Jeu.
24
Avr

MEDIAPART

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La vieille dame qui regardait passer les avions

© Jonasz

La couleur presque myosotis de ses yeux était tout ce qui subsistait d’un regard qui avait du être ensorcelant autrefois. Une sorte d’humeur aqueuse voilait désormais la sclérotique jaunie, parsemée de fins vaisseaux. Le phénomène s’accentuait jusqu’à l’apparition de la brillance des larmes lorsqu’elle levait la tête pour traquer un coin de ciel entre les débords de toits et les pignons. Elle venait chaque jour y lire les messages des trainées vaporeuses tracées par de minuscules insectes scintillants : les avions.

L'âme des arbres

Hier, j'ai reçu des antipodes le salut d'un ami, traducteur en langues océanes et passeur de messages premiers.

Maija ou « l’heure bleu »

© Jonasz


« Bonjour toutes et tous. Quand le volet est ouvert je suis là ou pas loin. Si le vent de sud sud-ouest continue à souffler, j’attends le nord-est !!! Il m’est difficile de vous accueillir pendant les grandes marées (Cabane très inondable !!) »


Un cagibi comme une guérite plantée à la frontière d’elle-même, un point de non-détour ou l’accomplissement de l’œuvre ne se peut faire que dans la transgression. Tel est l’antre de long séjour où Maïja agite ses tresses blondes, un peu comme un bout de Finlande qui aurait planté là un pavillon espiègle pour mieux étourdir ceux qui ne sont pas prêts à la surprise.

Prendre un papillon


© Jonasz
Prendre un papillon c’est froisser un rêve de couleurs qui volent, épingler un regret de fleur qui rêvait de maraudes. Qu’il soit l’éphémère amoureux agitant sa fragilité dans l’urgence du matin, la flamboyante proserpine ivre de corolles, le sphinx figé au crépuscule dans son masque d’éternité ou bien encore la sombre phalène cognant le verre de la lampe, il doit vivre intact.

Lumière ! La nuit surtout

© DR

Sans doute attiré par la chaleur de ma peau de juillet, comme un ersatz de celle du foyer, odeur du pain cuit en moins, un grillon était passé par l’échancrure de ma chemise.
Après une exploration dans le cou, il se lova juste sous mon oreille gauche pour que j’entende mieux ce qu’il brûlait d’envie de me dire. Soucieux de ne rien perdre de ses confidences, je le laissais faire sans broncher. Ses crissements s’élevèrent, doucement d’abord, puis de plus en plus fort.

La courandière de baraganes

© Fonds perso Jonasz

Je le vois extirper son livret militaire de la musette, se saisir de la photo qu’il y a serrée bien à l’abri des sanies et de la boue, la contempler, puis s’adosser commodément au parapet, les yeux clos pour mieux asservir ses souvenirs. Deux ans et demi sans la moindre permission de détente. Les soirs d’accalmie où l’on peut trouver le répit en de tendres divagations doivent être rares au fond de la tranchée.

En v’la de la commémo en v’la

Soldats africains blessés  : Gare de Fère-en-TardenoisSoldats africains blessés  : Gare de Fère-en-Tardenois © DR

« La Grande Guerre a encore beaucoup à apprendre à la France d’aujourd’hui. Mais quoi donc diront des innocents ; ceux qui ne veulent pas regarder l’histoire ou qui pensent qu’elle ne se répète pas ? »

Chavela Vargas

Un petit partage avec celles et ceux qui ne connaissent peut-être pas la vierge en poncho rouge et cheveux d'argent, lesbienne qui fumait le cigare et carburait à la tequila.

Filles en cheveux

© Degas

On vous appelait grisettes, cousettes, midinettes ; parfois encore trottins ou même petites mains. Le jour n’était pas encore levé qu’on entendait vos bottines alertes sonner sur le pavé, à l’angle des rues Saint-Honoré et d’Alger. Vos jolis minois en cheveux n’avaient nul besoin pour rehausser votre grâce, du contenu des boites à chapeaux qu’on vous faisait livrer à toute heure de la journée.

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