Le capitalisme est-il compatible avec la santé publique ?

Où il devient évident que l'intérêt collectif et l'intérêt des actionnaires ne se rejoignent pas.

Une plante a été trouvée efficace contre Alzheimer. La méthode utilisée pour cette découverte va à l'encontre du paradigme habituel de découverte de médicament qui combine la microbiologie, la chimie combinatoire et le criblage à haut débit (100 000 à 1 000 000 de molécules testées en parallèle).

L'ancienne méthode, le screening phénotypique, consistait à tester l'action de molécules sur des caractéristiques observables de la maladie. Elle est tombée en désuétude avec l'industrie pharmaceutique.

... A rapprocher de la méthode chinoise de recherche rapide d'un principe actif contre la COVID, par screening de molécules connues : pour identifier l'hydroxychloroquine, l'observable était la durée d'élimination du virus dans le sang. C'est la méthode reprise par Raoult pour choisir sa bithérapie. Une méthode vieille comme le monde, mais améliorée par les capacités d'analyse modernes, aussi bien en qualité (ex. taux de virus dans le santé) qu'en quantité (nombre d'échantillons analysés en parallèle qui peut aller jusqu'à un million).

Cette méthode consiste donc à trouver des principes actifs sans se limiter à l'action sur quelques mécanismes fondamentaux identifiés à grand peine par la recherche publique.

On sait que la recherche fondamentale est généralement menée par les organismes publics ou subventionnés, tandis que la recherche de traitements, forcément à base de molécules nouvelles pour pouvoir breveter, est menée par les laboratoires pharmaceutiques.

Cette division du travail localise les profits du médicament dans les laboratoires pharmaceutiques, par le biais des brevets , tandis que les découvertes de la recherche fondamentale, non brevetables, sont financées par la collectivité publique.

Voici un nouvel exemple de l'inadaptation du modèle capitaliste à la santé. Raoult en avait explicité un autre : le mépris des laboratoires et de leurs actionnaires pour les molécules anciennes, non brevetables, pour traiter les maladies nouvelles.

On comprend que le capitalisme dans la recherche de médicaments devrait être régulé par des autorités supérieures, capables de détruire les profits exorbitants des multinationales lorsqu'ils ne sont pas compatibles avec la santé publique.

Or le capitalisme semble plutôt vouloir s'emparer à sa guise de tous les domaines, y compris l'Etat, plutôt qu'envisager un nécessaire contrôle.

C'est devenu, avec la pollution et la natalité incontrôlée, l'un des principaux problèmes de notre époque.

L'intérêt collectif peut-il encore exister face à l'intérêt des actionnaires ? Ne devons-nous pas le faire exister à nouveau ?

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