Sous le réel

Le Monde avait proposé à Christine Angot de chroniquer le dernier livre ‘’Soumission’’ de Michel Houellebecq. Dans un premier temps, elle avait refusé. Puis, étant donné la concomitance de l’assassinat perpétré à Charlie Hebdo et la promotion du livre, elle a écrit un texte magnifique (Le Monde du 16 janvier 2015).

J’ai souvent moi-même (avec mes mots) dit combien le réel – et donc le cinéma documentaire auquel je m’intéresse, que je pratique (mot religieux ?) – était incandescent. Que le réel, pour qu’il soit vu, appréhendé dans sa complexité, pas nécessairement compris, était indispensable à nos sociétés.

Je sais très bien qu’en tirant des extraits de ce texte de Christine Angot, je vais dans un sens que l’auteur n’approuverait peut-être pas. Mais tant de pensée circule dans ce texte que je m’y autorise. Et c’est aussi pour expliquer en quoi le réel est insondablement complexe, mais le début de la richesse de la pensée.

  1. « Il (Houellebecq) ne s’intéresse pas au réel, qui est caché, invisible, enfoui, mais à la réalité visible, qu’il interprète, en fonction de sa mélancolie et en faisant  appel à nos pulsions morbides, et ça je n’aime pas. »
  2. « Je peux même comprendre qu’il ait envie de suivre les opinions mortifères générales, qui se situent à la crête des vagues, et qui permettent d’ignorer les fonds. Il observe les opinions, les synthétise, les interprète, et offre sa vision aux lecteurs qui la confrontent à la leur (…). Un grand écrivain se dit : « Il doit y a avoir quelque chose derrière : il faut creuser, ou attendre, il doit y avoir un réel caché ».
  3. « Un grand écrivain, après s’être aperçu que l’observation ne l’amenait que là, se dit qu’il va tout abandonner parce que c’est trop compliqué. Ensuite, il se relève. Il se demande ce qu’il y a derrière. Ce qu’il y a derrière la réalité visible, c’est le réel. Et le réel, c’est nous. Mais c’est le nous qu’on ne voit pas. Qui ne se trouve ni dans le miroir, ni sur l’écran, ni sur les réseaux sociaux, et pourtant c’est nous. »

 Etc. Etc. Le débat, la pensée continuent.

Remplacez ‘grand écrivain’ par ‘grand cinéaste’ et c’est notre immense orgueil d’y tendre.

Et j’ajouter qu’Antoine Boutet, dans Sud Eau Nord Déplacer, ne se satisfait pas de la réalité visible, creuse les fonds sans rester à la crête des vagues, montre le réel dans toute sa complexité, ce ‘’nous’’ dit par Christine Angot.

Michel David

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