5 raisons fondamentales de voter Mélenchon plutôt que Hamon

M. Hamon a certaines qualités mais toute personne sensée devrait, à mon sens, voter pour Jean-Luc Mélenchon pour les raisons suivantes :

1) Concernant l'Europe et la réforme des traités, la position de M. Hamon est la même position illusoire que celle de M. Macron -: créer un ministre des finances de la zone euro et un parlement de la zone euro en espérant ainsi que les Allemands seraient minoritaires en son sein et que l'on pourrait les forcer à faire des réformes. Cest une stratégie vouée à l'échec : dans toute l'histoire récente de l'euro, les Allemands ont toujours argué du fait que, dans leur constitution, toute dépense nouvelle doit passer par un vote au Bundestag. Bref, le parlement de la zone euro ne sera pas capable, sans l’accord de Berlin, d'engager de nouvelles dépenses et se verra confiné à un rôle consultatif. Comme ce fut et comme c'est toujours le cas du mécanisme de stabilité financière et de l'union bancaire. Rien ne changera donc par cette méthode, c'est écrit d'avance. Au contraire, il faut prendre conscience du fait que les Allemands souhaitent absolument conserver l'euro car sans lui, leur monnaie serait réévaluée fortement à la hausse : si l'on instaure un rapport de force sérieux pour changer le rôle de la BCE, comme le souhaite Mélenchon, on a de bien meilleures chances de succès non seulement pour changer la politique monétaire mais éventuellement aussi pour garder l'euro.

2) Remarquons par ailleurs qu'il existe des contradictions profondes dans le programme de M. Hamon. On ne peut en effet décemment promettre 35 milliards de dépenses publiques nouvelles, via un revenu universel (qui ne l'est plus vraiment) dont les effets redistributifs et économiques sont largement contestables, en restant tout à fait dans le cadre des traités budgétaires européens. Ou alors il faudra des coupes de dépenses publiques drastiques dans les autres domaines pour respecter la règle des 3%, règle absurde au demeurant comme il en convient lui-même sans pour autant proposer une réelle rupture avec celle-ci. 

3) M. Hamon s'appuie en outre sur un parti profondément divisé et en proie aux doutes, ce qui n'augure rien de bon : faudra t'il que l'éventuel futur Président Hamon compte sur le vote de députés PS qui aujourd'hui le lâchent les uns après les autres (ministres comme députés) ? Devra t'il trouver une majorité dans ces conditions alors qu'il n'arrive même pas à obtenir le parrainage de Manuel Valls ou la discipline interne au sein de son parti ? Cela n'est pas très rassurant...si l'on ne gouverne pas les siens, comment gouverner la France ? 

4) On peut le regretter mais la stature d'un homme d'Etat est aussi une condition de son efficacité : elle démontre sa capacité à convaincre et à entraîner, voire à s'imposer. M. Hamon ne croit pas en l'homme providentiel mais il oublie que l'homme providentiel ne l'est pas seulement par ses qualités personnelles propres, parce qu'il serait au-dessus des autres, il l'est aussi et surtout par sa rencontre avec les aspirations profondes d'un peuple dont il se fait le héraut. Pour incarner ce rôle, auquel semble t'il M. Hamon prétend aussi malgré lui, c'est bien Jean-Luc Mélenchon qui a le plus de qualités, de force de conviction et de talent. Sur l'ensemble de l'arc politique, de la droite à la gauche, il n'existe aucun doute sur le fait que sa stature présidentielle est plus convaincante que celle de M. Hamon. Or, nous l'avons dit, ce n'est pas qu'une question personnelle, c'est aussi, et profondément, une question politique. 

5) Le programme de M. Hamon est fragile sur de nombreux poins, dont un des plus graves, à mon sens, est de proposer de nombreuses dépenses (légitimes pour la plupart, à l'exception de la principale qu'est le revenu universel) sans prendre la peine de réfléchir à leur financement et, surtout, sans aucunement remettre en cause le logiciel financier actuel. C'est à dire en acceptant d'avance que cela soit irréalisable, dans la même lignée que F. Hollande. Ainsi, sur les banques, M. Hamon se contente de récupérer l'idée de Montebourg d'une taxe sur les profits des banques, qui peut se justifier mais dont il n'est pas sûr qu'elle soit applicable (les banques pourront plaider l'égalité devant l'impôt) et dont il est par contre certain qu'elle ne changera rien aux problèmes de fond si elle venait à être appliquée. En revanche, il ne dit rien de la réforme de la BCE, du financement de la dette publique par achat direct de la BCE sur le marché primaire, ou encore du financement direct de la banque européenne d'investissement par la banque centrale européenne, comme l'avait recommandé le prix nobel d'économie Joseph Stiglitz. Seul M. Mélenchon se saisit de tous ces sujets qu'il intègre dans son programme et qu'il appliquera une fois élu. 

 

Ces cinq raisons principales pourraient être complétées par d'autres encore. Il ne s'agit aucunement d'une tentative de dénigrer outre-mesure B. Hamon pour lequel j'ai de la sympathie et du respect et dont je souhaiterais vivement qu'il puisse jouer un rôle à l'avenir (mais pas en tant que chef de l'Etat), y compris en travaillant avec Jean-Luc Mélenchon. Il s'agit simplement d'une analyse lucide guidée par le double souci de faire émerger une nouvelle gauche, ambitieuse et réaliste à la fois, cohérente et inspirée, ainsi que d'atteindre le deuxième tour, ce que je crois de plus en plus possible en regardant la dynamique qui se crée autour de Mélenchon et de la France insoumise. 

 

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