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Billet de blog 12 mai 2012

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Hollande justicier ? Pas sûr pour l'enfin battu

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Hollande justicier ? Pas sûr pour l’enfin battu

Depuis le 6 mai, beaucoup ont sautillé de joie, se sont frotté les mains : ça y est, l’escroc n’est plus immunisé, à lui le cachot de la Bastille, à lui la galère pour Cayenne. Mouais. Faut voir.

Côté copains UMP, la justice est bien passée depuis 1999 : nous avons répertorié 63 mises en examen ou condamnations effectives jusqu’à 2011 ! Pour toutes sortes de motifs : corruption, abus de biens sociaux, subornations, prises illégales d’intérêt, détournements de fonds, trafics d’influence, etc.
Et pas que du menu fretin : des pointures comme Juppé, Hortefeux, Pasqua, Paillé, Tron, Drut, Blanc, Donnedieu de Vabres, Dassault, Balkany, Tiberi, Ceccaldi-Raynaud, Bazire…). Je tiens cette liste à votre disposition, avec les motifs. Mais elle dépasse les 4 pages : un peu long.
Que les (éventuels) lecteurs droitiers se rassurent : ma liste concerne aussi des élus de gauche, mais j’attends une bévue du hollandisme pour la commenter. Mais cela n’ira pas loin : moins d’un feuillet…
Le plus inquiétant : ces 63 condamnations n’ont débouché sur rien. Juste quelques convocations agaçantes bousculant un emploi du temps truffé de cocktails, de visites à la banque ou de photos familiales pépères.
Plus ennuyeux : les Français aiment bien les escrocs : « S’il fait son beurre, il saura faire le mien. »
Et les condamnés se font réélire facilement (Carignon, Dassault, etc).

Passons au passif judiciaire de l’enfin battu.
J’ai volontairement occulté les énormités politiques qui n’ont rien à voir avec le parquet : GDF, les micros partis des affidés, les discours de Dakar ou Grenoble, les mensonges Berlin ou Fukushima, les invitations scandaleuses de dictateurs, le népotisme, les légions d’Honneur abusives, l’Airbus grominus, la déchéance de la nationalité, la nomination des patrons de l’audiovisuel, la protection de la Courroye de transmission, le rachat de medias par les copains, la concussion d’Alliot-Marie avec Ben Ali, le patacaisse Merah ou la honteuse drague buissonnière de la Marine : même le Fouquet’s et le yacht de Bolloré apparaissent maintenant dérisoires dans ce fatras de conneries.
Attachons-nous donc au condamnable. Là où la Justice peut marquer au fer (grâce à Médiapart !):


1. L’affaire Karachi – Balladur – Takieddine - Sarkozy
A voir la création de la société Heine au Luxembourg, puis les retro-commissions sur la vente de sous-marins Agosta au Pakistan. Mediapart a publié la « facture » de 10 millions de francs versé par le Pakistan. Sarkozy était directeur de campagne de Balladur (Chirac n’a pas été rancunier !). Après la rigolade de l’excuse de la vente de tee-shirts, où en est-on après 17 ans et les 11 morts de Karachi ?

2. Les arrangements Takieddine
Le patrimoine de l’intermédiaire marchand d’armes de 40M€ non imposé, la vente à la Lybie de matériel d’écoute français top-niveau Amesys, les frégates Sawari et la protection des frontières Miksa pour l’Arabie Saoudite, voilà de quoi justifier bien des rétro-commissions. Allez, au boulot !

3. L’affaire Tapie
304 millions d’euros (dont 40 pour préjudice, le pauvrichon) récupérés par l’ex-chanteur yé-yé sur ordre de l’Elysée (et de Christine Lagarde, agréablement partie au FMI), évasion du magot en Belgique, achat d’un nouveau yacht, reprise d’un site de jeux en ligne américain : eh, oh ! On se réveille, ou l’ancien copain et ministre de Mitterrand est-il resté trop sympathique aux héritiers socialistes ?

4. L’affaire Bettencourt - Woerth
Je ne reviens pas sur ce que vous savez tous. Il n’empêche que le gestionnaire De Maistre est toujours incarcéré, que l’ancien ministre Woerth aborde toujours son sourire de bon élève sympa, que « Mémé Zinzin » est bien incapable d’affirmer que ses millions en cash sont passés dans la caisse « élection Sarkozy 2007 ». Pourtant, toutes les preuves sont là. Alors on y va ?
Quant au Woerth béat, on l’attend sur ses histoires d’hippodromes à Compiègne. Mais Sarkozy n’a sans doute rien à voir dans cette énième combine : on le voit mal sur un cheval.

5.   L’affaire Senoussi
Proche de Kadhafi (beau-frère), condamné à perpétuité en France (le DC 10 d’UTA !), Guéant et Sarkozy l’ont protégé. Question simple : pourquoi ?

6. L’affaire Malakoff Médéric
« La « Mutuelle obligatoire employeur » pour la Sécurité Sociale et le Pôle Emploi passe aux mains de Guillaume Sarkozy, frère de l’autre. Népotisme, dîtes-vous ?

7. Espionnages illicites
N’oublions pas les multiples incursions d’écoutes illégales dans les bureaux de presse ou les personnes privées gênant l’Elysée : la liste est trop longue de ce boulot flic, à la charge du contribuable, pour résoudre des problèmes persos people. Personne n’aura jamais le courage d’établir un bilan, hélas.

8. L’affaire Servier
Quelques 2000 morts dus au Mediator. Et 1,2 milliards d’euros au débit de la Sécurité Sociale. Qui était l’avocat du bon PDG ? N’accusons pas Sarkozy de cette énorme bavure, OK. Mais si je la cite, c’est par perversité : si Sarko redevient avocat, je le vois mieux défendre Dassault ou le clownesque jeune Lagardère que le cégétiste d’Arcelor Mittal. On est de parti pris, hein ? Ben ouais.

9. L’affaire Kadhafi
Là on est en plein dedans. Mediapart, grâce à lui !, accumule les preuves des 50 millions versés pour la campagne 2007. C’est l’affaire la plus récente et la plus grave. Va-t-on vraiment s’en occuper désormais ?

Jusqu’ici, je n’ai établi qu’un état des lieux. J’ai même oublié l’appartement de l’Ile de la Jatte : une quasi babiole. Longuet (pas le facho, mais l’adjectif !) ? Ben oui. Quand on veut expliquer un truc, on ne peut se suffire des 20 secondes accordées par un Denisot, un Apathie, un Barbier, un Mazerolle, la ridicule girouette Franz-Olivier Giesbert ou le terrorisé Pujadas (j’oublie Ferrari ou Krief, fausses vedettes,  qui ne comprennent jamais rien) : d’abord parce que les paroles de l’invité leur sont enlevées aux leurs ( !), ensuite parce qu’ils ne saisissent pas toujours ce que l’invité explique, enfin parce qu’un dir’prod leur gueule dans l’oreillette que la pub arrive.

Remarque : vous imaginez que l’élection 2007 soit annulée pour fraude ? Ségolène élue par rétro-commission, et passant le flambeau à son ex ! Une jurisprudence que seule la France peut proposer.
Excusez-moi, je délire : je dois me faire opérer de la cataracte dans une heure, j’ai un peu la trouille : clinique de Saint-Germain (63% pour Sarkozy, soit une chute de 4%, mais quand même).
Bon, je suis revenu. Borgne pour le moment, mais avec une nouvelle vision. Dubitative.

Remember comme disait Charles 1er

Ce qui m’inquiète donc dans l’attitude « juridique » d’Hollande dans les semaines à venir, c’est sa réaction - et celle des prochains collaborateurs qu’il va nommer, s’il les écoute - au regard d’une histoire simple : comment réagissent les responsables socialistes au pouvoir ayant succédé à la droite ?
Il n’existe que 2 exemples simples : Mitterrand, le 10 mai 1981, après Giscard. Puis Lionel Jospin, premier ministre, le 2 juin 1997 après Juppé et Chirac.
Voyons cela.

1. Les casseroles de Giscard
Elles se résument à 3 morts et quelques embrouilles.
a. Le suicide de Robert Boulin.
Le 30 octobre 1979, ancien ministre de Raymond Barre et maire de Libourne, Boulin est retrouvé « noyé » dans un étang de la forêt de Rambouillet. Dans 50 cm d’eau. On prétexte immédiatement une affaire immobilière à Ramatuelle. Histoire de financement pour le parti ou pour France-Afrique (une récurrence gros sous qui poursuit toujours les politiques français à ce jour !).
On parle de suicide aux barbituriques (?). Le problème, c’est qu’en 2011, un gendarme infirme tout : on a découvert le corps avec 2 fractures et 8 hématomes. Suspect, pour une « noyade ». Depuis, sa fille, Fabienne Boulin-Burgeat crie au « crime d’Etat ». Une plainte a été déposée en 1983, suivie d’un non-lieu de la juge Vichniewski en 1991. Mais avec son bouquin « Le Dormeur du Val », la fille continue son combat, 33 ans plus tard.
Soyons franc : elle n’apprendra jamais rien de plus.
b. L’assassinat de Jean de Broglie
Ministre de De Gaulle, présent aux accords d’Evian pour clôturer la guerre en Algérie, il fut assassiné le 24 décembre 1976 par Gérard Frèche, commandité par Pierre de Varga. Michel Poniatowski, ministre de l’intérieur, enterra vite l’affaire… bien que ce projet d’assassinat ait été connu de ses services depuis belle lurette. Giscard, alors président, l’appelait « mon cousin ». Dès 1973, il avait tout fait pour écarter cet encombrant parent. On ne saura jamais. Reste que dès 1981, les socialistes enterrèrent l’affaire vite fait.
c. L’assassinat de Joseph Fontanet
Le 1er février 1980, ce centriste chrétien, ministre sous Pompidou (partisan de Chaban contre Giscard en 1974) fut assassiné. Il avait 59 ans et l’affaire ne fut jamais résolue.
d. Les diamants
Le 10 octobre 1979, le « Canard Enchaîné » révèla que Jean-Michel Bokassa, « l’Empereur de Centre-Afrique » avait offert pour 1 million de francs de diamants à Giscard, alors ministre des finances. Un amoureux de la chasse aux éléphants, souvent invité. « C’est grotesque ! », répliqua le président d’alors.
Cela ne vous rappelle pas quelqu’un de très récent ayant réfuté des allégations à propos d’aide financière libyenne pour une élection en 2007 ?
e. Les embrouilles
- On reprocha vivement au président le refus de grâce à Christian Renucci qui fut exécuté le 28 juillet 1976 pour l’assassinat de la petite Rambla. Sa famille, défendue par un certain néo-frontiste Gilbert Collard se débarrassa vite du ci-devant baveux. Restent les 8000F réclamés à la famille Renucci pour régler les frais d’exécution. Rien à reprocher à Giscard sur ce coup, sauf que l’image reste glauque : c’était mon coup de cœur anti Giscard (soi-disant ex-amant de Lady Diana, la pauvre).
- De Gaulle fut la victime d’un attentat au Petit-Clamart en 1963. Lors du procès, Maître Isorni impliqua Giscard, alors ministre des Finances de De Gaulle, proche de l’OAS (surnommé B12). Sans résultat tangible. Le 26 novembre 1980, le PS – avant son arrivée au pouvoir – posa 10 questions à l’Assemblée. A votre avis, où en est-on des réponses en 2012 ?...
- Maurice Papon : il fut ministre du Budget de Giscard de 78 à 81. Mais surtout Préfet de Police de Paris avec 9 morts au métro Charonne comme bilan en 1961. Le 6 mai 1981, le « Canard Enchaîné » révéla sa responsabilité dans l’envoi de 1700 Juifs bordelais à Auschwitz. Résultat : 15 ans de procédure de 83 à 98 ! Et une condamnation à 10 ans de réclusion (il avait déjà 88 ans). En 1999, il s’enfuit en Suisse, puis fut rattrapé avant d’être libéré en 2002. Enfin, il fut condamné à 2500€ d’amende le 2 mars 2005 pour port illégal de la Légion d’Honneur et 1€ de dommage et intérêt. Il avait 95 ans, avant de décéder de sa belle mort chez lui le 17 février 2007.
Paix à l’âme de ce salopard. Ce que je veux dire, c’est que cet homme abominable, a tout traversé pendant 60 ans sans la moindre anicroche. L’arrivée des socialistes en 81 n’a rien changé à sa quiétude. Pourtant, le passif de cet être détestable était lourd : Hollande serait-il capable de la même mansuétude que Mitterrand  vis-à-vis d’un Sarkozy bien moins coupable ? J’ai bien peur que oui.

2. Les casseroles de Chirac
Elles se résument à 8 affaires.
Marrant comme ce type est devenu sympathique. Il a accumulé les entourloupes, jusqu’aux 14 mois de prison avec sursis de Copé en 2004, alors que celui-ci était secrétaire général du RPR et adjoint à la Mairie de Paris.
a. Les emplois fictifs
De 1983 à 1998, la Mairie de Paris employa des dizaines d’emplois fictifs (y compris des « chargés de mission ») pour le compte du RPR (tous les dircabs furent mis en examen). Résultat : 2 ans de prison avec sursis pour certains.
b. SEMPAP
« L’Impression Document Paris », société privatisée en 1986, fournit toute la doc de la Mairie de Paris pendant 10 ans. Dissoute en 1996 par Tiberi, elle en continua cependant de plus belle. Avec favoritisme, prise illégale d’intérêts, détournements de fonds publics.
c. Les HLM Paris
De 1977 à 1995, les détournements de fonds fleurirent : la Mairie de Paris distribuait les marchés public HLM à des sociétés… moyennant pots de vin au RPR. L’arnaque fut découverte en 1994 mais n’éclata qu’en 2000 avec la « cassette Méry » et un témoignage vidéo posthume. Instruite par le juge Halphen, l’affaire fut close en 2006…
d. Les lycées Ile-de-France
De 1990 à 1997, 560 millions d’euros s’évaporèrent. Des « commissions » dont profitèrent tous les partis du PC au RPR en passant par le PS. Il s’agit de la plus grosse corruption de la 5è République avec 47 mises en examen… avant que l’affaire ne soit close en 2006 !
e. Avions
La famille Chirac bénéficia de 2,4 millions d’euros, à travers une agence de voyages de Neuilly, de billets d’avions. Bernadette Chirac, elle, voyagea gratuitement en 98 et 99 sur Eurolair. Où en est-on ? Impossible à savoir : l’affaire est close…
f. Frais de bouche
On a beaucoup parlé de ces invraisemblables factures à la Mairie de Paris de 1987 à 1995 : plus de 14 millions d’euros en réceptions. Pas de regrets rageurs : l’affaire est prescrite et close.
g. Fondation Pompidou
Ministre sous Pompidou, Chirac acquit en Corrèze, le château de Bity. Puis la Fondation Claude Pompidou acheta 5 hectares voisins pour créer un Centre de Vacances pour personnes âgées. Coût : 500000F. Résultat : aucun Centre ne fut jamais crée. En revanche, la Mairie de Paris a subventionné la Fondation et s’est ainsi offert 5 hectares de tranquillité. De nouveau, aucune info judiciaire n’a vu le jour.

A Mediapart de nous contredire

J’arrête-là ce listing édifiant.
Mais voilà l’important : après ces 40 ans d’histoire, Hollande va-t-il bousculer la justice ? J’entends d’ici, à la question : « que pensez-vous de l’affaire trucmuche ? », la réponse évidente : « Il faut laisser la Justice faire son travail. ». Bien sûr, bien sûr.
Comme si l’exécutif avait perdu le contrôle du Parquet.
François Hollande est trop content d’avoir gagné, pourquoi se lancer dans des polémiques qu’aucun de ses deux prédécesseurs socialistes n’a voulu entamer. Bonne question, non ?
Je ne vous la pose pas : Sarkozy et ses sbires sont immunisés à jamais : l’histoire se répète trop souvent.

En octobre 2011, invités de Médiapart, Anas Jaballah (ingénieur) et Yamine Soum (sociologue) avaient proposé des réformes pour prévenir des scandales à venir : le non cumul des mandats, le contrôle de la rémunération des élus (pour éviter les conflits d’intérêt), contredire l’absurdité de la dépendance des juges du parquet vis-à-vis de leur ministre (une absurdité condamnée par l’Europe en 2010 !), l’abandon du recours abusif au « secret défense » et enfin la suppression du statut pénal du chef de l’Etat, comprenant son immunité et ses pouvoirs de nomination.
Un très chouette état des lieux. Evident à première vue. Mais aussi facile à corriger qu’une renationalisation de toutes les entreprises publiques par Mélenchon.
Mettez-vous à la place de Hollande : « On a jeté l’escroc. On va pas s’emmerder maintenant à savoir s’il dort en tôle ou sur un yacht. J’ai autre chose à foutre. »
Je suis certain qu’Hollande s’exprime bien mieux que ça. Mais je suis certain aussi que je ne suis pas loin du fond de sa pensée.
A Mediapart de nous contredire.  

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