ; en tant qu’être humain qui est le monde, il s’agit de subir soi-même une transformation radicale ; sans cela, il ne peut y avoir de bonne société. La plupart d’entre nous trouvons le changement difficile, par exemple : ne plus fumer. Il y a des institutions qui vous aident à ne plus fumer ! Voyez comme on en dépend.

Peut-on découvrir pourquoi on ne change pas, pourquoi, si on voit le mal - le « mal » entre guillemets - on n’y met pas fin immédiatement ? Est-ce parce qu’on espère qu’il se trouvera quelqu’un d’autre pour mettre de l’ordre dans le monde et qu’on n’aura plus qu’à s’y glisser ? Est-ce parce que nous sommes indolents, psychologiquement paresseux, inefficaces ? Que d’années on passe à acquérir certaines techniques, à terminer ses études secondaires, supérieures, l’université, à devenir docteur, cependant, on ne veut pas consacrer une journée à effectuer un changement en soi-même.

Donc, la responsabilité de chacun est d’opérer un changement radical en soi, parce qu’on est le reste de l’humanité.

 

 

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