Les déplacés internes en Syrie, les migrants oubliés de la guerre !

Ce mercredi 18 décembre aura lieu la journée internationale des migrants. Le Pr Raphaël Pitti et moi-même souhaitons alerter l'opinion sur le sort des migrants oubliés : les déplacés internes. Dans le Nord-Ouest de la Syrie, ils représentent la majorité de la population, vivant dans des camps insalubres et des conditions sanitaires catastrophiques, avec un accès aux soins médicaux très limité.

Sur les 3,8 millions de personnes déplacées dans le monde en 2019, provoqués par des conflits et la violence dans le monde, la Syrie est au premier rang. Un conflit qui dure depuis huit années, où la Syrie bat tous les records de déplacements massifs de population. Elle compte 804 000 personnes déplacées pour le premier semestre 2019.

Ils sont les plus vulnérables au monde selon le Le haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies, UNHCR. Dans le jargon international, on les nomme les IDP, "Internally displaced people". Contrairement aux réfugiés, les personnes déplacées n’ont pas franchi une frontière internationale pour trouver refuge, mais sont restées dans leur propre pays. 

Les plus de 3 millions de personnes qui peuplent la région d’Idleb sont pour 40% d’entre elles des déplacés de guerre (selon The Internal Displacement Monitoring Centre, l’observatoire international des déplacements internes ) La province d’Idleb en Syrie est le triste étendard des migrants internes restés en Syrie. Vue du ciel, elle donne à voir des villages entiers de bâches et de tentes qui se juxtaposent les unes les autres, des champs d’oliviers qui font office d’habitat de fortune et non loin de là des ruines de bâtiments éventrés par les bombes. Elle est le dernier refuge de ceux qui ne savent plus où aller. Ils viennent d’Alep, de la Ghouta, de Deraa où ils ont fui les bombardements et ils ont déjà tout perdu. De nouveau, ils vivent l’encerclement, la famine, le manque d’eau, la destruction systématique des structures hospitalières et des lieux de vies. Au gré des trêves et des reprises de bombardements, ils tentent de survivre. La situation est terrible dans ces camps accueillant les migrants internes syriens où tout manque. Leurs droits fondamentaux sont bafouésIls vivent le double traumatisme de la migration forcée et de la guerre.  Avec la destruction du système de santé syrien par la guerre, l’accès aux soins y est d’autant plus limité pour ces migrants internes. 

Stop au carnage, au sang versé aux attaques sur les civils, et les structures médicales qui sont censées sauver des vies !

Après des mois de bombardements intenses depuis le 28 avril 2019 ayant coûté la vie à près d'un millier de civils, plus de 50 structures médicales attaquées et 51 soignants et travailleurs humanitaires tués, la situation humanitaire et médicale de ces déplacés de guerre est inquiétante. L’UNHCR craint un désastre humanitaire.

Les conditions sanitaires dans les camps facilitent la propagation des maladies et des épidémies comme par exemple  la leishmaniose la malnutrition et la pauvreté qui gagnent du terrain. Notre collègue sur le terrain, le Dr Besher Alhajhusain, coordinateur des projets de santé mentale en Syrie, parle de véritable “chaos psychologique” de ces migrants internes. « Les populations vivent une détresse sociale et émotionnelle. Nos soignants sont confrontés à des cas de psychoses, d’envies suicidaires, de stress post-traumatiques... »

Les cliniques mobiles sont aujourd’hui, La réponse humanitaire la plus appropriée pour apporter un accès aux soins dignes à ces personnes déplacées, victimes de la guerre. 

Le manque d’accès aux soins physique ou de santé mentale vient aggraver une situation déjà inquiétante. D’où l’importance des structures médicales de proximité comme les centres de santé primaire et les cliniques mobiles des organisations humanitaires locales et internationales qui peuvent se rendre dans les camps les plus reculés. 

 Nous, médecins soignants français et issus de la diaspora syrienne, qui sommes confrontés directement à cette catastrophe humanitaire qui se déroule sous nos yeux, sonnons l’alerte sur la situation dramatique dans laquelle se trouve les déplacés de guerre en Syrie. Ils reçoivent peu ou pas d’aide de la communauté internationale. Nous devons agir et nous en appelons à l’éveil cette dernière qui semble comme léthargique face à la pire catastrophe humanitaire depuis la seconde guerre mondiale qu’est le conflit en Syrie. 

Agissez maintenant avec nous pour venir en aide aux déplacés de guerre : http://icilasyrie.uossm.fr 

Ici la Syrie, entendez-moi. © UOSSM France

Dr Ziad ALISSA, médecin anesthésiste-réanimateur, président UOSSM 

Pr Raphaël Pitti, médecin anesthésiste-réanimateur, responsable formation à l’UOSSM 

 

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