Portfolio

Aux portes de Béziers

Les «choses banales» renferment des rapports sociaux complexes et entremêlés, comme l'ont montré les travaux de Daniel Roche, Pierre Bourdieu et Nicolas Offenstadt. Mises en série, ces portes, portails et entrées apparaissent comme autant de sédimentations historiques, sociales et idéologiques dans l'espace public de la ville.
  1. Porte condamnée d'un immeuble de la SNCF, à côté de la gare. Février 2019. Le regard de l'observateur attentif parvient à y voir des sédimentations successives des façons de paraître dans l'espace public de la ville, du quartier, parmi les voisins et plus largement au sein de la société locale. Autant de façons de donner une image de soi en public qui, à la manière du vêtement, sont des mises en scène contrôlées et conscientes des différents acteurs sociaux.

  2. Porte fonctionnelle, donnant accès aux quais et aux voies de la gare SNCF, février 2019.

  3. Porte condamnée d'un immeuble près de la gare. L'abandon d'objets et de parties de la ville (maisons, portes, terrains, quartiers) témoigne à lui seul des changements soudains des dynamiques du développement urbain. Ces traces à l'abandon résistent pourtant au changement et appellent un regard mélancolique ancré dans des vécus rétifs et l'insatisfaction du bouleversement permanent de l'économie et de la société sous l'effet du capitalisme global.

  4. Porte près de la gare, février 2019.

  5. Portes d'entrée et de garage d'un immeuble près de la gare, rue de Verdun, février 2019.

  6. Porte d'entrée style "Belle époque" d'un hôtel jouxtant la gare, février 2019. Symbole d'un âge d'or lié la prospérité viticole de la première moitié du XXe siècle, mobilisé aujourd'hui dans la promotion touristique et immobilière de la ville.

  7. Portail monumental en fer, avec dorures et drapeaux, donnant accès au monument aux morts de Béziers (1924) et au Plateau des poètes. Le monument aux morts est l'oeuvre du sculpteur bitterois Jean-Antoine Injalbert et il a été inauguré en 1924 en présence du maréchal Foch. Situé en face de la gare, cet espace de culte et de recueillement civique est à la fois géographiquement et symboliquement une porte d'entrée à Béziers pour le visiteur qui y arrive: en la traversant il accède aux allées Paul Riquet et au centre-ville, ainsi qu'à la communauté urbaine au moyen de la commémoration des morts et de la "victoire" de 14-18.

  8. Portail monumental du monument aux morts de Béziers, février 2019.

  9. Maison entre deux immeubles, février 2019.

  10. Portail surmonté de fil barbelé: l'idéologie sécuritaire intériorisée par des habitants. Février 2019. Les portes et portails apparaissent ici comme une sédimentation de l'idéologie dominante, de l'inconscient partagé d'une époque.

  11. Portail d'une ancienne demeure bourgeoise, février 2019. Ce portail apparaît comme une frontière sociale entre le public et le privé, à la fois filtre sélectif, donc ouverture, et fermeture sur l'extérieur.

  12. Portail d'une ancienne demeure bourgeoise, février 2019. La ressemblance de ces portails rappelle la maxime de Saint François de Sales réappropriée par la bourgeoisie au XIXe siècle, suivant lequel "le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit".

  13. Portail d'une ancienne demeure bourgeoise, février 2019. Ces portails solennels possèdent également un caractère performatif. Ils apparaissent comme autant de "rappels à l'ordre" (Pierre Bourdieu) à ceux qui s'y présentent, qui les traversent, qui les regardent: rappels du statut des occupants de la maison qui doit être reconnu comme tel dans les manières et les agissements de chacun.

  14. Portail d'une ancienne demeure bourgeoise, février 2019.

  15. Portail d'une ancienne demeure bourgeoise, février 2019.

  16. Porte d'entrée sur le flanc d'une demeure bourgeoise, février 2019.

  17. Portail d'une ancienne demeure bourgeoise, février 2019.

  18. Résidence haussmanienne, près de la gare, portail surmonté de fil barbelé. Février 2019.

  19. Près de la gare, février 2019.

  20. Porte d'un style moderniste, près de la gare, février 2019.

  21. Entrée néo-classique au Plateau des poètes, février 2019.

  22. Porte d'un immeuble dégradé du centre, février 2019. Esthétique urbaine de l'abandon et de la relégation au centre de la ville.

  23. Porte d'un immeuble dégradé du centre, février 2019.

  24. Porte d'un immeuble dégradé du centre, février 2019.

  25. Portail et porte d'entrée de pavillon de banlieue des années 1960, février 2019.

  26. Portail et porte d'entrée de pavillon de banlieue des années 1960, février 2019.

  27. Portail et porte d'entrée de pavillon de banlieue des années 1960, février 2019.

  28. Entrée du palais de justice, février 2019. Esthétique de l’État moderne.

  29. Porte de la façade de la cathédrale Saint-Nazaire construite après le sac de la ville par les croisés en 1209. Esthétique de l'institution dominante de la féodalité. Février 2019.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.