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Billet de blog 2 août 2015

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Accord avec l'Iran. Et maintenant ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je lis beaucoup en ce moment d'articles parlant de l'accord avec l'Iran qui soulève dans le monde autant de craintes que d’espoirs. C’est un sujet passionnant car il mélange rhétorique, religion, géostratégie, commerce, armes etc. C’est un sujet traité complètement différemment selon qu’on lise un journal russe, arabe, américain, français... et à l’intérieur même des pays le ton varie du tout au tout selon le choix éditorial. 

 Je ne pourrais prétendre connaître les conséquences d’un tel accord. Comment va réagir la Corée du Nord plus isolée que jamais ? Comment va évoluer la guerre en Syrie vu que l’Iran est un soutien de poids pour Bachar el Assad (la Syrie étant un des rare pays, avec... Israël, à avoir aidé l’Iran durant la guerre Iran/Irak...) ? Comment va réagir l’Arabie Saoudite qui est aussi très proche d’avoir la bombe grâce aux Pakistanais ? Comment va réagir Israël, face à l’Iran et face aux Palestiniens ? Quid de Daesh dans cette équation ? Les questions sont nombreuses... Cet accord nous oblige à nous les poser. Et quand on pose une question, on s’expose aux réponses !

 Clairement, le traité de non-prolifération est mis à mal depuis plusieurs années. Israël a la bombe, ainsi que le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, alors pourquoi pas l’Iran ? Pour plusieurs raisons, (i) son gouvernement est considéré comme irrationnel. (ii) L’équilibre dans la région est précaire et si l’Iran a officiellement la bombe, on peut clairement penser que l’Arabie Saoudite s’armera très rapidement. Ce serait contre-productif pour l’Iran qui a d’ores et déjà une position stratégique de par sa taille, ses ressources, sa population et son armement balistique (premier de la région). Son but vraisemblablement est de devenir une puissance de seuil. C’est-à-dire disposer non pas de bombes atomiques, mais des compétences techniques et scientifiques pour en construire une rapidement si nécessaire.

Son programme nucléaire a été lancé avant la révolution islamique, sous le Shah (allié américain), puis arrêté par les Ayatollah car contraire à l’Islam selon eux. Mais repris pendant la guerre Iran/Irak (1985/86) alors que :

  • les Scud irakiens touchaient Téhéran,
  • Israël aidait l’Iran, 
  • la rhétorique anti sioniste (et non juive le plus souvent, la nuance est importante) était à son plus haut.

Et c’est là le point important de ce qu’on lit aujourd’hui : le décalage entre la rhétorique des dirigeants (relayée par les presses) et la réalité géopolitique et géostratégique.

  • La rhétorique est une manipulation de l’auditoire (Platon) ;
  • La rhétorique est l’art de bien parler (Quintilien) ;
  • La rhétorique est l’exposé d’arguments ou de discours qui doivent ou qui visent à persuader (Aristote).

 La rhétorique des dirigeants d’aujourd’hui a souvent une visée électoraliste, ou une manière d’assoir son pouvoir et sa popularité.

Israël est gouverné par la peur, Netanyahou en joue tellement qu’il agite de manière, à mon sens irrespectueuse et non fondée, la crainte d’une nouvelle Shoah !

Les américains qui votent pour un nouveau président en 2016 se doivent de prendre des positions manichéennes devant leurs électeurs.

L'Arabie Saoudite (sunnite) est obsédée par l'Iran (chiite) comme le montre les câbles diplomatiques dévoilaient par Wikileaks.

Et l’Iran a basé sa révolution, et ses tentatives d’exportation de 'révolution islamique' clef en main, sur le grand Satan américain et la non-reconnaissance d’Israël.

Surtout on constate que la diplomatie n’est efficace qu’en montrant ses muscles. L’Iran a voulu tendre la main après l’invasion de l’Irak pensant être la prochaine cible. L’Iran était prêt à de nombreuses concessions à ce moment-là, leur peur étant grande : les Etats-Unis ont réussi à détruire l’armée de Sadam Hussein en 3 semaines  alors que la guerre Iran/Irak avait duré 8 ans. Imaginez la crainte. Mais cet Iran réformiste, sans muscles a été catalogué dans l’Axe du mal par George W. Bush et son administration. Et aujourd’hui après avoir mis au pouvoir pendant 2 mandats un 'fou' à la rhétorique guerrière (Ahmadinejad),  après avoir construit près de 18.000 centrifugeuses et avancer dans son programme nucléaire, les états discutent autour d’une table et signent un accord !

Alors dur de savoir ce qu’il se passera dans les prochains mois, mais quand vous lirez la presse, souvenez-vous bien que la rhétorique de nos dirigeants ne sert souvent qu’à nous manipuler. La réalité est souvent tout autre !

 Ps : cette réflexion se base en partie sur le mémoire de M. G. Romatet : «  La relation Iran-Israël à travers les déclarations de leurs dirigeants : entre idéologies, ambitions régionales et pragmatisme »

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