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Juif de personne

Aucune existence ne va de soi, a fortiori celle lestée dès le départ par l'ombre de la déportation. Etre juif et fils de "dèpes" : comment faire tenir tout ça, tenir avec tout ça. C'est cette construction personnelle, sabre au clair, que raconte le livre.
  1. Le livre est sorti le 9 octobre dernier et depuis j'en traque la recension dans mes journaux préférés et même dans les autres (je ne suis pas une adepte de la radio). Rien trouvé encore. Je suis déçue.

    Pourquoi ?

    D'abord parce que c'est un livre qui ne laisse pas indemne ou plus exactement qui ne m'a pas laissée indemne (mais l'auteur m'avait prévenue dès l'épilogue introductif de l'ouvrage). Ensuite parce que j'aimerais lire quelque chose d'intelligent à son propos et je ne suis pas sûre d'être la mieux placée pour ça : pas juive et incapable de prendre la distance qu'il faudrait pour avoir recueilli de celle que j'ai toujours appelée Hélène une partie de cette histoire là.

    Ce bref croisement de nos trajectoires, je le dois à ma mère qui fut quelque temps la baby - sitter de Michel. Hélène l'avait prévenue : son fils pleurait beaucoup. Trouvant les biberons un peu chiches, ma mère avait pris sur elle d'augmenter les doses sans rien dire à personne. "C'était un enfant "de grande vie", tonique, réceptif, très présent et il avait manifestement faim" me dit-elle.

    La faim, la raison d'une rare colère d'Hélène...

    Aucune existence ne va de soi, a fortiori celle lestée dès le départ par l'ombre de la déportation. Etre juif et fils de "dèpes" : comment faire tenir tout ça, tenir avec tout ça. C'est cette construction personnelle, sabre au clair, que raconte le livre. J'ai pensé "un juif au singulier " à un moment donné mais cela ressemblait trop à "un homme au singulier" de C. Isherwood qui n'a pas grand chose à voir si ce n'est une certaine forme de solitude. Mais celle-ci a quelque chose de rageur ... et puis "juif de personne", c'est nettement plus fort.

    J'ai lu le livre dans sa chronologie, je veux dire dans le sens des pages. Maintenant j'ai envie de rouvrir au hasard, le relire dans tous les sens (sens dessus dessous ?), dans le désordre. Tomber sur Auschwitz en hiver, sur la version de la Torah teintée d'Hollywood, le récit d'Alex ou celui d'Hélène (Leni)... Juste pour voir, changer d'angle.

    "Lectrice, lecteur, je ne suis pas certain de te retrouver au bas de la dernière page. Si je te tombe des mains, je n'ai qu'une demande à te faire. Ne me laisse pas crever sur un rayonnage de ta bibliothèque". Aucun risque.

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