Dans Marianne2 du 3 juin, Elodie Emery évoque 7 ouvrages qui replongent dans l'idéologie anti-sport des années 70. Ancien sportif de haut niveau dans ces années-là, je ne pouvais laisser passer ça...
Ne mélangez pas tout
Ancien international de volley, grand reporter sportif pendant 35 ans, j'ai vraiment eu l'impression en lisant vos commentaires de lecteurs plus "canapés" que "stades". Tout se mélange : le fric, l'esprit de compétition, le dopage, le sport de masse.
1. Le fric
Le responsable majeur (et quasi unique) des dérives est le foot d'élite. C'est une religion (un "opium du peuple", disait Marx). Voir des gamins incultes gagnés 1 million d'euros par mois est une insulte, c'est vrai. Mais c'est aussi une drogue magique pour les centaines de millions d'imbéciles qui vont prier pour eux. C'est le seul sport universel dans ce cas sur la planète. Ce qui n'empêche pas 2 millions de petits Français de courir sur les terrains chaque dimanche matin : ceux-là, ils ont tout mon amour.
Autres gros friqués en France : les pilotes (allez prendre la place de Loeb !), les tennismen (pas plus d'une dizaine...), quelques cyclistes, les rugbymen, les basketteurs et les handballeurs (50 fois moins qu'au foot). Dans le reste du monde, les golfeurs et quelques boxeurs. Aux Etats-Unis, les footballeurs US, les joueurs de NBA et de hockey.
Tout ça ne vas pas très loin sur le milliard de licenciés dans le monde. Allez donc demander à un champion olympique français d'athlétisme, d'épée ou de kayak comment il s'en est sorti après sa retraite et des années de préparation ! Même question à cette nageuse française, n°5 mondiale, qualifiée pour Londres, obligée de laisser tomber pour devenir puéricultrice l'an prochain.
2. L'esprit de compétition
Il est exact que 1968, positif sur beaucoup de points, n'a pas fait de bien dans l'éducation : l'abandon des points à l'école, des classements, de la discipline, a entraîné un manque de rigueur et des gamins perdus à l'adolescence.
Moi, j'ai toujours eu envie de gagner, que ce soit sur un terrain ou au scrabble. Ce n'est pas pour ça que je suis devenu un vilain trader, un banquier voyou ou un patron odieux. Mais cette envie de gagner demande des efforts sur soi-même à l'entraînement, comme lorsqu'il faut le petit plus pour l'emporter : on est très loin de l'esprit néo-libéral individuel qui prône la compétitivité à tout crin, "faut écraser l'autre !". Si on perd, on perd.
3. Le dopage
Voilà 150 ans (pour ne pas dire 2000 ans) qu'il existe et bien avant l'arrivée de médias multiples. C'est une conséquence collatérale du haut niveau. C'est une horreur, je le reconnais. Mais une tare inexpugnable, je le crains.
4. Le sport de masse
Ils sont plus de 12 millions à être licenciés en France ! Aucun médecin ne me contredira : merci pour la Sécu.
Ouvrages cités par Elodie Emery
Le sport barbare, Marc Perelman. Réédité en 2012 chez Michalon; Robert Redeker, L’emprise sportive, François Bourin Editeur, sortie le 23 mai 2012; Clément Hamel, Simon Maillard, Patrick Vassort, Le sport contre la société, Le bord de l’eau éditions, sortie le 14 juin;
Inflexions n°19, Le sport et la guerre, La documentation française; Vacarme n°45; Ludo Sterman, Dernier shoot pour l’enfer, Fayard noir