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Sep

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Respect du droit ou respect des étrangers, il faut choisir

Selon un communiqué du PS du 23 novembre 2012, "l’action du gouvernement s’inscrit dans un souci de respect des droits des étrangers et du respect du droit". Le souci, justement, c'est que la loi qui régit la vie des étrangers en France - le droit, donc - considère comme peu de chose leurs droits humains fondamentaux. Après sept mois de cet impossible double respect, où en est-on?

Le Réseau Education Sans Frontières (RESF) est né du besoin de protection des enfants des écoles et des adolescents des lycées lorsque leur nationalité étrangère les met en péril. Il est actif un peu partout en France autour d'eux. Il a entrepris de dresser la liste des urgences graves dont il a eu connaissance et contre lesquelles il s'est mobilisé et a su mobiliser, souvent avec succès, depuis mai 2012. La liste est interminable de ces situations humaines brisées par ledit "respect de la loi". Nous en donnons les résumés. Le détail est sur le site.

JANVIER 2013

14 janvier, Saint-Brieuc (22). Zviad Suladze, Géorgien, a refait sa vie en France depuis huit ans, deux enfants ici (16 ans et 21 mois) Expulsion programmée pour le 14 janvier. RESF 22 et RESF 35 appellent à un rassemblement devant le CRA de Rennes lundi 14 janvier à 12h30 pour demander la libération de Zviad Suladze, ainsi que celle de Clara K, une demandeuse d'asile congolaise du Nord Kivu, mariée à un réfugié angolais, dont l'expulsion est prévue le 15 janvier. Message du 14 janvier à 19h55: Zviad Suladze vient d'être libéré par la préfecture des Côtes d'Armor... et régularisé ! Il reste Clara, toujours menacée.

11 janvier, Marseille (13) et Roissy. Troisième tentative d'expulsion et troisième refus de Herculano Ribeiro, capverdien vivant en France depuis 12 ans, père d'un enfant français de 6 ans. Roué de coups sur le tarmac. Libéré par le Juge de la Liberté et de la Détention, mais toujours hospitalisé. Sa libération, monsieur Ribeiro la doit d'abord à son courage personnel et à son obstination, après trois refus d'embarquement. C'est également une victoire de la solidarité, puisque de Marseille à Roissy, en passant par Meaux, les militants de la LDH et de RESF, les intervenants de la Cimade et une avocate disponible et percutante ont fait ce qu'il fallait pour que cet homme puisse faire valoir ses droits et retrouver la liberté.

9 janvier, Metz (57). Deux enfants en rétention (2 ans et 7 mois). Une famille arménienne demandeuse d'asile qui a refusé d'embarquer dans l'avion qui allait les expulser. Libérée du centre de rétention et assignée à résidence

9 janvier, Metz (57). Une famille de trois enfants en rétention. Légalement, ils n’avaient absolument rien à faire en rétention, car ils n'étaient pas en état de fuite et ils avaient déposé demande d’asile. Expulsée le 10 janvier.

7 janvier, Paris (75). Arrestation et placement en rétention d'un homme vivant en France depuis 6 ans, père de deux enfants nés depuis.Libéré par le Tribunal Administratif.

DECEMBRE 2012

31 décembre, Roissy (93). Ahmed Sohail, orphelin pakistanais arrivé à 15 ans. Expulsé et emprisonné à son arrivée à Karachi.

31 décembre, Lille (59). Azzedine B, Ahmed B, algériens, vivant et travaillant en France depuis de nombreuses années, grévistes de la faim à Lille depuis 58 jours et dans un état de santé critique. Expulsés vers l’Algérie.

26 décembre, Paris (75). Une jeune mère roumaine, mise en rétention (dernière étape avant l'expulsion) le temps que l'administration comprenne qu'il n'y avait aucune raison. Libérée le 28 décembre par la Préfecture de Police de Paris.

19 décembre, Reims (51).Tentative d’expulsion de D., 40 ans, d’origine arménienne. Assigné à résidence, après le rejet de sa demande d’asile avec sa famille. Libéré par le Tribunal Administratif le 22 décembre.

17 décembre, Grenoble (38) Expulsion des Roms du hangar dit « de la MC2 », à Grenoble. A 6h10, la police a encerclé le hangar, situé face à l'Externat Notre-Dame, non loin de la MC2 (hangar occupé en majorité par des roms roumains venus se réfugier là après l'expulsion du camp de La Tronche en juillet 2012).

12 décembre, Le Mans (72). Alors qu’il se rendait au commissariat pour aller pointer comme il le faisait depuis la rentrée, Wissem R., élève de 1ère bac pro « plastiques et composites » a été arrêté, menotté et jeté dans une voiture de police. Expulsé en Tunisie le 12 décembre.

12 décembre, Belfort (90). Une famille kosovare, hébergée à l'Armée du Salut, avec ses deux enfants de 5 ans et 8 mois. Expulsée le 12 décembre

7 décembre, Tours (37). Une famille qui a quitté l’Arménie en 1988, fuyant les violences infligées aux couples mixtes : père Arménien chrétien, mère Azéri musulmane. Arrestation et mise en rétention du père, qui refusera d’embarquer. Libéré le 27 décembre, après 20 jours de rétention.

4 décembre, La Varenne St Hilaire (94). Arrestation et placement en rétention au CRA de Vincennes d’Ayman El Ouardi, en France depuis 3 ans, élève en lycée à La Varenne St Hilaire. Il rentrait dans les critères de la circulaire Valls. Expulsé le 12 décembre

1er décembre, Lyon (69) . Zone d’attente de l’aéroport Lyon. Une mineure de 16 ans, venue du Congo, placée en zone d'attente pour 4 jours, elle demande l'asile. De procédures illégales en précipitation incompréhensible, au mépris d'une demande de la cour Européenne des droits de l'homme, saisie en urgence, "de ne pas expulser la requérante vers la république du Congo". elle a été elle a été expulsée le 7 décembre. Arrivée à Kinshasa, elle été aussitôt arrêtée et enfermée dans un commissariat.

NOVEMBRE 2012

30 novembre, Paris (75). Un cuisinier chinois, père d¹une fille de 6 ans, atttendant un deuxième enfant, placé en rétention. Libéré par la préfecture le 4 décembre.

28 novembre, Yvelines. Un ouvrier du bâtiment, arrêté et placé en rétention à Plaisir (78), père de deux enfants de 3 ans et 1 an et demi. Libéré par la préfecture de Versailles le 30 novembre.

22 novembre, Montrouge (92). Un Ukrainien, vivant à Montrouge avec sa femme et ses deux filles, placé en rétention. Libéré avec assignation à résidence le 29 novembre par le Juge des Libertés et de la Détention.

21 novembre, Nantes (44). Un kurde de nationalité turque, en France depuis 7 ans, il vit à Nantes avec sa femme et ses trois filles. Suite à une dénonciation, six policiers de la PAF ont débarqué à son domicile, et l'ont placé en centre de rétention.

20 ou 21 novembre, Nantes (44). Seiran Harutunyan arrêté à Chatellerault et placé en rétention au CRA du Mesnil Amelot. Arrivé à Nantes en 2010 avec femme et sa fille Knarik, après avoir séjourné en Russie, puis en Suisse. Expulsé le 28 novembre avec un autre père arménien. A Erevan (Arménie), Seiran Harutunyan est livré au poste de police, et doit s’engager à payer une amende de quelque 5000 euros, pour éviter la prison

20 novembre, Haute Saône (70). Djemal S. et Naze D., géorgiens yéside, en France depuis 2010. Djemal atteint d’une hépatite, a fait une demande de titre comme étranger malade qui a abouti à une Obligation de Quittter le Territoire Français OQTF). Arrêtés et expulsés vers la Pologne.

19 novembre, Lyon (69). Serguei S., arménien, en France depuis 2004. Sa femme, née en Azerbaïdjan, l’a rejoint en France. Leur fille est née en 2005 en France et elle est scolarisée depuis 2008. Libéré par le Tribunal Administratif le 23 novembre.

17 novembre, Amiens (80). Un père de famille arménien, arrêté au faciès à Amiens en plein weekend, sans téléphone. Le travail de défense juridique de la Cimade (présente dans le CRA) s'appuyant sur les documents faxés par le RESF d'Amiens. Libéré le 23 novembre par le Juge des Libertés et de la Détention.

14 novembre. Tentative brutale d'expulsion d’un tunisien, filmée dans l’avion par un passager.

Et cela continue, encore et encore: en juin 2012, 20 drames, 21 en juillet, 28 en août (sans compter les innombrables évacuations des campements de Rroms, accompagnées de centaines de "retours volontaires" au pays), 21 en septembre, 8 en octobre, 14 en novembre, 12 en décembre. 124 drames qui ne sont qu'une petite part des quelque 25000 mises en rétention et 15000 expulsions de la période.

La famille albano-serbe Emini détient un amer record: quatre fois mise en rétention ou assignée à résidence en sept mois, quatre fois libérée, et toujours menacée d'expulsion vers la Serbie par un préfet obstiné. Emir (7 ans), gravement traumatisé par la violence des arrestation à leur domicile et l'enfermement, bénéficie d'un suivi en pédopsychologie régulier. Écoutez-le dans le JT de FR3 (top: 4 min 23 sec)!

Martine et Jean-Claude Vernier

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Tous les commentaires

14/01/2013, 20:27 | Par poppie

Tout ça est lamentable.

On n'en peut plus de voir nos autorités se comporter d'une façon aussi ignoble! 

Et dire qu'ils prétendent nous représenter... Ah non alors! Ils ne représentent qu'une poignée de dirigeants du monde, sans scrupules!  Nous sommes captifs nous aussi, d'une façon beaucoup plus "soft" mais si on était libres, on choisirait de vivre avec des êtres capables d'humanité comme tous ceux qui veulent simplement manger et se loger, éviter la misère et marcher avec leurs enfants sans chaînes aux pieds.

Ce climat de véritable guerre contre l'autre est insupportable.

On se sent littéralement piégés nous aussi, on n'en peut plus de toute cette laideur!

 

15/01/2013, 17:38 | Par Boris Carrier

L'article du site qui diffuse la vidéo de la "reconduite" râtée du Tunisien sur un vol de Lyon à Tunis grâce à l'hostilité (trop rare) des passagers (pour ceux qui ont râté le lien : http://lyon.actu.fr/actualite/buzz-expulsion-a-lyon-tunisien-video-27579) contextualise bien cette action: "L’expulsion à Lyon de ce Tunisien n’est pas sans rappeler l’expulsion la semaine dernière d’un squat à Lyon Vileurbanne ainsi que les expulsions de roms à Villeurbanne."

 

Il est clair que le gouvernement a choisi dès le début le respect du droit entendu au sens de la loi des nantis face à l'injustice au quotidien des déshérités.

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