Sud Eau Nord Déplacer au cinéma le 28 janvier

Des plans larges. Un homme se baigne dans ce qui apparaît être une retenue de barrage : paysage artificiel. De loin, l’homme hèle la caméra. Echange de banalités sympathiques. Cut. La caméra monte l’escalier de ce que nous appellerions un HLM. Nous sommes chez cet homme. En souriant – toujours – et parfois en riant aux éclats, il s’adresse à nous. C’est un fin lettré, amoureux de littérature française, qu’il lit en chinois. Peu à peu, il nous raconte un pan de son histoire : près de 20 années passées en prison pour avoir été un contre-révolutionnaire, 19 ans pour être réhabilité. Un homme digne, un héros ordinaire, qui finit en chantant (mal, mais avec une boule dans la gorge). Un chant d’amour à son pays.

Là où le cinéma documentaire sera toujours plus fort que la fiction, c’est qu’Antoine Boutet se situe à hauteur d’homme et ne biaise jamais avec son ‘personnage’ quand celui-ci livre sa vérité. Plus loin dans le film, le cinéaste filmera d’autres hommes et femmes, certains pétris de leur militantisme, sachant qu’en se donnant, ils risquent. Pourquoi ne parle-t-on jamais de la générosité documentaire, celle qui dévoile (entendons bien ce mot dans tous ses sens) le réel ? Celle qui rend leur amour à ses personnages, quel que soit ce qu’ils disent, parfois jusqu’à l’horreur, quel que soit ce qu’ils montrent, parfois jusqu’à la démesure ? Souvenir de ces immenses canaux chinois et leurs conséquences dévastatrices – sublime séquence de la colère du peuple paysan spolié, détresse souriante d’une femme dont la maison vient d’être détruite. Jamais la fiction ne peut montrer ces joyaux bruts.

Dans les temps dangereux que nous vivons, le réel, le nommé, fût-il innommable, est indispensable.

Michel David

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