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Retraite aux flambeaux, pas en lambeaux!

L'intersyndicale a choisi un nouveau parcours, une nouvelle protestation, pour tous les âges : retraite aux flambeaux, place de l'Europe (Chamalières) à place de Jaude (Clermont-Ferrand). Une ambiance familiale, festive et protestataire suivie d'un concert. Excellente participation de milliers de personnes au coude-à-coude et déterminés à rejeter cette réforme de régression sociale.
  1. Cinquième manifestation pour le retrait de cette réforme des retraites : l'intersyndicale CGT, FO, Solidaire, FSU, CFE-CGC et UNEF a décidé d'une retraite aux flambeaux ce samedi à 16h30. Pari risqué et réussi, respiration de cette mobilisation massive et déterminée.

  2. A 16h15, les premières personnes arrivent sur ce lieu, carrefour déplaisant de routes avec de multiples "haricots". Peu à peu, les manifestant.e.s arrivent, se reconnaissent, discutent, sourires et rires ne manquent pas. Ce soir, beaucoup de familles entières sont venues avec leurs jeunes enfants bien emmitouflés, la température étant basse et les rue de Royat et de Blatin bien fraîches. On attend que le jour baisse assez pour allumer les flambeaux. C'est donc un bon moment pour se rassembler, passer d'un groupe à l'autre et se donner des nouvelles, pas toujours syndicales ou politiques.

  3. La CGT toujours très organisée - c'est bien utile et bien plus ! - distribue à ses militants des torches qui serviront tout au long de la manifestation. Les flambeaux sont de toutes sortes, les traditionnels comme les électriques et les lampes-tempête que certain.e.s ont encore dans leur cave ou sur leur cheminée.

  4. Quand on en est à sa cinquième manif et souvent quelques "bricoles" - comme ce matin à la permanence du candidat aux municipales qui se dit écolo, vrai sous-marin de LREM, probablement propulsé par Michelin à cette candidature - bref, quand on en est à sa cinquième manif, on se retrouve entre camarades certes mais aussi entre copains ou copines, gonflés par le succès qui s'annonce avec les arrivées en flux continu. Cette fraternité n'est pas une sous-dimension des combats communs mais une dimension essentielle qui donne la frite et s'appelle l'humanité qui vit.

  5. Les torches passent de mains en mains, les mémés sont pas les dernières à les saisir ! Les drapeaux sont sortis et flottent au vent frais du soir qui s'annonce tandis que les sonos commencent à cracher leurs musiques. Certains, dans les camions, se chauffent la voix. Même avec le micro, faut tenir la distance.

  6. Pour lui cette retraite (-Macron) c'est la retraite en lambeaux mais il a trouvé une lampe-tempête qui peut tenir longtemps d'autant que, la tempête, on y est !

  7. On peut être Gilets jaunes, on a beau être Gilets Jaunes,  justement quand on est Gilets Jaunes et qu'on a passé l'hiver sur les ronds-points, on sait se protéger du froid. Elle savent s'en protéger. Ça n'empêche pas de tenir d'une main une "torche" et de l'autre, un flambeau en papier, pas encore allumé.

  8. C'est parti, on allume le feu ! Le crépuscule avance et les camions se mettent en place tandis que chaque porteur se passe le brulôt. C'est une sorte de vibration de satisfaction qui a parcouru la foule à ce moment précis où ce signal est déclenché. Enfin on allume sa torche ou son lampion et outre manifester, on se fait quelque peu plaisir ensemble. L'effet visuel commence, déjà pas si mal. On verra dans la descente, nuit tombée... et debout !

  9. Tout ce monde se met en ordre de marche pour descendre tout droit vers Jaude dans un Chamalières assez peu coutumier de la contestation laissant derrière ce carrefour commercial segmenté en tous sens pour la bagnole.

  10. Les porteurs et porteuses de la grande banderole intersyndicale pour le retrait immédiat sont fin prêt.e.s devant le phare allumé du camion qui suit. On attend encore quelques minutes pour que le jour ne soit plus. Passé ce délai, une nouvelle fois, le cortège s'ébranle, cette fois dans la nuit venue.

  11. C'est la descente, plus rapide qu'ordinaire - est-ce le froid ? - tous flambeaux allumés, vraiment toutes sortes de flambeaux.

  12. Une détermination tranquille et farouche qui valide les "On lâche rien" maintes fois proclamés et acclamés.

  13. La retraite c'est tous les âges qui sont concernés et tous les âges sont là, des plus jeunes - quelques mois - à pas mal de fois vingt ans. La solidarité intergénérationnelle est perceptible dans la manifestation. Elle est une nécessité à l'échelle de la France et bien au-delà. La réforme Macron par la clause du grand-père ou d'un parent proche, par ses dates-butoirs mises en avant pour les réserver à plus tard entame cette solidarité. Cette menace est sérieuse : comment vont réagir nos jeunes devenus moins jeunes avec la perspective de retraite en berne et en baisse et les menaces du réchauffement climatique, la baisse des ressources naturelles et celle de la bio-diversité ? On peut s'attendre à des tensions entre générations si cet ultralibéralisme n'est pas sérieusement mis à mal. L'Australie ouvre le bal, en grand !

  14. Quelques Gilets Jaunes et militants CGT précèdent la banderole, s'assurent que la voie est libre.

  15. Les feux de Bengale illuminent la scène du rouge qui sied à la foule pour exprimer sa colère.

  16. Le flux massif s'écoule vers le square de Verdun.

  17. Dans la rue où naquit Pierre Schoendoerffer ("romancier, réalisateur, scénariste et documentariste"),  le long cortège avance comme une coulée de  lave - volcan proche - dans la lueur des torches et le cône de lumière des réverbères. Les sonos successives crachent musique ou slogans repris par les manifestants.

  18. Après UNSA et  CGT, les SUD et FO précédé par son imposante banderole qui barre la rue.

  19. Au milieu de la foule, lueurs tenues haut et chant sur les lèvres.

  20. La lueur des torches montre la longueur du cortège où tous les âges se côtoient dans le même rejet de cette loi de régression sociale sous couvert d'une justice mensongère face au fond de pension et autres institutions financières qui attendent le pactole après la décoration du début de l'année.

  21. La belle ligne sous la lune !

  22. La déferlante montre son visage des bons jours, même dans la nuit.

  23. Tenir le vélo et le drapeau, chanter à tue-tête avec son copain. La FSU montre son nez.

  24. La FSU donne de la voix !

    "Au fait papi, c'était comment la retraite ?"

    Complément pédagogique : Au fait mami, c'était comment la planète avant ?

  25. Quand on vous dit que c'est tous les âges ... et certaines épaules !

  26. Eclairage maximal. A ma gauche c'est sourire. A ma droite c'est pensif. Au centre, surprise. Mais toujours de bonnes chaussures pour marcher !

  27. Depuis pas mal de temps, le cortège a franchi les limites de la commune pour s'engouffrer rue Blatin, fin d'itinéraire pour départ du 1er mai. La place de Jaude est en vue au loin devant le cortège.

  28. Vue du camion distribuant le café. Les voix répondent à la sono dans la même puissance ou ... à peu près.

  29. Voici le bout de la rue Blatin juste avant de déboucher sur la place de Jaude. Jonathan m'aide à monter sur un plot pour mieux surplomber la foule qui arrive et voir sa longueur. Ici le pack d'avant Gilets Jaunes.

  30. C'est long, c'est large. Tout est rempli. Les différents drapeaux s'agitent.

  31. Sur la place, le camion "Solidaires" peine à se garer dans la foule qui s'étale.

  32. Les quatre représentants des organisations syndicales sont sur la scène. Ils ne prendront pas les instruments derrière eux, c'est pour après les déclarations. Ici celle de la grosse, roque et efficace voix du responsable FO. Les autres potassent.

    Le concert en l'honneur des manifestants prend la relève pour danser, chanter, hurler. Au fond la cantine CGT sustente les estomacs en boissons et sandwichs. Il est 19h. La vie est là, palpable, fraternelle.

    On se retrouvera le 14 janvier et, quoique l'entourloupe de l'âge d'équilibre soit, on sera là pour le retrait.

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