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Sur un rond-point avec les Gilets Jaunes 63

Ce 16 novembre, pour fêter un an de luttes sur les rond-points et dans les villes, des Gilets Jaunes du Puy-de-Dôme régulièrement réunis à Cournon d'Auvergne, se sont donnés rendez-vous sur le rond-point de Gerzat. Chronique en images.
  1. Les premiers Gilets Jaunes, chargés de matériel, sont arrivés tôt dans le froid du matin pour installer tout ce qui peut l'être et permettre cette journée sur ce rond-point : barbecue, gâteau géant 1er anniversaire, bois pour se réchauffer, tentes pour se regrouper, converser ou se requinquer avec un café, un chocolat et quelques biscuits et sandwichs mais aussi banderoles revendicatives, tracts à distribuer. Prévu pour 13h, ce rassemblement au rond-point de Gerzat en est à ses débuts vers 12h15 avec peu de monde dans l'incertitude du nombre.

  2. La banderole colorée pour manifester les revendications des personnels hospitaliers du CHU de Clermont-Ferrand (et d'ailleurs),  et celles sur la chaîne des prises en charge des patients et des soins, est accrochée sur le flanc d'une tente visible par tou.te.s.

    La pétition du CHU de Clermont-Ferrand : http://chng.it/DZpPv5CngB  est close mais la nationale pour un plan d'urgence "Hôpital Public" est toujours active - vous pouvez signer - à : https://www.change.org/p/il-faut-un-plan-d-urgence-pour-sauver-l-h%C3%B4pital-public

  3. Sous la tente, les discussions vont bon train plutôt sur le mode intime et personnel que sur le mode revendicatif. Une Gilet jaune attentionnée offre un petit personnage chocolaté apportant ce qui fait du bien par la bouche et le coeur.

  4. Le feu n'est pour le moment qu'une petite fumée qui a du mal à s'enflammer vu l'humidité. Il faudra tout l'art de Pierre au bonnet coloré (pas sur la photo pour s'en aller quérir du bois de chauffe) qui par son souffle et son expérience parvient à l'allumer et l'entretenir avec ces palettes et bois divers. Il fera des heureux tout au long de la journée qui plus est en soirée.

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  5. Tandis qu'arrivent d'autres Gilets jaunes, d'autres banderoles sont dressées pour dire les besoins bien plus larges que ceux exprimés au début du mouvement le 17-11-2018.

  6. Les Gilets Jaunes écrivent partout ce qu'ils ressentent dans une liberté d'expression décadenassée : devant et derrière leur gilet mais aussi sur tous les supports opportuns. Ce magnifique et grand parapluie fait l'affaire pour décliner sur la toile entre chaque baleine "Ambulanciers maltraités ... pompiers maltraités ...cheminots, transporteurs maltraités..." Bref "maltraités" à tous les étages.

  7. Les manifestants, Gilets jaunes ou non arrivent à pied, en voiture, en moto, surtout de la route en face. Ils tournent autour du rond-point klaxons claironnant avant de se garer. Le camp s'anime en feu bienvenu et discussions, récits et nouvelles..

  8. Sur la route, certains sur le côté, d'autres sur le haricot central tracé au sol, distribuent un tract aux automobilistes qui s'amènent, tandis que le "joyeux anniversaire" de la banderole artistique du "mouvement climat" est amenée déployée par trois militant.e.s  climat (alternatiba ...) sur ce rond-point.

  9. Vue sur le rond-point, en attendant les automobilistes, sourire aux lèvres ... et chaud vêtus.

  10. Sagement, les voitures ralentissent à l'approche des Gilets Jaunes, du coup  bien visibles,  avant d'accepter ou non le tract ou une courte discussion.

  11. Le gâteau d'anniversaire "An  I" trône en bordure de rond-point tandis que s'activent les Gilets pour installer les dernières pancartes et banderoles.

  12. C'est beau, bien fait et vaut le coup d'oeil. Pas tristes les militants Climat !

  13. On se sent, on se sait plus nombreux dès 14h. L'incertitude du nombre laisse entrevoir la possibilité d'une action au-delà de l'occupation du rond-point. Les palettes amoncelées, attendant le brasier, constituent un promontoire idéal sur ce plat uniforme. FR3 caméra au poing.

  14. Réalistes et prudents, les Gilets sont bien encapuchonnés pour parer au froid qui est là tout en devisant tranquilles. Ils sont près de 200 maintenant sur ce bout de terre engazonné organisant une vie provisoire dans la chaleur de la solidarité et des revendications à porter haut. Les téléphones portables prennent des photos aussitôt transmises via les réseaux sociaux.

  15. Vous pouvez deviner le feu qui cette fois chauffe fort, autour duquel on se rassemble, histoire de papoter au chaud ce qui ne gâche rien avant le coup d'envoi de quelques discours attendus, point de départ pour l'action et l'expression du "pourquoi on lutte".

  16. Chaud !

  17. En bordure de la route devant le rond-point, une Gilet Jaune agite le drapeau français.

  18. C'est parti, Hélène exprime ce que chacun pense de cette société si inégalitaire, si méprisante pour les petits, si complaisante pour les autres, bref  rappelle que ce combat est vital pour ne pas sombrer dans une société qui se désagrège jour après jour pour cause d'enrichissement de quelques-uns et de discours fallacieux pour tromper la rue.

  19. Chacun applaudit ou lève le poing pour manifester sa détermination et son adhésion à ce combat qui appelle à la convergence et la solidarité au-delà des différences et divergences de chacun.

  20. Cette fois, le nombre permet le filtrage au péage distant de 150 mètres pour deux heures annoncées.

  21. Aussitôt une longue colonne traverse la route et se dirige vers le péage de sortie.

  22. Barrière levée, sans se presser, les manifestants s'engouffrent dans l'espace de l'APRR...

  23. Les gendarmes attendaient ! Chacun passe entre ses voitures sans encombre et parvient en bordure d'autoroute juste avant les sorties de péage.

  24. Le muret est enjambé par les plus agiles (et ceux qui prennent le temps de l'enjamber assis) pour avancer vers tous les péages.

  25. Des gendarmes se tiennent à distance assez près pour contenir le flot aux sorties de péage.

  26. Les véhicules passent lentement entre deux haies de Gilets jaunes. Toutes les sorties d'autoroute sont encadrées par les manifestants.

  27. Peu à peu, les gendarmes font refluer les Gilets en fermant le péage en commençant par les sorties au fond. Ainsi, peu à peu, le flot revient vers le côté d'où il est entré. De nouvelles voitures de gendarmerie arrivent. Des rumeurs circulent. Sporadiques, des bribes de conversations s'amorcent parfois. Chaque gendarme porte à la main une bombe de gaz lacrymogène toute prête à servir, dissuasion autant que répression possible qui ne seront pas utilisées.

  28. Deux street-medics sont arrivés, appuyés contre la glissière. Ils sont prêts à parer aux soins corporels si nécessaires. Elle, est infirmière et a participé à bien des théâtres d'opérations à l'étranger et en France en plusieurs villes depuis le premier jour. Elle a aussi initié des équipes aux soins de terrain en milieu violent. D'abord "pour éviter de s'affoler et faire n'importe quoi" me dit-elle.

  29. De péage en péage, le reflux des manifestants se rapproche des deux derniers péages de sortie. certains retraversent le muret en sens inverse, tandis qu'à l'horizon les gendarmes partis tantôt sont revenus avec armes, armures et boucliers pour se masser derrière une des dernières sorties afin d'envelopper le flot des manifestants.

  30. C'est fait, les gendarmes ont passé le péage et repoussé peu à peu les Gilets avec leur bouclier de plexiglas sans qu'éclate aucun incident dit majeur. Un temps d'arrêt de la troupe est marqué après le franchissement par tous du muret, tandis que la plupart des gilets, satisfaits d'une occupation d'une heure trente environ refluaient par où ils étaient venus, sur la plate-forme avant la barrière. pendant ce temps les autres gendarmes de part et d'autres du flot veillaient à ne laisser personne en arrière ou de côté en s'étant déployés très largement à droite et à gauche.

  31. Au contact des casques bleus et des manifestants, tandis qu'un camion blanc passe derrière, ni animosité, ni agressivité.

  32. Il ne reste plus qu'a franchir un à un la barrière de sortie du domaine de l'APRR.

  33. Les gendarmes casqués refoulent fermement les derniers Gilets au-delà de la barrière, derrière le grillage tandis qu'une compagnie légèrement en arrière se met en colonne.

  34. L'occupation du péage, le filtrage des voitures est terminé. Le reflux organisé par la gendarmerie (que faisait ce soldat en tenue de combat avec son chien en laisse ?) terminé sans incident également. La colonne retourne sur le rond-point....

  35. .... où ceux restés attendent le retour des occupants prêt du feu tout-à-fait bienvenu tandis que la nuit commence à tomber. Pas question de tenter pour l'heure une autre occupation ou blocage.

  36. Près du feu réactivé par les palettes qui fondent une à une à vue d'oeil, certains se chauffent les doigts ou les fesses quand le reste est bien encapuchonné. Le crépuscule envahit le rond-point.

  37. Après cette demi-journée bien occupée et réussie, le rond-point s'est vidé d'une partie de ses occupants tandis que les autres bien au chaud s'apprêtent à leur soirée-anniversaire où tant de moments partagés dans la lutte reviennent en mémoire.

    Dans la nuit tombée, le feu est mis au barbecue pour régaler dans la convivialité et la solidarité de saucisses, merguez, cuisses de poulet, quiches et gâteaux-maison pour la soixantaine de Gilets Jaunes restés ensemble.

    Etrange ! on ne parlera pas dans "les medias" de cette absence de violence et de haines réciproques, de cette action non-violente, sérieuse et joyeuse, pourtant bien réelle qui s'est déroulée ici au rond-point de Gerzat ce 16 novembre.

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