Portfolio

150e anniversaire de la naissance de Karl Liebknecht

Un portfolio. En hommage à Karl Liebknecht, à son combat contre le militarisme, la guerre, la course aux armements. En hommage à son combat contre le capitalisme et pour son combat révolutionnaire. En hommage à ce militant assassiné par les corps francs et le réformisme au pouvoir. (comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com)
  1. Illustration d'un article de Fernand Caussy publié le 16 janvier 2020 dans le journal l'Humanité

    Lien pour les articles de et sur Karl Liebknecht : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/tag/karl%20liebknecht/  http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/search/Karl%20Liebknecht/

  2. 1907 Karl Liebknecht est l'un des fils de Wilhem Liebknecht, qui s'opposa à la guerre de 1870 et défendit la Commune. Condamné à 4 ans pour haute trahison, il inaugurait ainsi une tradition familiale que poursuivit Karl.

    En effet, Karl Liebknecht publie en 1907 l'un de ses seuls textes théoriques "Militarisme et antimilitarisme". Précisant "en prenant en considération surtout la jeunesse", liant ainsi ses deux combats en un seul titre.

    Cet écrit lui valut un procès et une condamnation pour le même motif que son père à 1 an et demi de prison.

    "Si nous avons caractérisé plus haut la fonction du militarisme contre l’ennemi extérieur comme une fonction nationale, cela ne veut pas dire qu’elle corresponde aux intérêts et à la volonté des peuples gouvernés et exploités par le capitalisme. Le prolétariat du monde entier n’a rien à attendre de cette politique qui rend le militarisme nécessaire vis-à-vis de l’extérieur, et ses intérêts s'y opposent même de la façon la plus flagrante. Cette politique sert directement ou indirectement les intérêts des classes dominantes du capitalisme. Avec plus ou moins d’habilité, elle s’efforce d’ouvrir la voie dans le monde entier à la production et à la concurrence absurde et meurtrière du capitalisme, foulant aux pieds tous ses devoirs culturels à l’égard des peuples moins développés ; et elle ne fait au fond rien d’autre que mettre en danger l’existence même de notre civilisation en provoquant des complications et des conflits dans le monde entier.

     

  3. 1909. Avec Rosa Luxemburg, Congrès de Leipzig. Karl Liebknecht participe directement et avec force aux Congrès du Parti social-démocrate allemand. Exemples : en 1904, il met en avant le combat contre le militarisme et demande la création d'une organisation de jeunesse, en 1905, instruit par la première révolution en Russie, il défend l'importance de la grève générale comme moyen de lutte. Au Congrès de Essen en 1907, il déclare concernant la "politique coloniale social-démocrate" prônée par les réformistes :

    La question me semble en grande mesure clarifiée, principalement après les prises de parole de Wurm et Kautsky. J'aimerais seulement attirer l'attention sur un point. Quand on dit que le mot employé importe peu, mais que l'important est le sens qu'il recouvre, ce n'est pas tout à fait juste. Il y a des termes qui prennent un sens traditionnel et ne pas être attentif à ce sens, constitue une faute tactique grave. Celui qui utiliserait le mot militarisme pour désigner notre point du programme sur la milice se heurterait avec raison à une opposition farouche. Il en est de même du terme politique coloniale, qui possède un sens historique très précis que nous ne pouvons pas ignorer. Et pourquoi devrions-nous accoler ce terme abject et sanglant au mot sacré de social-démocratie? Nous voulons mener une politique social-démocrate qui soit expression de la civilisation, une Kulturpolitik. L'expression "Politique coloniale social-démocrate" est une contradiction  en soi; car ce terme "colonie" inclut justement les notions de "mise sous tutelle", de "domination", de "dépendance".

  4. 1912 Karl Liebkknecht est élu député de Posdtam,  la circonscription même où réside la cour impériale,

  5. 1914. Le 4 août 1914, Karl Liebknecht vote par discipline de parti les crédits de guerre.

    En tant que député, il se rend en septembre en Belgique pour enquêter. Un document unique rédigé par un poète et militant belge Camille Ferry témoigne sur cette visite.

    La brochure  n'est plus accessible mais un article en présente de larges extraits : 

    https://rouges-flammes.blogspot.com/2014/10/1914-1918-uomini-contro-cest-alors-que.html

    Le 2 décembre 1914 seul de son parti, seul de tous les députés du Reichstag, il se lève et dit non au nouveau vote des budgets. Il déclare :

    "Nous mettons les gouvernements et les classes dirigeantes de tous les pays belligérants en garde contre la poursuite de ce carnage et appelons les masses laborieuses de ces pays à en imposer la cessation. Seule une paix née sur le terrain de la solidarité internationale peut être une paix sûre. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous à nouveau malgré tout !

    En élevant une protestation contre la guerre, ses responsables et ceux qui la mènent, contre la politique générale qui l'a provoquée, contre les plans d'annexion, contre la violation de la neutralité de la Belgique, contre la dictature militaire, contre l'oubli des devoirs politiques et sociaux dont les classes dirigeantes se rendent coupables aussi et surtout maintenant, nous refusons les crédits demandés."

  6. 1915 Karl Liebknecht est exclu du parti. Il est aussi  par représailles mobilisé par le pouvoir impérial.

  7. Ayant indiqué qu'il refuserait de tirer, il fut affecté à des travaux de terrassement.

  8. 1er mai 1916 Depuis 1914, Karl Liebknecht s'est rapproché du courant révolutionnaire de Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Franz Mehring, Leo Jogiches pour ne citer que les plus connus. En 1915 se crée le groupe l'Internationale qui deviendra le groupe Spartakiste. C'est ce courant qui le 1er mai 1916 organise en pleine guerre, en plein Berlin une manifestation aux cris de "A bas la guerre, à bas le couvernement".

  9. Il est arrêté sur le champ.

  10. Il sera condamné de nouveau pour haute trahison d'abord à une année et demie et en appel à quatre ans de prison. Il ne sera libéré en novembre 18 que par la révolution.

    Rosa Luxemburg sera arrêtée en juillet  et Franz Mehring, ce militant de plus de 70 ans en août. Karl Liebknecht écrit :

    "Il [le militarisme allemand"] livre ses batailles les plus glorieuses en Allemagne, contre des Allemands, contre les gens que la faim tenaille et qui sont assoiffés de liberté et de paix. Il remporte quotidiennement des victoires contre des gens sans défense, contre des femmes, des enfants, des vieillards ; des victoires que ne célèbre aucun carillon. Et il fait, au cours de ces opérations-là, des prisonniers, des milliers de prisonniers, que n’annonce aucun communiqué de G.Q.G.

    Le 10 juillet, sa brillante attaque a abattu Rosa Luxemburg Il vient maintenant de remporter un nouveau triomphe que chantera la postérité.

    Par un assaut hardi il a réussi à maîtriser le septuagénaire Franz Mehring et à emmener prisonnier celui dont les coups faisaient trembler un Bismarck.

    Enfin ! L’Allemagne officielle et officieuse respire !"

     

  11. 9 novembre 1918 Le courant réformiste qui a soutenu la boucherie de 14-18, qui proclame la république et travaille avec les anciennes institutions dont l'armée.

    Karl Liebknecht proclame alors la "République socialiste libre d'Allemagne.

    « Camarades, voici l’aube de notre liberté. Jamais un Hohenzollern* ne mettra plus le pied ici. Ce sont les esprits de millions de personnes qui ont donné leur vie pour la cause sacrée du prolétariat. Avec les crânes brisés, baignant dans leur sang, ces victimes de la tyrannie ont titubé, suivies par les esprits de millions de femmes et d’enfants morts de chagrin et de misère pour la cause du prolétariat. Après eux sont venus les millions de victimes de cette guerre mondiale. Aujourd’hui, une multitude immense de prolétaires impassibles se tient sur la même place, rendant hommage à cette nouvelle liberté. Camarades, je proclame la République socialiste allemande libre qui réunira tous les Allemands dans laquelle il n’y aura plus de bourgeoisie, ni de chefs, ni de serviteurs ; dans laquelle tout travailleur recevra un salaire juste pour son travail. Le règne du capitalisme qui a transformé le continent européen en un marais de sang est brisé. […] Mais si le vieux monde est abattu, nous ne devons pas croire que notre tâche est achevée. Nous devons concentrer toutes nos forces pour construire le gouvernement des ouvriers et des soldats, et pour instaurer un nouvel ordre étatique du prolétariat, un ordre de paix, de bonheur et de liberté pour tous nos frères allemands et pour nos frères du monde entier. Nous leur tendons la main et les appelons à achever la révolution mondiale. Que ceux d’entre vous qui veulent voir réalisées la République socialiste libre d’Allemagne et la révolution mondiale lèvent la main en guise de serment. (Toutes les mains se lèvent et des cris fusent : vive la République !) […] »

  12. 1918 La révolution qui a commencé à Kiel en octobre et s'est étendu sur toute l'Allemagne est combattu par le courant majoritaire . Ce combat sera jalonné de morts comme le 6 décembre à Berlin. Liebknecht prend la parole lors de la manifestation qui suivit.

  13. 1918 Des appels au meurtre s'affichent dans toute la ville: "Abattez leurs dirigeants [spartakistes]! Tuez Liebknecht!" Le Vorwärts, journal des "socialistes" de gouvernement publie un article : "L'heure de régler les comptes arrive". Rosa Luxemburg décrit cela dans un article "Un jeu dangereux".

  14. 15 janvier 1919 Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassinés le 15 janvier par les corps francs, prédécesseurs des troupes nazies, créés sous le ministère du social-démocrate Noske. Leo Jogiches camarade de toujours de Rosa Luxemburg sera assassiné en mars.

    Georg Grosz dessine cet hommage.

  15. 15 janvier 1919 Comme le dernier texte de Rosa Luxemburg, le dernier article de Karl Liebknecht porte un titre symbolique. Pour nous, malgré tout, malgré les attaques et les défaites, la lutte de Liebknecht reste un élément de réflexion et d'espoir :

    « Spartakus vaincu ! »

    Doucement ! Nous n’avons pas fui, nous ne sommes pas battus ! Et même si vous nous enchaînez, nous sommes là et nous restons là ! Et la victoire sera nôtre !

    Car Spartakus, cela signifie : feu et flamme, cela signifie : coeur et âme, cela signifie volonté et action de la révolution du prolétariat. Et Spartakus - cela signifie détresse et aspiration au bonheur, volonté de mener la lutte du prolétariat conscient. Car Spartakus, cela signifie socialisme et révolution mondiale.

  16. Quelques ouvrages et liens:

    Gilbert Badia, Les Spartakistes. Réédité récemment et de belle façon aux Editions Otium.

    karl liebknecht, militarisme, guerre, révolution. Choix de textes et présentation de claudie weill Traduction de marcel ollivier, chez françois maspero, BS17, 1970.

    A bas la guerre, à bas le gouvernement aux Editions de l'Epervier (les textes du procès Liebknecht.)

    Les éditions des Belles lettres ont donné un accès gratuit au texte de Liebknecht : https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2020/04/rosa-luxemburg-karl-liebknecht.l-ennemi-principal-est-dans-notre-propre-pays-acces-gratuit-sur-le-site-les-bons-caracteres.html

    marxist.org donne accès à certains textes de Liebknecht traduit en français

    Et bien entendu les publications sur mes deux sites : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog. et comprendreavecrosaluxemburgdossiersetdocuments (consacré plus particulièrement au colonialisme, militarisme, impérialisme)

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