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Des délestages pour éviter l’échouage ?
Fichage centralisé des étrangers indésirables, demandeurs d’asile malmenés, petits enfants enfermés, expulsions en jets privés, la France officielle jette par-dessus bord ces gêneurs qui comptaient sur elle pour vivre dignement et en sécurité.
Non contente de repousser jusqu’au cœur de l’Afrique le contrôle de ce qu’elle nomme encore ses "frontières extérieures" (Agence Frontex), l’Union Européenne s’efforce de tenir un compte précis des allées et venues en Europe des demandeurs d’asile et des migrants illégaux. C’est le système EURODAC, dont le moyen essentiel du marquage est l’enregistrement centralisé des empreintes digitales. Son rapport d’activité pour 2009 précise que cet enregistrement concerne les demandeurs d’asile, mais aussi ceux qui se font prendre à traverser illégalement une frontière extérieure de l’UE (les intrus) ou à se trouver en séjour illégal (les indésirables) dans l’un des 30 pays participants.
Donc, en 2009, on a ainsi dénombré près de 237 000 demandes d’asile, dont environ 55 000 étaient des demandes répétées dans un ou plusieurs autres pays – on entre en Europe par un pays frontalier mais on vise un pays "intérieur" plus ou moins proche, sans forcément savoir à ce moment là qu’Eurodac va vous pister. Le Règlement européen Dublin II stipule que la demande d’asile doit être faite dans le premier pays d’entrée, ce qui charge surtout la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Hongrie,… sans oublier Malte. Vue de Suisse, qui participe à ce fichage, "l’Europe est sillonnée par les demandeurs d’asile et les pays de l’espace Schengen-Dublin (…) ont de plus en plus de mal à gérer les données biométriques consécutives aux demandes d’asile et aux interpellations de clandestins". Il est vrai que les rédacteurs du rapport semblent regretter un manque de sérieux dans la collecte et la transmission des données, surtout pour les intrus (31 000 en 2009, soit 50% de moins qu’en 2008) et les indésirables (85 500, 13% de plus qu’en 2008).
Si peu satisfaisant que soit ce système, il provoque, pour ceux dont le choix pour une demande d’asile est la France, son lot de drames à répétition. D’autant que les autorités n’ont que six mois pour les renvoyer vers le pays de leur entrée en Europe, délai au-delà duquel elles doivent recevoir leur demande d’asile. Voici quelques témoignages de ce début de mois d’août, concernant des familles que le RESF tente d’aider.
- Nice, 4 août 2010. Actuellement, sont surtout concernés les ressortissants de Tchétchénie, de Géorgie, d'Ingouchie et du Daghestan
- Salman JAMALDAEV jeune père tchétchène d'un enfant de 15 mois doit être expulsé demain 5 août à 9h pour la Pologne. A J-4 de l’expiration du délai de six mois à l’issue duquel la France sera tenue de recevoir sa demande d’asile ! Salman JAMALDAEV s’est rendu de son plein gré mardi à une convocation de la Police de l'Air et des Frontières en vue de sa réadmission en Pologne. Il a ensuite regagné son hôtel que l'épouse et l'enfant avaient quitté quelques jours auparavant. Mercredi, la police s'est présentée à l'hôtel et l'a embarqué seul vers le Centre de Rétention de Marseille. Une famille de plus va se trouver démembrée, tenter de survivre dans une précarité aggravée et dans la peur, connaissant le risque qui existe à retourner en Pologne et le vrai danger à regagner le Caucase.
- Depuis la fin juillet, deux autres familles de Nice ont été arrêtées et enfermées dans la prison administrative pour étrangers du Canet : un couple tchétchène et leur petite fille âgée de deux ans et demi, « volontaires pour être réadmis » en Pologne, et une famille chinoise avec un enfant de cinq ans, toujours en rétention.
- Mardi 3 août, la famille Aloyan, géorgienne, trois enfants dont un bébé de trois mois, vivant à Vesoul a été arrêtée et expulsée en moins de 30 heures. Aujourd’hui, ils sont injoignables.
- Expulsés aussi, par avion spécial le 23 juillet, les deux parents et les cinq enfants de la famille Shatri, Kosovars, arrêtés à Saint-Loup sur Semouse (Haute-Saône).
- A Lyon, un bébé de huit mois, son père atteint d’une hépatite C, sa mère venant de faire une fausse couche : expulsés ! Zinaida et David ont fui la Géorgie en juin 2009 car leurs familles n’acceptent pas leur mariage. Ils arrivent en Pologne [où] des médecins détectent une hépatite C chez David. Cette hépatite vient de transfusions faites après des sévices infligés par l’une des familles. Ils viennent en France où toutes leurs tentatives pour se faire accepter échouent. Ils ont été expulsés le 20 juillet vers la Pologne. Impossible de les joindre depuis.
- Nice, 6 août 2010. Hier soir, de 22h à 23h30, nous étions avec une cinquantaine des amis [des] demandeurs d'asile isolés chroniquement sans hébergement. Non content de les avoir remis dans la rue comme pour les punir d'un combat gagné cet hiver, voici qu'on les réveille parfois la nuit pour des contrôles d'identité. Pas de place pour ranger leurs affaires ? Les amis du Secours Catholique, du PECOS et du NPA sont à la manoeuvre pour proposer une solution en août. (…) Sans attendre, il va falloir structurer le "Camps de Réfugiés de Nice" (le seul de France) et, en attendant mieux, il semble bien que celui-ci ait trouvé sa place : le parking Jean Jaurès. C'est de celui-ci qu'un cri sera poussé pourvu qu'on l'investisse, qu'on en fasse un lieu de vie provisoire (comme au PECOS où on passait jours et nuits avec les réfugiés), qu'on le médiatise comme une honte bien française ces temps-ci.
- Bordeaux, 8 août 2010. Lundi, deux familles l'une de Tchétchénie, l'autre de Géorgie sont convoquées pour recevoir leur avis d'expulsion. Nous avons organisé en urgence un parrainage républicain avec les élus et les militants présents ainsi qu'une conférence de presse. Du lieu du parrainage, un lieu devenu symbolique à Bordeaux "le Parvis des Droits de l'Homme" devant le TGI, nous irons en cortège accompagnés ces familles sous le coup de Dublin II à la préfecture. Ces familles n'arrêtent pas de dire : "Pourquoi on nous renvoie en Pologne puisque la Pologne nous a refusé deux fois l'asile". Elles ont compris le sort qui les attend après un temps passé en "Lager" - je cite - elles savent qu'elles seront "déportées", mot qu'elles emploient pour expulser. Dans une époque de glissements langagiers vers un autre temps, l'emploi de ces signifiants, par ces familles, résonne de lui-même.
[ndlr : à propos de glissement langagier, cinq des "six de Pau", poursuivis pour avoir fait savoir au préfet des Pyrénées Atlantiques que certains traitements infligés aux étrangers sans titre de séjour faisaient remonter des souvenirs franco-français vieux de 60 ans, ont été condamnés par la justice ce 12 août. Il s’agit bien d’une opinion interdite d'expression.]
- Nice, 12 août 2010. 12/08/2010 01:40:29 Ce matin, 10h, une équipe de gros bras en uniforme s’est attaquée au pacifique campement de fortune des demandeurs d’asile réfugiés sur le toit du parking du Peillon. On nous parle de valises, de sacs, de couvertures, de duvets balances dans une benne depuis le 3ème étage du parking. On évoque des agressions verbales et des intimidations physiques. Des papiers, importants pour ces demandeurs d’asile d’Afrique et du Caucase, ont sans doute été perdus. Avec leurs illusions d’une France ouverte à l’exilé ! Nous déposerons vendredi une plainte entre les mains de Monsieur le Procureur de la République. Il faut nous rejoindre, très nombreux s’il vous plaît, devant la Palais de Justice a 9h00. Demandeurs d’asile, militants et citoyens seront là pour recourir à ce qui demeure de la République dans cette ville : son procureur.

Pour les "reconduites à la frontière", selon France Info, "le ministère de l’Intérieur a de plus en plus souvent recours à des petits avions de location, pour expulser des sans-papiers, depuis des aérodromes discrets. (…)
Sous couvert d’anonymat, un policier affecté au réacheminement de sans-papiers nous confirme que sa hiérarchie privilégie régulièrement ces vols privés aux vols réguliers d’Air France, surtout lorsque des enfants sont concernés, qu’ils bénéficient du soutien d’associations et dont la presse pourrait se faire l’écho. Il faut être discrets, confie un policier : l’image des charters d’immigrés aurait laissé des traces.
D’ailleurs, sur les avions de ligne d’Air France, les incidents seraient trop fréquents au goût du ministère. Régulièrement, des passagers font part de leur colère ou de leur émoi ; certains pilotes refusent même de laisser les forces de l’ordre monter à bord."
Ces déplacements et expulsions en rafale des lieux même les plus inhospitaliers, comme nous en relations quelques uns le 4 juillet, le 14 juillet, et le 23 juillet, resteront la marque de cet été 2010. Un communiqué de l’AFP du 12 août 2010nous informe que plus de 40 camps de Roms démantelés en 15 jours. Dont celui de Saint Etienne.
Tout espoir n’est cependant pas perdu d’un retour à l’humanité : vertement critiquée par le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale (CERD) de l'ONU, la France a annoncé le lancement d'un plan national de lutte contre le racisme.
Martine et Jean-Claude Vernier
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Tous les commentaires
Si la nationalité française n’est plus unique, comme le stipule la constituion française, mais sa qualité dépend de l’ancienneté de son acquisition, alors on peut s’interroger sur le bien fondé d’accorder l’accessibilité à la magistrature suprême, la présidence de la République à un fils d’immigré.
Émébaj
Et si on balançait à la mer d'abord ceux qui se sont alourdis le plus, en piochant dans les trésors de l'état, pour éviter le nauffrage?
La liste est longue!
Continuez votre action indispensable. Bravo. Que de souffrances causées par la cruauté xénophobe, quand cela cessera-t-il ? France, retrouve ta dignité !
Continuez votre action indispensable. Bravo
100% d'accord, ce combat est indispensable
Faudra-t-il les cacher dans des greniers,des lieux isolés, des granges,comme si on revenait 60 ans en arrière:on dit que l'histoire bégaie.
L'histoire s'étrangle !
Les Rroms de Roumanie ont des visa d'entrée dans le pays. Ils se sont fait pas mal invisibles. La France les débusque et les jette sur les troitoires. Avec les vieux, et les bébés. En grand nombre. 43 camps illégaux supprimés par la force publique, la police, CRS, préfets, (sauf 1) en 15 jours.
La loi nous interdit de leur porter secours.
Je pose deux questions - à quand les camps (de rétention, de regroupement, de concentration ) après tout les mots veulent dire quelque chose et les gens iront dans les camps, si cela permet l'espoir d'un biberon pour bébé et la soupe pour mama.
Et combien cela coûte, cette "politique" des à coups publicitaires ?
Combien cela coûte, en euros ? Qui va nous rendre comptes ?
Les Gens de Voyage (on croit de lire un mauvais livre de science fiction), quant à eux, je ne m'étonne pas de leur colère qui rejoint la colère rentrée des autres exclus sociaux. Pour parler français.
les intrus
les indésirables
Les administrations emploient vraiment ces catégories ? ils établissent de telles différences ?
Ils ont des expressions bien plus distiguées: "Les statistiques d’EURODAC sont basées sur les relevés d'empreintes digitales de toutes les personnes âgées de 14 ans et plus ayant introduit des demandes d'asile dans les États membres ou ayant été appréhendées lors du franchissement irrégulier de la frontière extérieure d’un État membre ou alors qu’elles se trouvaient illégalement sur le territoire d’un État membre (lorsque les autorités compétentes estiment nécessaire de vérifier l’existence d’une éventuelle demande d’asile antérieure)."
-14 ans et plus : pourquoi cette barre là, et pas une autre
-Toute cette activité passée au fichage, tous les métiers que cela génère