Chasseurs et piégeurs par Michel David

Je me souviens  de débats anciens. Du temps où la jeunesse ‘importait le conflit ‘. Expliquez-moi cette phrase s’il vous plaît... Du Vietnam, du temps où le cinéma de fiction inventait des formes, vibrait avec sa société, de la Tchéquie (« Du courage pour chaque jour d’Ewald Schorm…), de la France, du Brésil, de l’Allemagne, du Japon.

Les cinéphiles s’étripaient dans les débats hitchcocko-hawksiens. Magnifique théorie, évidemment biaisée parce que trop réductrice quoiqu’avec un fond de vérité, différenciant les cinéastes tireurs des cinéastes piégeurs.

Antoine Boutet est un documentariste piégeur. Le film ne se donne que lentement. Au début, de longs plans contemplatifs, des paysages, dont on voit rapidement que l’homme ( ?), puis la machine veut les façonner. Les entretiens sont distillés avec parcimonie, en commençant par le plus ‘officiel’ – le cadre du Parti (Mao / Pharaon), politique (sans que cela ne soit jamais exprimé), absurde.

Et ce cinéma petit à petit vous happe, vous piège, vous force à le suivre, alors même que peu de clefs explicatives sont fournies. Est-il anodin dès lors que le film se termine au Tibet, source de toute cette eau qu’ ‘’on ‘’ déplace et dévoile presque sans y toucher, toutes les contradictions, non seulement du projet que le film décrit, mais de la société chinoise ?

Michel David

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