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Une balade décoloniale

Ce dimanche 5 juillet, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires organisait la seconde édition de sa « Balade décoloniale » à Paris. Elle faisait cette année écho aux mobilisations antiracistes. La Préfecture de Police n’aura autorisé qu’un rassemblement statique : ce qui n’empêchera pas l’exigence de décolonisation de l’espace public, comme de la République.
  1. La balade décoloniale qui avait lieu cette année était organisée par le FUIQP. Deux appels successifs en ont soutenu la démarche : « Décolonisons l’espace public » et « Pour une République française antiraciste et décolonialisée ». La balade devait consister à débaptiser des rues et places aux noms de massacreurs coloniaux... et les rebaptiser. Une des premières figures à qui a ainsi été rendu hommage est Solitude (1772-1802) « héroïne de la lutte contre l’esclavage ». En 1979, des syndicalistes antillaises s’en réclamaient, rappelant le fil de l’histoire qui relient les résistances au racisme et au colonialisme.

  2. La balade devait s’élancer du Palais de la Porte Dorée, construit en 1931 pour exalter le colonialisme et qui accueille aujourd’hui le Musée de l’Histoire de l’immigration. Un Musée renommé pour l’occasion « de l’espace mental colonial ». Les combats de la section CGT du Musée ont d’ailleurs été soutenus par les participant·es.

    1. La lutte contre les violences policières a été rappelée en honorant la mémoire d’Angelo Garand, tué par le GIGN à Seur dans le Loir-et-Cher en 2017. Le sociologue Didier Fassin vient de lui consacrer une contre-enquête accablante.
  3. Celles et ceux qui se se battu·es contre l’esclavage, le racisme, le colonialisme ont été la preuve vivante qu’il était possible de lutter, de résister, de refuser. C’est bien sûr l’histoire des luttes contre l’indépendance, dont certaines sont bien actuelles comme en Kanaky. Une minute de silence a été observée en mémoire des martyrs de la guerre d’indépendance algérienne en ce 5 juillet, jour où elle fût proclamée en 1962. La figure de Paul Vigné d’Octon a quant à elle été convoquée pour rappeler qu’il y eu des français·es farouchement opposé·es au colonialisme (voir sa notice Maitron rédigée par Jean Sagnes).

  4. Frantz Fanon, psychiatre et essayiste martiniquais, engagé dans le Front de libération national (FLN) algérien.

  5. Ce sont un peu plus de cent personnes qui se sont retrouvées ce 5 juillet. Des représentant·es de la Brigade anti-négrophobie, du Conseil représentatif des associations noires, de Décoloniser les Arts, du Comité justice et libertés pour tous, de la Voix des Rroms, des indépendantistes kanak ont été invités à prendre la parole par le FUIQP. La lutte contre le racisme et pour sortir du colonialisme est un combat qui doit engager toutes celles et ceux qui se réclament de l’égalité et de l’émancipation.


    C’est depuis 2013 que le FUIQP organise des balades décoloniales à Lille, Grenoble, Marseille...

    On peut retrouver deux guides édités chez Syllepse : Le Guide du Paris colonial et des banlieues et celui du Bordeaux colonial et de la métropole bordelaise récemment paru.

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