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L'Interdisciplinarité et la place des élèves dans les apprentissages

Ce projet collectif de construction d’un mobile géant vit depuis 2014 au collège Armorin dans la Drôme. Emmanuel Marguet, prof de maths, fédère des activités interdisciplinaires mêlant conceptualisation et fabrication. La pédagogie de projet amène à repenser le rôle de l’enseignant et la place des enfants dans le collège et dans les apprentissages.
  1.  Approuvé, validé et financé par le Conseil Départemental de la Drôme et la Cardie (Cellule Académique Recherche, Développement, Innovation, Expérimentation), le projet « Mobile Suspendu » devrait être une opportunité pour les pouvoirs publics (le département, la région, l’Etat) d’associer ce projet collaboratif, auquel plus de 800 élèves auront participé, à la restructuration prévue de l’établissement et d’affecter une partie du « 1% artistique » (1% du montant des travaux d'un bâtiment public réservé à la création d’une œuvre d'art) à la fabrication d’une œuvre d’art « évolutive » qui soit représentative du travail des élèves passé, présent et futur.

  2. L’impossibilité de faire appel à des partenaires pour fabriquer les solides a conduit les acteurs du projet à être le plus autonome possible : le peu de moyens techniques et financiers dont ils disposent favorise alors l’émergence de solutions souvent les plus pertinentes. Les élèves réalisent que ce sont les contraintes rencontrées qui créent les conditions nécessaires pour que le projet progresse et se concrétise. Ici, la qualité du résultat final exige : une grande précision de découpe et de mise en contact des faces, ainsi qu’une bonne coordination des élèves lors de l’assemblage par collage à chaud, dont la prise est très rapide.

  3. Depuis le 12 janvier 2018, un pavé, une pyramide et un cube, tous d’un volume égal à 1 m3 sont suspendus à une corde qui traverse le hall d’accueil. Ce sont 3 des 7 solides prévus pour exposer les œuvres des élèves en arts graphiques : ici, des constructions réalisées en classe lors d’activités appelées « géométrie pour le plaisir ». A terme, 7 solides devraient évoluer dans l’espace du hall, tous accrochés à l’ossature d’un mobile géant, suspendue au plafond.

  4. Au cours de l’année 2015, trois élèves de 5ème, Lucas, Théo et Axel viennent en atelier entre 13 et 14h, pour assembler 6 faces en carton d’1 m² chacune, qu’ils solidarisent les unes aux autres par collage à chaud de cornières en carton. Le cube ainsi formé, sera suspendu par l’un de ses sommets de façon à en exposer toutes les faces. La conception des solides est guidée par la recherche : de la légèreté, de la simplicité de réalisation et d’un faible coût de réalisation ; sans oublier les exigences de sécurité requises par le caractère exceptionnel de leur suspension au-dessus du public qui fréquente l’établissement.

  5. Tout au long de l’année, à raison d’une heure par semaine, l’activité des élèves consiste à imaginer et réaliser une maquette à l’échelle 1/10e d’une ossature à laquelle les modèles réduits des 7 solides sont suspendus, après avoir : dimensionné et construit leurs patrons en mathématiques, les avoir décorés en arts plastiques ou illustrés en histoire-géographie, puis assemblés en technologie. Ici en juin 2017, les 4 enseignants (maths, technologie, arts plastiques et histoire-géographie) présentent à la classe la maquette choisie par le jury.

  6. Le cube expose 91 œuvres d’élèves de 4 classes, en 6ème en 2015 et 2016. La figure choisie est une reproduction de la « Composition arithmétique » créée en 1930 par le peintre Théo van Doesburg. Elle est déclinée en plusieurs nombres et dimensions pour illustrer les carrés des entiers de 1 à 6. Pour cela, les élèves ont suivi un programme de construction précis utilisant des savoir-faire mathématiques choisis par le prof de maths. Une fois la figure terminée : l’élève efface les traits de construction, repasse ses contours au feutre noir, et la met en couleur pour lui donner une valeur esthétique et personnelle : le plaisir et la satisfaction d’un beau travail sont au rendez-vous !

  7. Le pavé, aux proportions du nombre d’Or, expose 123 œuvres d’élèves de 4 classes, en 6ème en 2015 et 2016. Chaque figure est ici une composition originale et personnelle, un rectangle d’Or à l’intérieur duquel l’élève construit des éléments simples (segments, triangle, carré, cercle, arc de cercle, figure composée et leurs symétriques en utilisant la symétrie centrale.

  8. La pyramide inversée, réplique de la Grande Pyramide de Gizeh, encore en cours de réalisation, exposera à terme 114 œuvres d’élèves de 5ème, réalisées entre 2015 et 2018. Chaque figure est un losange dans lequel l’élève dispose librement des éléments simples : segments, triangle, carré, cercle, arc de cercle, ou complexe puis utilise la symétrie centrale pour en construire les symétriques. Cette année, 2 classes de 5ème compléteront deux des 4 faces latérales.

  9. Ici, Naïma, Alice, Ella, Eléna, Louise, Lucas Théo et Julien, tous élèves de 4ème en 2017, ont participé au pavage de la base inférieure : les 36 pentagones et 5 pentagrammes (étoiles à 5 branches) sont tous des compositions originales et libres utilisant la géométrie, réalisées par des élèves de la 6ème à la 4ème. Le Prisme à base pentagonale expose sur ses faces latérales 5 pavages de 25 hexagones qui créent des illusions en 3D. Chaque face a été associée à un élément différent : terre, eau, feu, air et esprit, chacun représenté par une figure différente et associé à des tonalités de couleurs bien particulières.

  10. Depuis le 09 mars, une boule est venue s’ajouter aux 3 autres solides déjà suspendus. Il s’agit en fait d’une sphère gonflable en PVC soudé, d’1m20 de diamètre, fabriquée par l’artisan parisien JC-Keller, prête à être peinte : une toile en 3D d’une surface de 4,8m² qui sera proposée aux lycéens les plus motivés par ce projet artistique inédit.

  11. Ce projet fut l’occasion de concevoir, réaliser et donner à voir un projet artistique collectif ; se repérer dans les étapes de la réalisation d'une production plastique et en anticiper les difficultés éventuelles ; faire preuve d'autonomie, d'initiative, de responsabilité, d'engagement et d'esprit critique, confronter intention et réalisation ; pour l'adapter et le réorienter, s'assurer de la dimension artistique de celui-ci ; expliciter la pratique individuelle ou collective, écouter et accepter les avis divers et contradictoires.

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