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Le lac, la centrale nucléaire et le réchauffement climatique

La centrale nucléaire de Cattenom est refroidie en pompant l’eau de la Moselle. Pour maintenir le niveau de la rivière en période de sécheresse, un lac artificiel a été créé à 140 km au sud, à Pierre-Percée. Avec le réchauffement climatique, les lâchers d’eau sont plus importants, le niveau du lac baisse. La ressource en eau devient un problème pour le refroidissement de la centrale.
  1. Juillet 2018. On remarque un fin liseré ocre qui court le long de la rive du lac.Il correspond au début de la baisse du niveau d'eau.

  2. Novembre 2019. Les étés 2018 et 2019 ont été particulièrement chauds et secs. Les lâchers d'eau pour maintenir le niveau de la Moselle ont donc été particulièrement importants. L'hiver 2018-2019 a lui aussi été sec, le lac a donc été faiblement approvisionné en eau.

  3. Novembre 2019. Le lac de Pierre-Percée a été créé en noyant un ensemble de vallées en encaissées, ce qui lui donne une capacité importante (62 millions de m³). Mais l'apport en eau des ruisseaux qui s'y jettent directement est très faible. Un second lac a donc été créé en contrebas, dans la vallée, sur le cours de la Plaine. Il est approvisionné par tout le bassin versant de cette rivière. L'eau accumulée par le lac de la Plaine est pompée pour approvisionner le lac de Pierre-Percée. Les années sèches, les lâchers d'eau pour maintenir le niveau de la Moselle sont plus importants, tandis que le lac de la Plaine reçoit moins d'eau.

  4. Août 2019. Malgré la canicule, la Plaine en aval du barrage de Pierre-Percée est pleine à ras-bord, du fait des lâchers d'eau. En hiver, la situation est inverse, l'eau étant pompée au niveau du lac de la Plaine pour réapprovisionner le lac de Pierre-Percée, le niveau de la rivière est au plus bas.

  5. Novembre 2019. La végétation reprend sur les pentes découvertes par la baisse des eaux. De haut en bas : l'eau montait initialement jusqu'au pied des bouleaux; la bande où la végétation est la plus drue et la plus verte est celle qui a été découverte en 2018; puis vient le terrain qui a été découvert en 2019; en bas, le niveau du lac.

  6. Janvier 2019. Des pentes boisées, quelques champs et prairies en fond de vallée, un hameau, voilà ce que le lac a recouvert. Avant sa mise en eau, les arbres ont été abattus, les maisons détruites. C'est le paysage ainsi créé qui est découvert par la baisse des eaux.

  7. Janvier 2020. La végétation reprend et couvre le sol d'un tapi vert.

  8. Janvier 2019. Tout le paysage jusqu'au pied des arbres est normalement sous l'eau. On distingue l'ancienne route qui descendait la vallée jusqu'au hameau de Xapénamoulin. Nous sommes sur le site de la base nautique des Bordes, une petite plage, un club de canoë-kayak, quelques petits voiliers amarrés au milieu de l'eau. Ceux-ci sont un peu plus bas, où il y a encore de l'eau.

  9. Janvier 2019. Base nautique des Bordes. Échouées, les bouées qui flottent normalement à la surface de l'eau et auxquelles s'amarrent les bateaux.

  10. Janvier 2019. L'ancienne route s'enfonce sous l'eau et continue vers le hameau englouti.

  11. Janvier 2020. Base nautique des Bordes. Le lac est encore un peu plus loin, un peu plus bas. Dans les schéma de développement local, le lac de Pierre-Percée est le point majeur d'attraction touristique, et le tourisme le principal moteur de la création d'emploi ("La création des lacs artificiels de Celles-sur-Plaine et de Pierre-Percée a fait naître une vocation touristique. La réalisation d'équipements d'accueil et de loisirs génère une économie créatrice d'emploi. La récente labellisation de "pôle d'excellence rurale" devrait venir conforter la notoriété d'un site possédant un énorme potentiel de développement." écrivait en 2012 Bernard Muller, maire de Badonviller, l'une des communes limitrophes du lac de Pierre-Percée).

  12. Janvier 2020. Les bateaux, en contrebas de la base nautique des Bordes. Lors de leur mise en eau au début des années 90, les lacs de Pierre-Percée et de la Plaine ont été vendus comme les moteurs d'un développement touristique créateur d'emploi, dans un contexte dans lequel les industries, importantes dans le secteur, avaient disparu en quelques décennies, comme le chemin de fer qui les desservait. Ce discours avait encore cours tout récemment, éludant pudiquement le lien entre les lacs et l'industrie nucléaire, peu compatible avec l'image de nature - loisir. Aujourd'hui on sait qu'avec le réchauffement climatique, le niveau du lac tantôt remontera, tantôt redescendra, mais globalement sera de plus en plus bas tant qu'il sera utilisé pour maintenir le niveau de la Moselle, dont les eaux sont pompées pour refroidir la centrale nucléaire de Cattenom, en période de sécheresse. La vocation nucléaire entre clairement en conflit avec la vocation touristique, qui voudrait que le lac soit de nouveau rempli et reste plein.

    Voir aussi : https://depexonneabadonviller.wordpress.com/

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